Moscou encourage les séparatistes européens et américains

Un congrès d'indépendantistes financé par le Kremlin s'est tenu dans le luxueux Ritz Carlton, à Moscou

Une ONG financée par le Kremlin tente de fédérer des mouvements indépendantistes des quatre coins de la planète. Et de préférence fâchés contre Washington et Bruxelles.

Il ne fallait rien moins que le Ritz-Carlton, l’hôtel le plus onéreux de Moscou, pour accueillir la trentaine de délégations du «Dialogue des nations». Organisé le 25 septembre par l’ONG «Mouvement antiglobaliste russe», ce congrès des séparatistes épousant les objectifs diplomatiques du Kremlin a prôné «un monde multipolaire sans hégémonie américaine».

Bien qu’attendus, Corses, Basques et Bretons étaient absents, tout comme les Écossais, les Lombards et les Vénitiens. Mais des dizaines de mouvements européens et américains ont fait le voyage à Moscou, pour l’essentiel aux frais du gouvernement russe. Seules deux délégations connues étaient présentes : le Sinn Fein, aile politique de l’IRA irlandaise et « Solidarité catalane pour l’indépendance». Mais les représentants des deux délégations n’appartiennent pas à la direction des mouvements indépendantistes. Des délégations du Haut-Karabakh, de Transnistrie et d’autres minorités ethniques alliées à Moscou et issues d’anciennes républiques soviétiques représentaient un bon tiers des invités. Le Moyen-Orient était aussi représenté par un parti politique libanais, connu pour soutenir le président syrien, allié de Moscou. Bachar el Assad est d’ailleurs membre du Mouvement antiglobaliste russe, tout comme l’ancien président iranien Mahmoud Ahmadinejad.

Le Brexit superstar des indépendantistes

La conférence a consisté en exposés des délégations, les uns à la suite des autres, sans dialogue ou débats. L’unanimisme était illustré par l’éloge fait par chacun du referendum comme instrument privilégié des nations sans État. Tous se félicitent du succès du Brexit. « Je veux féliciter le peuple britannique », déclare Nate Smith, indépendantiste texan. « Leur succès nous inspire tous ». Jose Enrich Folch, de Solidarité catalane pour l’indépendance, a  expliqué que la Catalogne sera indépendante dans 10 mois : « Nous avons déjà essayé d’organiser un referendum, mais l’Espagne nous a interdit d’y procéder. Pour cette seconde tentative, il nous est bien égal de ce que dira le gouvernement espagnol ».

Le président de la Catalogne prévoit une offensive de charme après le référendum sur le Brexit

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Pour organiser cette conférence, le Mouvement antiglobaliste russe a reçu une aide de 3,5 millions de roubles (48 300 euros). Selon son président Alexandre Ionov, cette aide ne représente qu’un tiers du budget d’un mouvement, qui, selon lui, « n’est pas pauvre ». C’est l’impression que ce politicien de 26 ans veut donner par son apparence : vêtu d’un costume de marque, grosse montre onéreuse au poignet il arbore les signes de distinction des hauts fonctionnaires russes. En dehors de ses activités militantes anti mondialisation, et au sein d’organisations du même acabit (“Antimaïdan“, “Officiers russes”), Ionov se présente aussi comme le PDG d’une « société de négoce international» dont il préfère taire le nom.

Discours violemment anti-occidental

Aucun officiel russe n’a mis les pieds à la conférence, à l’exception du député ultranationaliste Mikhaïl Degtiarev, pour prononcer un discours violemment anti-occidental. « Ces phénomènes répugnants observés dans notre monde actuel : le racisme, le nazisme, le trafic d’esclaves… tous sont nés au sein de la société européenne, qui se définit comme « développée ». Quant à la démocratie américaine, ce sont des matraques et du gaz lacrymogène, comme à Ferguson. C’est une dictature qui se veut hégémonique », tonne cet élu de 35 ans.

Difficile de déterminer jusqu’à quel point Ionov fait partie de la nébuleuse de la diplomatie publique russe et jusqu’à quel point son initiative est celle d’un jeune politicien ambitieux. Ce qui est certain, c’est que son mouvement oeuvre très précisément dans la ligne désignée par le Kremlin. Regrouper les voix dissidentes en Occident sert les intérêts russes, même si l’influence des groupes attirés par le mouvement antiglobaliste peut sembler marginale. Alexandre Ionov ambitionne néanmoins de les voir embrasser les intérêts russes et participer à un effort commun visant à faire pression dans chaque pays pour la levée des sanctions occidentales contre la Russie. Pour lui, l’Europe idéale, c’est une Europe « forte, belle et qui ne se mêle pas des les affaires de pays tiers. Mouammar Kadhafi en Libye, tous vivants et en bonne santé, pas de Daesh ni de vague migratoire vers l’Europe, et pas de Maïdan [comme en Ukraine] ».

Tchétchènes et Tatars de Crimée aux abonnés absents

Sans surprise, aucun mouvement indépendantiste ou même autonomiste russe n’est invité. Pour Ionov, les activistes tatars de Crimée (opposés à l’annexion) et les indépendantistes tchétchènes sont soit des « agents des USA », soit ils sont « artificiels et si marginaux qu’on ne peut les prendre au sérieux». Mais surtout, toute activité de ce genre est punie par des peines allant jusqu’à cinq ans de prison. Quand on lui signale le sort peu enviable de Daria Polioudova, condamnée à deux ans de prison pour avoir réclamé publiquement « la fédéralisation du Kouban » [région au sud de la Russie], Ionov se défend : « Je ne connais pas le détail de cette affaire ». Puis fait diversion « Aux États-Unis, elle aurait certainement eu droit à la chaise électrique » assure-t-il.

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