Du Zimbabwe à Anvers, un rapport dévoile le commerce illicite de diamants

Le président Robert Mugabe [Aaron Ufumeli/EPA]

Des élites militaires et politiques ont secrètement exploité le secteur du diamant du Zimbabwe. Et donc violé les sanctions commerciales européennes, selon les recherches d’une ONG spécialisée dans le développement.

Le rapport de Global Witness, publié le 11 septembre, se penche sur les liens du Zimbabwe avec la plateforme commerciale du diamant d’Anvers, en Belgique, qui représenteraient une violation des sanctions européennes contre le pays.

Global Witness est une ONG spécialisée dans la découverte de liens cachés entre la demande de ressources naturelles, la corruption, les conflits armés et la destruction environnementale. Elle étudie le secteur du diamant du Zimbabwe depuis 2011.

Le rapport cite des documents confidentiels du gouvernement indiquant que l’agence centrale de renseignement du Zimbabwe détient des parts dans la société d’extraction de diamants des champs de Marange, dans l’est du pays, Kusena Diamonds.

Les diamants de la société ont été commercialisés à Anvers et à Dubaï, circulant librement sur les marchés internationaux malgré le risque de violations des droits de l’Homme. Cela devrait se poursuivre puisque l’entreprise vient de fusionner avec la nouvelle Zimbabwe Consolidates Diamond Company (ZCDC).

Le rapport apporte des preuves selon lesquelles les deux sociétés de Marange, Anjin et Jinan, seraient liées à une entreprise du secteur militaire, Zimbabwe Defence Industries (ZDI). Global Witness estime que Antwerp Diamond Tender Facility (ATF) et First Element BVBA, deux plateformes commerciales ont violé les sanctions européennes en permettant le commerce des diamants d’Anjin à au moins trois occasion entre décembre 2013 et septembre 2014.

En 2015, l’UE a adopté des « lignes directrices » sur le commerce des diamants avec l’UE, en veillant à ce que le commerce soit conforme au système de certification du processus de Kimberly, qui rassemble les administrations, les sociétés civiles et l’industrie pour réduire la circulation de diamants de la guerre dans le monde.

L’UE peine à réguler le commerce des minerais de sang

De nouvelles négociations ont débuté à Bruxelles pour trouver un compromis sur les minerais issus de zones de guerre, aussi appelés minerais de sang. Elles achoppent sur le mode de surveillance de la chaine d’approvisionnement.

L’UE a introduit pour la première fois des sanctions à l’encontre du Zimbabwe en 2002 en réponse à l’escalade de la violence, aux intimidations contre les opposants au gouvernement, ainsi qu’à la promulgation d’une législation répressive.

En 2008 et 2009, ZDI et la Zimbabwe Mining Development Corporation (ZMDC) ont été ajoutées à la liste des sanctions de l’UE. En 2013, l’UE a retiré toutes les sanctions contre le ZMDC à la suite des pressions croissantes exercées par ses membres, en particulier par la Belgique, le carrefour mondial du commerce des diamants. La décision a été critiquée par les groupes de défense des droits.

ZDI n’a pas été retiré de la liste des sanctions de l’UE, et Global Witness fournit des preuves montrant que les diamants d’Anjin ont été proposés à la vente par ATF et par First Element BVBA.

En 2012, le vice-ministre zimbabwéen des Mines et du Développement minier a confirmé au Parlement zimbabwéen qu’une part importante de la société chinoise d’extraction de diamants Anjin était détenue indirectement, par l’intermédiaire de deux holdings, par Zimbabwe Defence Industries (ZDI), une société militaire qui figure actuellement sur les listes de sanctions d’un certain nombre de pays, y compris de l’UE.

Selon le rapport, First Element soutient que les sanctions à l’encontre des six sociétés de Marange avaient été levées avant que les diamants ne soient commercialisés dans l’UE.

Depuis 2010, le Zimbabwe a officiellement exporté plus de 2,5 milliards de dollars de diamants, selon les chiffres officiels du Processus de Kimberley. Or, selon les quelques rapports gouvernementaux disponibles, seuls 300 millions de dollars peuvent être clairement identifiés dans les comptes publics.

Récemment, le président du Zimbabwe, Robert Mugabe, a accusé des sociétés privées d’avoir « volé » au Zimbabwe son argent issu des diamants, alors que le gouvernement détient au moins 50 % de toutes les sociétés diamantifères des champs d’exploitation de Marange.