Oxfam dénonce une politique migratoire «inhumaine» dans l’UE

Camps de réfugiés en Serbie. [Nebojsa Markovic/ Shutterstock]

La politique migratoire est contraire aux valeurs de l’UE et aux droits de l’Homme assure l’ONG Oxfam.

Oxfam, une confédération d’ONG luttant contre la pauvreté, a publié un rapport sur la politique migratoire européenne, accompagné de recommandations pour la rendre « plus humaine ». Elle appelle à un « changement de direction urgent ».

Les auteurs du rapport concluent que l’UE et ses membres n’ont fait presque aucun effort pour fournir davantage de possibilités d’immigration légale et sûre et que les politiques en place ont été instaurées sans tenir compte de leur impact sur les droits de l’Homme et les conditions des demandeurs d’asile dans l’UE et à ses frontières.

Oxfam espère que le rapport aura une influence sur les discussions du sommet des 19 et 20 octobre, durant lequel les États membres se pencheront sur une série de questions pressantes, dont l’immigration, la défense, les affaires étrangères et la numérisation.

Bruxelles abandonne la relocalisation obligatoire des réfugiés

Échec patent de l’UE, le programme de relocalisation obligatoire des réfugiés ne sera pas prolongé. La Commission suggère aux Etats-membres d’accueillir des réfugiés situés hors de l’UE de manière volontaire : un mécanisme appelé « réinstallation ».

En deux ans d’application du programme migratoire européen, il est clair que les institutions et États membres se sont concentrés de manière disproportionnée sur les entraves à l’immigration illégale et au renforcement des frontières, sans prêter beaucoup d’attention aux solutions à long terme, jugent les auteurs du rapport.

Oxfam a reçu des témoignages illustrant les conséquences des politiques européennes actuelles : des représentants des autorités nationales s’en prenant physiquement à des migrants aux frontières hongroises et croates, des femmes et des enfants exposés à des risques d’agressions dans les « hotspots » en Grèce et en Italie, ou encore des personnes empêchées de fuir la torture et le viol en Libye.

Le rapport formule donc des « lignes directrices » pour mieux gérer la migration, à la fois dans le cadre des affaires étrangères et de la gestion interne dans l’UE.

Au niveau externe, la première recommandation est d’assurer que l’aide au développement atteigne réellement les personnes qui devraient en bénéficier. Oxfam appelle donc les pays donateurs à adopter une approche complète afin de mieux gérer les crises et problèmes chroniques dans les pays voisins de l’UE. Les auteurs du rapport déconseillent également d’utiliser l’aide au développement et l’aide humanitaire pour « entraver l’immigration ». Le succès des politiques de développement ne peut se mesurer en fonction du nombre de personnes qui traversent ou ne traversent pas les frontières, rappelle sévèrement l’organisation.

Oxfam appelle également à la poursuite des opérations de recherche et de sauvetage dans la Méditerranée, opérations qui doivent avoir comme unique but de sauver des vies, ainsi qu’un soutien continu aux actions des ONG dans ce sens. Ces derniers mois, plusieurs gouvernements se sont alliés pour empêcher les ONG de mener ce type d’opérations.

Les ONG contraintes de quitter la Méditerranée

À bord de l’Aquarius, seul navire d’ONG resté au large de la Libye, secouristes et humanitaires poursuivent leur veille et s’inquiètent de l’intervention de l’armée libyenne. De son côté, Rome se félicite du changement.

L’organisation rappelle également que l’UE avait prévu d’augmenter les voies d’immigrations sûres et légales pour les demandeurs d’asile, ainsi que pour les travailleurs immigrés, mais que très peu de progrès ont été réalisés sur ce plan.

Dans les lignes directrices formulées dans le rapport, Oxfam dénonce la détention des demandeurs d’asile, qui « est devenue la norme, et non l’exception », à tort.

L'UE pourrait installer des centres d'expulsion en Grèce et en Italie

Exclusif. En plus des hotspots, il faut mettre en place des centres de détentions pour le retour des migrants n’ayant pas obtenu l’asile, surtout s’ils sont récalcitrants, assure Dimitris Avramopoulos dans une interview à EURACTIV.

L’organisation exige par ailleurs que les familles des demandeurs d’asile reconnus puissent bénéficier plus facilement d’un regroupement familial, comme le prévoit le règlement de Dublin. « La définition de famille devrait s’appliquer, au minimum, aux jeunes adultes dépendants de la famille jusqu’au déplacement, aux parents, frères et sœurs, parents par alliance et tout parent dépendant », stipule le rapport.

Cette définition étendue est dans l’intérêt des demandeurs d’asile, mais aussi des pays d’accueil, explique Oxfam, étant donné que la présence de la famille contribue à l’intégration des nouveaux arrivants.

L’immigration pourrait être gérée de manière différente, en respectant les droits de l’Homme, assure Natalia Alonso, d’Oxfam International. Elle insiste sur la possibilité et la nécessité de « changer de rhétorique » et de souligner l’impact positif que les migrants peuvent avoir sur les sociétés européennes.

Les pays européens jouent au ping-pong avec les Afghans

Ils arrivent en France après un long parcours en Europe: les Afghans sont de plus en plus ballottés entre pays qui tentent de les renvoyer, mettant « des milliers de personnes en danger de mort », dénoncent Amnesty International et la Cimade.