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01/10/2016

L’antisémitisme reste fort au sein de l’électorat Front national

Nouveau Parlement

L’antisémitisme reste fort au sein de l’électorat Front national

Marine Le Pen en meeting, en 2012

La thèse de la normalisation du Front national est mise à mal par une étude de la Fondation pour l’Innovation Politique, qui établit une relation forte entre l’électorat FN et l’antisémitisme en France.

Une nouvelle enquête de la Fondation pour l’Innovation Politique (Fondapol) sur l’antisémitisme dans l’opinion publique française bat en brèche la théorie de la normalisation du Front national. Contrairement à l’ensemble de la population française, au sein de laquelle l’antisémitisme a peu d’écho, l’électorat du Front national affiche de fortes affinités avec les idées antisémites dans le cadre de l’enquête.

« On peut dire que la société française dans son ensemble est relativement préservée des préjugés antisémites, à l’exclusion de quatre points d’incandescence : l’électorat du Front national, les Français musulmans, les proches du Front de Gauche et les sites de vidéo YouTube et Dailymotion où l’on retrouve de l’antisémitisme, contrairement aux autres médias », explique Dominique Reynié, directeur de Fondapol.

Pas de normalisation du FN

L’enquête, réalisée par l’IFOP auprès d’un échantillon de 1005 Français de plus de 16 ans, a été complétée par une autre enquête parallèle auprès d’une population de 575 personnes nées dans une famille de religion musulmane.

Partis du constat d’une augmentation des incidents antisémites violents constatés en France, puisqu’ils représentent la moitié des actes violents à caractère raciste alors que la population d’origine juive est inférieure à 1 % de la population française, les enquêteurs arrivent à la conclusion inverse de l’enquête de Jean-Christophe Rufin en 2004, qui avait identifié une décorrélation entre l’extrême-droite et les idées antisémites.

Ainsi, alors que 84 % des interrogés estiment qu’un Français juif est aussi Français qu’un autre Français, seulement 61 % des proches du FN sont d’accord avec cette affirmation, et 91 % des musulmans. 53 % des électeurs du FN éviteraient d’élire un président juif, contre 21 % de la population dans son ensemble, et 22 % d’entre eux rechercheraient à éviter d’avoir un voisin juif, contre 6 % de la population dans son ensemble.

Défiance envers les institutions

« Le FN est la seule catégorie testée à offrir un tel niveau de rejet, non seulement des juifs, mais de toute forme d’altérité : même les Corses en souffrent » souligne Dominique Reynié, insistant sur le fait que les conclusions de cette étude « sont aux antipodes de la normalisation du FN ».

Il identifie également une relation entre la défiance envers les institutions mise en avant par les électeurs du FN et l’antisémitisme. Alors que 32 % des personnes interrogées déclarent avoir confiance dans l’UE, seulement 20 % des personnes estimant qu’il existe un complot sioniste à l’échelle mondiale accorde leur confiance aux institutions européennes.

Contexte

Le Front national a établi son meilleur score lors des élections européennes de mai 2014, en obtenant près d'un quart des suffrages exprimées. La délégation du Front national au Parlement européen est donc la principale formation politique française, avec 24 élus sur un total de 74.

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