12 chefs d’Etats européens en 10 jours, un challenge diplomatique pour Macron

Macron et ses partenaires européens lors d'une réunion préparatoire du G20. Photo Chancellerie allemande

Le président français va rencontrer 12 chefs d’États européens dans les 10 prochains jours au cours de sept rencontres distinctes. Un nouveau marathon diplomatique destiné à faire monter les priorités françaises : travailleurs détachés, défense, migrations.

Emmanuel Macron démarre mercredi une rentrée très européenne. Lui qui a annoncé son intention de rendre visite aux 27 États membres n’en a pour l’instant visité qu’un seul, l’Allemagne. Pour son second déplacement, le chef de l’État a symboliquement choisi les pays d’Europe centrale et de l’Est, avec l’Autriche, la Roumanie et la Bulgarie, alors qu’aucun chef d’État français n’avait mis les pieds en Bulgarie par exemple depuis 10 ans. La présidence française veut ainsi « montrer que ces pays comptent et que la priorité est à l’Est » assure-t-on à l’Élysée, qui craint que de nouvelles fractures politiques ne viennent resegmenter l’Europe. En Autriche, il rencontrera aussi ses homologues tchèques et slovaques.

La semaine suivante, un sommet avec Angela Merkel, Paolo Gentiloni et Mariano Rajoy aux côtés de Federica Mogherini aura lieu à Paris, le 28. Une « pré-rentrée » européenne visant notamment à gérer la question des migrations. La proposition de « code de conduite » pour les ONG que l’Italie est en train de rédiger sera présentée, au grand dam de ces organisations qui dénoncent pour nombre d’entre elles les propositions.

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Le président discutera enfin la semaine prochaine avec les chefs d’État du Luxembourg et de la Belgique, ainsi que des Pays-Bas, avant de se rendre en Grèce les 7 et 8 septembre.

Avec cette multiplication des sommets, Emmanuel Macron tentera en 10 jours de convaincre pas moins de 12 chefs d’États européens autour des 4 dossiers prioritaires identifiés depuis le 15 mai : travailleurs détachés, défense commune, politique commerciale et migrations.

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Le sujet des travailleurs détachés est de loin le plus sensible, et c’est ce que le chef d’État entend expliquer lors de sa tournée à l’Est : comme le montre l’exemple du Brexit, le manque de régulation en la matière peut coûter cher à l’Europe politiquement.

Pour l’heure, l’Allemagne, l’Autriche et les Pays-Bas semblent suivre la France dans sa proposition sur les travailleurs détachés, qui vise à limiter l’ampleur du détachement, et à éviter le dumping salarial.

La position de ce bloc est que la période de détachement doit être plafonnée, et que toutes les périodes de détachement doivent être additionnées afin qu’un travailleur détaché ne passe pas plus de 12 mois sur 2 ans dans un autre pays. La deuxième ligne rouge concerne le salaire : la rémunération du travailleur devrait au moins s’aligner sur celle du salaire minimum si un salaire minimum est en vigueur. Un point qui pose sérieusement problème aux pays du Sud de l’Europe comme l’Espagne et le Portugal, qui craignent que la France mette le transport routier sur le même pied d’égalité que les autres secteurs, alors que la Commission européenne a proposé de l’exclure, faute de moyens de contrôle.

Un autre chantier se révèle en filigrane de cette suractivité diplomatique : celui de la réforme de la zone euro. « La crise grecque a montré que la zone euro doit être profondément réformée, on a évité le pire, mais on ne veut surtout pas revivre cela », explique l’Élysée qui insiste sur le fait que cette idée de réforme devra être creusée début 2018, d’autant que la programmation budgétaire incite déjà à planifier le budget post 2020, qui sera aussi le premier budget sans le Royaume-Uni, et donc avec un contributeur net en moins.

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