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06/12/2016

Le turc, future langue officielle de l’UE ?

Langues & Culture

Le turc, future langue officielle de l’UE ?

Angel Dzhambazki, qui s'est opposé au rapport du Parlement. [Website of Angel Dzhambazki].

Un rapport parlementaire sur la Turquie appelle l’UE à faire du turc une de ses langues officielles. Une recommandation soutenue par Chypre, qui y voit un moyen d’accélérer le processus de réunification de l’île.

Le rapport sur la Turquie adopté à 375 voix pour, 133 contre et 87 abstentions le 14 avril au Parlement européen  mise sur l’équilibre entre compliments et critiques envers Ankara.

La Turquie a déjà vivement critiqué la partie du rapport qui parle du génocide arménien. D’autres parties, comme celle qui propose de faire du turc une langue officielle de l’UE, ont clairement été élaborées pour apaiser Ankara.

Les eurodéputés ont par ailleurs encensé la Turquie, qui abrite la plus grande population de réfugiés au monde, et notent qu’elle reste un « partenaire stratégique clé de l’UE ». Ils appellent néanmoins à des efforts dans les domaines de l’États de droit et des valeurs fondamentales et à un « dialogue politique de haut niveau structuré, plus fréquent et plus ouvert sur des questions clés d’intérêt commun ». Ils estiment également que la coopération sur la migration devrait rester séparée du processus d’adhésion.

>> Lire : Les doutes sur la légalité de l’accord UE-Turquie se multiplient

En ce qui concerne la question linguistique, un texte du rapport se félicite de l’initiative du président chypriote, Nicos Anastasiades, qui voudrait faire du turc une langue officielle de l’UE.

Nicos Anastasiades a en effet demandé à la présidence néerlandaise d’ajouter le turc aux 24 langues officielles, afin de faciliter la conclusion d’un accord de réunification de l’île.

Le Parlement se déclare également « favorable à l’évolution de la République de Chypre vers une fédération bicommunautaire et bizonale, […] d’une égalité politique entre les deux communautés et d’une égalité des chances pour tous ses citoyens ». Ils encouragent les Grecs chypriotes et les Turcs chypriotes à accélérer le processus de réunification et à s’assurer que les acquis européens seront bien intégrés au futur État constitutif chypriote turc.

Un texte qui ne fait pas l’unanimité

Angel Dzhambazki, eurodéputé bulgare du parti nationaliste VMRO (affilié à l’ECR) a pour sa part déclaré que le texte adopté était une « menace directe » pour la sécurité de son pays. Il a voté contre la résolution.

La Bulgarie possède une minorité turque assez importante et Ankara poursuit actuellement une politique de retour de cette minorité en Turquie, notamment en soutenant un nouveau parti bulgare de soutien à la Turquie, nommé DOST (ami en turc).

Parmi les 17 eurodéputés bulgares, 3 sont d’origine turque : Nedzhmi Ali, Filiz Hyusmenova et Ilhan Kyuchyuk. Tous les trois sont affiliés au Mouvement des droits et des libertés (DPS), un parti d’ethnie principalement turque, affilié au groupe libéral ALDE.

Selon Vote Watch EU, Angel Dzhambazki est le seul bulgare ayant voté contre le Rapport sur la Turquie. Seuls les eurodéputés du DPS ont voté en faveur, les autres Bulgares se sont abstenus.

« Sur le long terme, ce texte est une menace pour les autres États membres », a estimé Angel Dzhambazki, ajoutant que « s’ils veulent se tirer une balle dans le pied, grand bien leur fasse ».

De toute façon, Angel Dzhambazki est sûr que lorsque le texte arrivera au Conseil, la Bulgarie y opposera son véto.