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22/01/2017

Le Parlement européen s’interroge sur les assistants parlementaires pléthoriques

Nouveau Parlement

Le Parlement européen s’interroge sur les assistants parlementaires pléthoriques

Le joueur de poker et député européen lituanien Antanas Guoga dispose de 27 assistants parlementaires

Les assistants locaux des eurodéputés sont parfois très nombreux, surtout chez les eurosceptiques, mais aussi en Pologne, Lituanie, Bulgarie et Roumanie. Une dérive à laquelle le Parlement européen veut s’attaquer.

Le Parquet de Paris a ouvert le 24 mars une enquête préliminaire à propos des assistants parlementaires du FN au Parlement européen, « suite à la dénonciation par Martin Schulz de faits susceptibles de caractériser un abus de confiance » a précisé le parquet à EurActiv. La justice française a été jugée compétente en raison du siège du Parlement européen, à Strasbourg. Si l’enquête préliminaire confirme les doutes du président du Parlement européen, une information judiciaire sera ouverte dans la foulée. Elle pourrait ne pas être isolée.

Car le FN n’est pas le seul groupe politique à gérer la question des assistants parlementaires à la légère au Parlement européen.

>>Lire Le Parlement européen s’alarme de financer le FN

Dans le cadre de la clôture des comptes 2013, une procédure dans laquelle le Parlement européen donne sa « décharge » à la Commission, tous les comptes de l’UE sont passés au crible, y compris ceux du Parlement. La Cour des comptes européenne s’est inquiétée du nombre élevé d’assistants, ce qui a entraîné une réaction des parlementaires qui souhaitent désormais durcir les contrôles. 

Les parlementaires disposent tous d’une enveloppe de 21.349 euros pour rémunérer leurs assistants. Il existe deux types d’assistants. D’une part, les « accrédités » qui travaillent directement dans les locaux, à Bruxelles et Strasbourg, et dont le recrutement fait l’objet d’un contrôle du Parlement européen. Ils doivent être payés par un tiers agrémenté (une société de portage) et leur salaire obéit à une grille en fonction de leurs compétences.

D’autre part, les « locaux» fournissent de l’aide en circonscription, auprès des bases électorales. Leur recrutement se passe de contrôle, ce qui inquiète la direction financière de l’institution. En moyenne, les députés ont 2 assistants accrédités et 6 au niveau local.

43 assistants pour un député européen

La dernière campagne électorale pour les élections européennes a toutefois donné lieu à des dérives. Certains élus sortants, candidats à leur réélection, auraient eu besoin de main-d’œuvre lors de la préparation des élections européennes de mai 2014. Au total, plus de 80 députés européens ont recruté plus de 10 assistants locaux en 2013, l’un d’eux allant même jusqu’à en recruter…43 ! « Il n’y pas tellement de doute sur le fait que ces embauches ont été temporaires et destinées à préparer la campagne des européennes », assure une source au Parlement européen.

Cette situation frappe surtout certains pays de l’Est. Et irrite certains parlementaires, comme le Français Gilles Pargneaux, rapporteur sur le sujet. Le députée européen socialiste s’est emparé du sujet et a ajouté un amendement (78 ) au rapport sur le contrôle budgétaire, demandant que des contrôles supplémentaires soient mis en place par le Parlement européen. « Je souhaite mettre fin aux pratiques douteuses de certains députés identifiées par la Direction générale des Finances que j’ai auditionnée à l’automne dernier » précise l’eurodéputé. Le débat en commission ayant eu lieu juste après la saisine de l’OLAF à propos des assistants du FN et le député a été suivi par les principaux groupes politiques sur cette idée de renforcement des contrôles.

Plus d’assistants avant qu’après les élections, plus d’assistants europhobes qu’europhiles

Le Parlement européen comptait 1785 assistants parlementaires accrédités pour 4860 assistants locaux en 2013, un chiffre gonflé par la période électorale. Leur nombre s’est réduit après les dernières élections : ils sont aujourd’hui 1716 assistants pour 2246 assistants locaux.

Le cas de partis eurosceptiques qui utilisent les fonds du Parlement européen semble le plus commun. Les députés non inscrits totalisent 155 assistants locaux, les membres du groupe conservateurs et réformistes 347, et le groupe Europe de la liberté et de la démocratie directe 181.

Les élus polonais emploient pas moins de 432 assistants locaux. La plupart des élus du groupe des Conservateurs et Réformistes européens polonais affichent un nombre impressionnant d’assistants : ils en ont presque tous plus de 15 , et l’un d’eux en dispose même de 18.

Ces pratiques sont aussi habituelles en Roumanie et en Bulgarie, mais dans des proportions moindres : Mircea Diaconu, eurodéputé roumain, dispose de 13 assistants locaux, et en Bulgarie, deux députés en ont au moins 11. La situation est aussi critique en Lituanie avec une majorité de députés disposant de plus de 10 assistants par personne. L’un d’eux, qui est par ailleurs une star dans le monde du poker sous le nom de Tony G, a parié sur encore plus de collaborateurs : Antanas Guoga a 24 assistants locaux !

Ce nombre important d’assistants s’explique certes par des charges sociales et des coûts salariaux nettement plus faibles. Mais dans le cas de M. Guoga, qui totalise 27 assistants, le coût moyen mensuel par assistant, soit 777 euros, interroge.

Les services de la direction générale des Finances du Parlement européen se sont aussi penchés sur des cas individuels étranges, dont celui d’un parlementaire d’un pays de l’Est qui embauchait un seul assistant, en local, tout en le payant relativement cher. Mais une partie de la somme servait en fait à financer un loyer…

>>Voir aussi le blog de Jonas Jancarik sur le sujet

Contexte

Né dans les années 1970 à partir d'une myriade de courants d'extrême-droite rassemblés autour de Jean-Marie Le Pen, le Front national a toujours connu des courants très distincts en son sein. La stratégie de normalisation entreprise par Marine Le Pen depuis qu'elle a pris la présidence du pari s'inscrit dans celle des autres parti européens d'extrême-droite, qui plaident pour un "welfare chauvin", soit un Etat protecteur, mais seulement pour une partie de la population. Marine Le Pen tente de s'éloigner des thèses ou propos racistes émises par d'autres partis européens ou à l'intérieur de son propre parti, notamment dans la perspective des élections présidentielles de 2017 en France.Né dans les années 1970 à partir d'une myriade de courants d'extrême-droite rassemblés autour de Jean-Marie Le Pen, le Front national a toujours connu des courants très distincts en son sein. La stratégie de normalisation entreprise par Marine Le Pen depuis qu'elle a pris la présidence du pari s'inscrit dans celle des autres parti européens d'extrême-droite, qui plaident pour un "welfare chauvin", soit un Etat protecteur, mais seulement pour une partie de la population. Marine Le Pen tente de s'éloigner des thèses ou propos racistes émises par d'autres partis européens ou à l'intérieur de son propre parti, notamment dans la perspective des élections présidentielles de 2017 en France.