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27/09/2016

Le PPE songe à sacrifier Moscovici si la gauche s’attaque à un commissaire de droite

Nouveau Parlement

Le PPE songe à sacrifier Moscovici si la gauche s’attaque à un commissaire de droite

Certains commissaires risquent d'être sacrifiés sur l'autel du Parlement européen © Univ. Pennsylvania Museum

Le principal parti du Parlement européen prévient qu’il demandera la tête de Moscovici si la gauche remet en cause un de ses commissaires.

A 4 jours du début des auditions des nouveaux commissaires par les eurodéputés, le ton monte entre les forces politiques. Le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, est venu présenter son organisation, devant un bureau élargi de son groupe, le PPE, mardi 23 septembre au soir. Le chef de la délégation française, Alain Lamassoure qui y a participé, assure que le PPE ne demandera aucune tête après examen approfondi du casting.

Il prévient en revanche que si la gauche remet en cause un des commissaires de droite, le PPE, qui est le premier groupe au Parlement avec 221 élus sur 751 ripostera en faisant de même avec un commissaire de gauche.

« Si les partenaires au sein de la coalition demandent la tête de l’un des commissaires PPE, il y en aura deux » avertit l’homme politique.

Le message est notamment destiné aux Français et à leur poulain, Pierre Moscovici. « Pierre Moscovici est celui qui suscite le plus de réserves au sein du PPE, non pas sur sa personnalité, mais sur son portefeuille. C’est le plus fragile des commissaires socialistes » prévient-il. Le message est clair : si l’un des commissaires les plus contestés était remis en cause, qu’il s’agisse de l’espagnol Canete ou du Hongrois Navracsis, alors le poste de Moscovici sera aussi sacrifié.

Équilibre de la terreur

Une menace qualifiée « d’équilibre de la terreur » par Pervenche Berès, chef de la délégation d’eurodéputés socialistes, qui rappelle qu’en « démocratie il faut d’abord accepter d’évaluer les gens sérieusement au regard des prestations durant les auditions ».

L’hypothèse d’une élimination du candidat français est peu probable dans la mesure où les eurodéputés pourront difficilement remettre en cause ses compétences en matière financière, en raison de son passé de ministre de l’Economie et des Finances. Mais la menace politique du PPE est bien réelle, même si Pervenche Berès la minimise. « La droite explique la même chose aux socialistes italiens, qu’ils vont perdre Federica Mogherini (la haute représentante) s’ils s’opposent à certaines candidatures ».

Victimes sacrificielles sur l’autel du Parlement

En dehors du PPE,  il est pourtant évident que le passage de certains commissaires devant le Parlement s’annonce sanglant. « Jean-Claude Juncker a de lui-même désigné deux victimes sacrificielles en nommant l’espagnol Canete à l’énergie et au climat et le Hongrois à la culture et la citoyenneté»  s’amuse un eurodéputé vert, se demandant même si Juncker ne les a pas placés là afin que le Parlement européen réagisse. Ce qui permettrait à Juncker de s’en débarrasser sans pour autant froisser les pays concernés, en se cachant derrière la légitimité démocratique du Parlement.

L’ancien ministre espagnol Canete a certes vendu ses actions dans une compagnie pétrolière. Il n’en reste pas moins fragile dans ses convictions et ses compétences sur le climat, selon ses détracteurs.

Le problème Fidez reste entier

L’audition du commissaire hongrois, mercredi 1er octobre, va en revanche mettre en avant une question majeure : celle du Fidez, le parti du Premier ministre Viktor Orban, dont les violations récurrentes des droits de l’homme posent un sérieux problème. « La vraie question, c’est l’appartenance du Fidez au Parti Populaire européen » assure Pervenche Berès.

Le 23 septembre, 977 ONG ont appelé l’UE à se mobiliser contre « les récents développements antidémocratiques en Hongrie. « En plus de contrôler les médias, la justice et les affaires économiques, le gouvernement de Viktor Orban augmente la pression sur la société civile. L’objectif apparent est de supprimer toute activité indépendante et d’éteindre toute voix qui serait légèrement critique du gouvernement » assure ce collectif d’ONG provenant de 32 pays différents.

L’association européenne pour la défense des droits de l’homme a de son côté envoyé mercredi 24 septembre une lettre aux députés européens, leur demandant de ne pas soutenir la nomination de M. Navracsis, le candidat hongrois au poste de commissaire qui s’est vu confier l’Éducation, la Culture et la Citoyenneté. « C’est un signal inquiétant pour les politiques qui seront conduites par la Commission européenne sur l’égalité des droits et la citoyenneté » s’inquiète l’ONG, s’étonnant de cette nomination qui s’apparente à « la reconnaissance d’une certaine validation de la politique autoritaire et nationaliste suivie par le gouvernement hongrois ».

>>Lire aussi : le portefeuille du commissaire hongrois interroge

Contexte

Jean-Claude Juncker, le nouveau président de la Commission européenne, a annoncé le 10 septembre la distribution des portefeuilles au sein de sa nouvelle équipe.

Avec 18 anciens (premiers) ministres, la nouvelle Commission sera « très politique », comme l'a indiqué le Luxembourgeois lors de la présentation de son nouvel exécutif, qui doit entrer en fonction le 1er novembre 2014.

La nouvelle composition de la Commission doit maintenant être approuvée par le Parlement européen, qui doit auditionner les commissaires européens entre le 29 septembre et le 7 octobre. Au cours de ces deux semaines, les 27 commissaires seront entendus par les eurodéputés des commissions parlementaires compétentes sur leur portefeuille. Le Parlement européen doit ensuite avaliser ou rejeter l'équipe dans son intégralité. 

>> Retrouvez toutes les infos sur notre page consacrée spécialement à la nouvelle Commission

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