Les sanctions américaines contre la Russie inquiètent l’UE

epa06073354 Russian President Vladimir Putin (L) and US President Donald J. Trump (R) shake hands during their meeting on the sidelines of the G20 summit in Hamburg, Germany, 07 July 2017. The G20 Summit (or G-20 or Group of Twenty) is an international forum for governments from 20 major economies. The summit is taking place in Hamburg from 07 to 08 July 2017. EPA/MICHAEL KLIMENTYEV / SPUTNIK / KREMLIN POOL / POOL MANDATORY CREDIT

La Commission européenne est prête à agir en cas d’adoption définitive par le Congrès américain de nouvelles sanctions contre la Russie, qui pourraient pénaliser certaines entreprises européennes. Un article de notre partenaire La Tribune.

La Chambre des représentants a voté à une très large majorité de nouvelles sanctions contre la Russie, l’Iran et la Corée du Nord dans la nuit de mardi à mercredi. Le texte, adopté par 419 voix contre trois, doit encore être approuvé au Sénat et promulgué ou non par le président. Cette proposition de loi inquiète les institutions et les entreprises européennes qui pourraient subir les conséquences d’une telle décision.

Des entreprises européennes menacées

Plusieurs pays européens comme la France et l’Allemagne ont exprimé leurs inquiétudes sur cette loi qui pourrait limiter l’activité d’entreprises européennes dans le domaine de l’énergie par exemple. En effet, le texte prévoit par exemple d’infliger des amendes aux sociétés qui collaborent avec la Russie pour construire des infrastructures permettant d’exporter de l’énergie. D’après Reuters, les entreprises européennes impliquées dans Nord Stream 2, un projet de gazoduc à 9,5 milliards d’euros destiné à transporter du gaz russe vers l’Allemagne à travers la mer Baltique, pourraient être affectées. L’entreprise Engie, les groupes allemands spécialisés dans l’énergie Wintershall et Uniper, la société anglo-néerlandaise Royal Dutch Shell et l’autrichien OMV figurent sur la liste des entreprises européennes impliquées dans le projet Nord Stream 2.

La France a indiqué d’après Reuters que la proposition de loi du Congrès américain apparaissait « illicite au regard du droit international » et a appelé à une concertation au niveau européen. À Berlin, la Chambre de commerce et d’industrie a estimé que le projet américain risquait de nuire à la sécurité énergétique de l’Allemagne et semblait favorable aux entreprises américaines.

Une décision unilatérale critiquée

La dernière décision votée à la Chambre des représentants est très critiquée en Europe. Alors que le régime des sanctions contre la Russie en raison de l’annexion de la Crimée était régulièrement débattu entre les deux côtés de l’Atlantique, cette initiative unilatérale passe très mal rappelle l’AFP. Par ailleurs, le porte-parole de la Commission européenne, Margaritis Schinas a déclaré lundi dernier que « l’unité du G7 à l’égard des sanctions est d’importance primordiale, car il en va du respect de l’application des accords de Minsk ». Enfin, le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a souligné que la proposition de loi américaine pourrait avoir un « impact négatif sur la sécurité énergétique de l’UE » :

« C’est pourquoi la Commission a conclu aujourd’hui que si nos inquiétudes ne sont pas suffisamment prises en compte, nous nous tenons prêts à agir en conséquence rapidement. L’Amérique d’abord ne peut pas signifier que les intérêts de l’Europe viennent en dernier », a ajouté le président de la CE par allusion au slogan de campagne de Donald Trump, « America First » ».

Inquiétudes de la Russie

Le Kremlin s’inquiète également des conséquences possibles des nouvelles sanctions américaines qui pourraient affecter non seulement la Russie, mais aussi des pays tiers. À Moscou, le vice-ministre des Affaires étrangères Sergueï Riabkov a affirmé ce mercredi qu’il n’existait désormais aucune possibilité d’amélioration des relations avec Washington. « Ceci a d’ores et déjà un impact extrêmement négatif sur la normalisation de nos relations », a-t-il dit à l’agence de presse Interfax. De son côté, Dmitry Peskov, le porte-parole de l’exécutif russe a ainsi rappelé que :

« Nous travaillons avec nos partenaires européens à la réalisation de plusieurs projets de grande envergure », a dit Peskov en réponse aux questions sur les possibles effets des nouvelles sanctions américaines sur des projets comme Nord Stream 2. « Il va sans dire que nous attachons une très grande importance, comme nos partenaires européens, à la finalisation de ces projets et nous travaillerons dans ce sens. »

Pour le moment, nous pouvons dire que c’est plutôt une triste nouvelle du point de vue des relations russo-américaines et leur avenir. Ce n’est pas moins décourageant du point de vue du droit international et des relations commerciales internationales », a-t-il ajouté. Mais attendons que cela devienne une loi. »

Comme le rappelle l’agence de presse, « la capacité de riposte de l’UE à d’éventuelles nouvelles sanctions américaines est toutefois limitée, car elle ne dispose que de très peu de moyens d’action qui n’exigent pas une décision unanime des 28. »

Or les 28 pays sont loin d’être d’accord sur la position à adopter. Quelques pays de l’ancien bloc de l’Est comme la Pologne ou les pays baltes sont peu susceptibles de voter en faveur d’un projet comme Nord Stream 2 auxquels ils sont opposés. Il accroît la dépendance énergétique de l’UE à l’égard de la Russie.

Par ailleurs, le Royaume-Uni, l’un des proches alliés de Washington, est aussi opposé à défier les parlementaires américains. En effet, Londres se prépare à négocier un nouvel accord commercial avec les États-Unis dans le cadre du Brexit.

Donald Trump indécis

La Maison Blanche a fait savoir que Donald Trump n’avait pas encore pris de décision quant à la promulgation du texte. Il est vrai que ce dernier pourrait compromettre les tentatives de rapprochement les États-Unis et la Russie. L’agence de presse Reuters rappelle néanmoins que le texte pourrait être adopté avec une marge suffisante pour passer outre un éventuel veto présidentiel.