L’Europe s’alarme de la situation des réfugiés en Libye

Photo d'une patrouille militaire libyenne qui abandonne certains migrants en mer lors du sauvetage d'une embarcation, provoquant ainsi la mort de 50 personnes. [EFE/Lisa Hoffmann]

Les ministres européens et africains de l’Intérieur abordent ce lundi à Berne la question de la protection migrants en Libye, où des milliers de personnes vivent dans des conditions « inhumaines ». Un article d’Euroefe.

À l’invitation du Groupe de contact pour la Méditerranée, les ministres de l’Intérieur d’Égypte, d’Algérie, d’Allemagne, de France, d’Italie, de Libye, du Mali, de Malte, du Niger, d’Autriche, de Slovénie, du Tchad et de Tunisie se réunissent le 13 novembre.

Le commissaire européen en charge de la migration et des affaires intérieures, Dimitris Avramopoulos, ainsi que le ministre estonien de l’Intérieur, Andres Anvelt, en sa qualité de représentant de la présidence tournante de l’UE, seront également présents à Berne.

La Suisse a également invité le directeur général de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), William Lacy Swing, le Haut-commissaire de l’ONU pour les réfugiés, Filippo Grandi, et le directeur général du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Yves D’Accord.

Le Groupe de contact pour la Méditerranée centrale a été créé en mars 2017 à Rome à l’initiative du ministre italien de l’Intérieur, Marco Minniti. Le groupe s’est réuni pour la seconde fois en Tunisie en juillet.

L’axe central de la réunion à Berne sera « la protection des migrants, piégés en Libye dans des conditions inhumaines », a expliqué la ministre suisse de la Justice, Simonetta Sommaruga au journal Sonntags Zeitung. Elle propose de transférer en Europe les migrants vulnérables qui se trouvent dans les centres de détention libyens.

Le Haut-Commissariat de Nations unies pour les réfugiés (HCR) et l’OIM ont dénoncé les conditions inhumaines dans lesquelles se sont trouvés 20 500 migrants et réfugiés, détenus par des contrebandiers en Libye. 6 000 d’entre eux n’ont toujours pas été libérés.

La plupart des personnes secourues ont été victimes d’abus, de viols ou d’exploitation sexuelle. Beaucoup disent avoir été frappés et obligés à travailler des heures durant sans eau ni nourriture, selon le HCR.

En général, la majorité des migrants qui arrivent en Libye via le désert du Sahara subissent de graves atteintes aux droits de l’Homme et se trouvent dans des conditions de vie « inacceptables », aggravées par l’instabilité politique et le manque de sécurité, affirme Filippo Grandi.

Selon Médecins sans frontière (MSF), en Libye, les migrants et réfugiés sont « détenus arbitrairement dans des conditions inhumaines et insalubres, souvent sans suffisamment de nourriture ou d’eau potable ou de soins médicaux adéquats.

La Commission déploie son plan d’action sur les migrants malgré de violentes critiques

Le plan d’action de l’UE annoncé en juillet continue d’être déroulé, malgré des critiques de plus en plus nombreuses.

Transfert des réfugiés vulnérables en Europe

Dimitris Avramopoulos a déclaré vouloir transférer les personnes vulnérables dans les centres de détention libyens en Europe. « Nous voulons nous concentrer sur l’amélioration de la situation des personnes qui vivent dans des campements en Libye », a-t-il déclaré, tout en rappelant que la Commission a récemment proposé 50 000 places d’accueil supplémentaires pour les réfugiés en Europe pour les deux années à venir.

Le transfert de personnes vulnérables retenues en Libye a déjà commencé, mais au sein même du continent africain. Le 11 novembre, l’évacuation d’un premier groupe de 25 réfugiés extrêmement vulnérables (d’Érythrée, d’Éthiopie et du Soudan) a été réalisée de Libye vers le Niger, a informé le HCR, qui espère procéder à d’autres réinstallations dans un futur proche, mais qui prévient que la mesure restera limitée si les propositions d’accueil n’augmentent pas.

Selon Simonetta Sommaruga, le Niger est disposé à agir comme une « station intermédiaire » avant que d’autres États accueillent les réfugiés statutaires.

Le HCR a demandé 40 000 places tout le long de la route qui mène à la Méditerranée centrale, qui concerne l’Algérie, le Burkina Faso, le Cameroun, le Tchad, Djibouti, l’Égypte, l’Éthiopie, le Kenya, la Libye, le Mali, la Mauritanie, le Maroc, le Niger, le Soudan, et la Tunisie.

Vidéo choquante

Une vidéo de l’ONG allemande Sea Watch montre une patrouille de la marine militaire libyenne qui, durant le sauvetage d’une embarcation pneumatique en Méditerranée le 6 novembre dernier, refuse de collaborer et abandonne certains migrants dans l’eau, provoquant ainsi la disparition d’au moins 50 personnes, selon l’organisation.

Dans la vidéo, récupérée par le parquet de Ragusa, en Sicile, qui a ouvert une enquête, on voit le bateau de la marine libyenne repartir avec quelques migrants à bord alors que certaines personnes sont encore accrochées à ses cordes et que d’autres se jettent à la mer.

Près de l’embarcation de la marine libyenne se trouve un bateau de l’ONG Sea Watch qui sauve certains de ces migrants et qui a pu filmer la scène.

La crise humanitaire continue en Méditerranée, aggravée par «l'enfer libyen»

La crise humanitaire se poursuit en Méditerranée, où des milliers de migrants de plus en plus jeunes continuent de risquer leur vie chaque mois, notamment pour fuir la Libye devenue un « enfer » pour eux, a souligné mardi une ONG qui les secourt en mer.

Le journal La Repubblica a recueilli le témoignage d’une femme sauvée par l’ONG allemande alors que son mari se trouvait à bord du bateau libyen. Ce dernier est décédé en sautant à l’eau pour tenter de rejoindre son épouse.

« Les Libyens ont allumé le moteur du bateau en le trainant à lui et aux autres qui se trouvaient dans l’eau. Je ne l’ai plus revu. John ne savait pas nager. Il était en sécurité, mais il est mort, car il ne voulait pas repartir en Libye, il voulait venir avec moi en Italie », explique Darfish, camerounaise, depuis un hôpital sicilien.

Les occupants d’un hélicoptère de la marine italienne ont également été témoins des faits. Leurs appels aux Libyens pour qu’ils arrêtent et aident les migrants sont d’ailleurs parfaitement audibles dans la vidéo : « Garde-côtes libyens. Message d’un hélicoptère de la marine italienne. Les personnes sont en train de sauter à l’eau. Des personnes sont accrochées au côté droit. Arrêtez le moteur et collaborez avec Sea Watch. S’il vous plait, collaborez avec Sea Watch », répètent-ils alors que l’embarcation libyenne s’éloigne de la zone.

Dans le chaos, 50 personnes ont disparu, dénonce l’ONG, alors que 42 autres criaient, désespérées, car elles ont été séparées de leur famille ou amis qui se trouvaient dans le bateau de Sea Watch. L’ONG allemande n’a pu récupérer les corps de cinq personnes, donc celui d’un enfant de deux ans.