L’alliance des europhobes fait un flop au Parlement européen

23 eurodéputés du Front national sont entrés au Parlement européen. Ils étaient seulement 3 entre 2009 et 2014

23 eurodéputés du Front national sont entrés au Parlement européen. Ils étaient seulement 3 entre 2009 et 2014

La motion de censure déposée par les europhobes au Parlement européen a été soumise au vote jeudi 27 novembre à midi. Elle a été rejetée par 461 voix contre 101, soit un résultat opposé au but initial : le président de la Commission est conforté.

La motion de censure déposée par des partis eurosceptiques du Parlement européen, dont le Front national français, pour faire tomber la Commission européenne a été repoussée jeudi à Strasbourg par 461 voix contre 101 en faveur et 88 abstentions.

>>Lire : Marine Le Pen et Nigel Farage s’allient contre Juncker

Pour que la Commission soit dissoute, la motion aurait dû récolter une double majorité, c’est-à-dire les deux tiers des suffrages exprimés et le soutien de plus de la moitié des eurodéputés (minimum 346 voix) selon les règles du Parlement. 

Juncker conforté

Ce résultat était attendu, les principales formations de droite et de gauche ayant maintenu leur soutien au collège de commissaires et à son président, Jean-Claude Juncker, qui était spécifiquement visé par la procédure. Mais le comble c’est que ce vote conforte le président de la Commission européenne, alors même que de nombreux eurodéputés sont extrêmement critiques sur son passé.

En effet, 461 eurodéputés ont voté contre la motion de défiance, apportant ainsi leur confiance au président de la Commission. Or seulement 426 eurodéputés avaient voté pour Juncker lors de son investiture.

L’ancien Premier ministre luxembourgeois a été mis en difficulté après la révélation par un réseau international de médias d’accords fiscaux passés entre le Luxembourg et environ 340 multinationales pour minimiser leurs impôts au détriment d’autres pays et leur permettre d’économiser des milliards d’euros.

Les signataires de la motion jugeaient « inacceptable qu’une personne responsable de la mise en place de puissants dispositifs d’évasion fiscale puisse occuper le poste de président de la Commission ».

Des négociations au cas par cas mais légales

Répondant aux eurodéputés lundi dernier, dans le cadre du débat sur la motion de censure, Jean-Claude Juncker a plaidé le caractère légal des pratiques du Luxembourg, précisant que 22 Etats membres disposaient de dispositifs similaires.

« Je considère que de l’interaction entre des dispositions légales nationales divergentes résulte et résultait une situation qui pouvait conduire dans des cas extrêmes à une sous imposition des sociétés européennes et autres qui ne reflète aucunement ce que j’appellerai le consensus éthique et moral qui est de convenance », a-t-il reconnu.

>> Lire : Jean-Claude Juncker contre-attaque sur les « Luxleaks »

Il a rappelé qu’il s’était engagé en faveur d’un rapprochement et d’une transparence des règles fiscales appliquées par tous les Etats européens.

Celui-ci a également affirmé le 12 novembre, en réponse à une question d’EURACTIV, qu’il aurait été nommé candidat de son groupe politique – ou « Spitzenkandidat » – pour le poste de président de la Commission même si l’affaire des « Luxleaks » avait été publiée plus tôt.

La motion de censure, qui était signée par 76 eurodéputés, soit plus que le minimum requis de 10% des 751 élus du Parlement européen, a rallié moins de partisans que les 209 qui s’étaient opposés à l’intronisation de la Commission, le 22 octobre dernier.

>> Lire : Les eurodéputés font peu de cas de la motion de censure des eurosceptiques

La Gauche unitaire européenne, qui réunit notamment des partis communistes, avait indiqué qu’elle refuserait d’associer ses voix à celles de « l’extrême droite » après avoir échoué à présenter une motion de censure en son nom propre.

Réactions

« Les eurosceptiques et l’extrême droite qui ont déposé la motion de censure contre Jean-Claude Juncker pour les pratiques de préférence fiscale dénoncées par le LuxLeaks portent en fait exactement les mêmes logiques que celles qu’ils prétendent combattre. Ce sont celles d’un mépris de l’intérêt général européen, au profit d’un égoïsme national et d’une concurrence entre États où chacun essaye de tirer la couverture à soi au détriment de l’autre » a déclaré Pascal Durand, élu Vert au Parlement européen

Steven Woolfeeurodéputé de UKIP estime quant à lui que « le Parlement européen a voté pour protéger le président de la Commission malgré le scandale des ‘LuxLeaks’ plutôt que pour protéger leurs propres peuplesdont les budgets nationaux ont été amputés à cause du système d’évitement fiscal de Jean-Claude Juncker au Luxembourg ». L’eurodéputé dénonce aussi le vote des autres partis britanniques : « C’est une honte que le parti travailliste soutienne les accords de Jean-Claude Juncker avec les multinationalesEmpalés sur les grilles de l’UE, les conservateurs se sont abstenus – ce parti avide de pouvoir ne défendra donc plus aucun principe ? »

L'eurodéputée libérale démocrate Catherine Bearder (Royaume-Uni) a réagi à l'absence de Nigel Farage lors du vote au Parlementalors même qu'il est l'un des instigateurs de cette motion, avec certains députés du Front national.

« Les députés de UKIP sont connus pour travailler très peu, mais cette fois-ci Nigel Farage n'est même pas venu voter sur sa propre motion. Cela montre bien que sa proposition n'était rien d'autre qu'un coup médiatique éhonté. Pendant que les députés de UKIP font les pitresd'autres eurodéputés travaillent dur pour que Jean-Claude Juncker et la Commission aient réellement à répondre de leurs actions en organisant une enquête indépendante minutieuse »

Dans son communiqué suite au vote, le PPE qualifie la motion de censure de « pétard mouillé », rejeté par la plupart des eurodéputés. « Le Parlement européen ne doit pas se faire dicter son comportement par les partis populistes qui, une nouvelle foismettent en cause la Commission européenne à des fins démagogiques. La Commission s'est récemment mise en place avec une nouvelle organisation et de nouvelles propositions; elle doit se mettre au travail pour apporter des réponses efficaces et responsables à la crise ! », selon Françoise Grossetêtevice-présidente du groupe. « Monsieur Farage et Madame Le Pen voulaient qu'on parle d'euxC'est fait. Mais que d'énergie et de temps passés à organiser un vulgaire coup politique », conclut quant à lui Philippe Juvin.

« M. Juncker, il faut agir ou partir ! », exhortent quant à eux les VertsEurope-Écologie-Les-Verts refuse en effet d’en rester là : « Le scandale a ouvert une brèche politique. Il est urgent de tout faire pour qu’elle ne puisse pas se refermer. […] Nous ne voulons pas d’un discours sur le fait qu’il aurait changé en occupant de nouvelles fonctionsNous voulons des actes forts et un agenda précis. »

Marc Tarabella, chef de délégation PS au parlement européen, pour sa part une motion « qui avait pour but de rendre l’Europe ingouvernable ». « Dénoncer les problèmes est une des tâches des Eurodéputés mais quand ils ne proposent comme solution que la destruction de l’Europe au mépris des citoyens, ils ne servent à rien ou ne servent que leurs propres intérêts ! »

Le groupe de la gauche GUE/NGL a réitéré son opposition au président de la Commission. Ses membres appellent à présent à « la création d’une commission d’enquête parlementaire sur la fiscalité, ainsi qu’une réelle enquête sur les accords fiscaux dans plusieurs États membres ». « Le vrai scandale est que l’évitement fiscal soit essentiellement légal dans l’UE, ce qui entraîne les États dans une course à la meilleure structure d’évitement fiscal », ajoute-ils.

Contexte

Le Front national a établi son meilleur score lors des élections européennes de mai 2014, en obtenant près d'un quart des suffrages exprimées. La délégation du Front national au Parlement européen est donc la principale formation politique française, avec 24 élus sur un total de 74.