«Les États traitent les migrants comme des cargaisons de patates»

MSF dénonce l'attitude des gouvernements face aux migrants. [Stefano Garau/Shutterstock]

Les États de l’Union européenne cherchent des solutions à l’arrivée des migrants sur les côtes italiennes. Parmi elles, l’instauration d’un code de conduite pour les ONG. La réaction de MSF, recueillie par notre partenaire, Ouest-France.

Les 28 ministres de l’Intérieur de l’Union européenne se sont réunis jeudi 6 juillet, pour trouver des solutions à l’arrivée croissante de migrants sur les côtes italiennes par la Méditerranée.

Parmi les propositions mises sur la table, l’instauration d’un « code de conduite », fixant « un cadre de règles » pour les ONG présentes en mer a emporté l’adhésion des ministres, qui ont « salué » l’initiative italienne.

Tommaso Fabbri est chef de mission en Italie pour Médecins sans frontières, l’une des ONG qui opèrent en Méditerranée pour le sauvetage en mer des migrants. Interview.

Que contiendrait le « code de conduite » que les gouvernements souhaitent imposer aux ONG ?

La question n’est pas là, parce que nous suivons déjà un code de conduite ! MSF travaille de manière transparente avec les autorités. On se coordonne et on respecte toutes les directives européennes. Quand on a commencé à mener nos missions en Méditerranée, on a pris contact avec le MRCC (Maritime rescue coordination centers) pour s’inspirer de leurs méthodes. Il ne faut pas oublier que l’on est là parce que l’Europe ne fait pas son travail.

Que pensez-vous de l’attitude italienne, qui menace ses partenaires européens de fermer ses ports aux bateaux transportant des migrants ?

En tant qu’ONG, on ne veut pas rentrer dans le débat politique. Mais le scénario où l’on refuse de laisser débarquer les migrants dans les ports les plus proches de la zone de secours nous inquiète. Des jours supplémentaires de navigation imposeraient d’abord un temps de permanence plus long pour nos équipages.

Il faut également imaginer les difficultés pour gérer des centaines de personnes dans un espace confiné pendant plusieurs jours, surtout si la nourriture venait à manquer. Et puis, surtout, cela prolonge le retour des bateaux dans la zone de sauvetage.

Mais comprenez-vous que l’Italie tape du poing sur la table ?

Bien sûr que je peux comprendre les raisons qui poussent l’Italie à agir de la sorte. Mais, au fond, le vrai problème, ça n’est pas l’Italie ou la France : ce sont les êtres humains que l’on recueille en mer, que les États traitent comme s’il s’agissait de cargaisons de patates.

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