Sous pression, les constructeurs automobiles allemands font des concessions

Les constructeurs automobiles allemands s'engagent à réduire les émissions. [Sisacom/Shutterstock]

L’industrie automobile allemande, en pleine crise existentielle, s’est engagée à réduire les émissions polluantes en adaptant le logiciel de plus de 5 millions de véhicules diesel, un « premier pas » concédé sous la pression gouvernementale.

« Nous identifierons ensuite d’autres mesures », a averti la ministre de l’Environnement Barbara Hendricks à la sortie du « forum national » sur le diesel tenu à Berlin sous l’égide du gouvernement, prévenant que les constructeurs devraient faire encore « plus ».

Le ministre des transports, Alexander Dobrindt a souligné que ces décisions doivent conduire « à une baisse très rapide des émissions ».

Le but immédiat des industriels était d’éviter les interdictions du diesel qui menacent dans certaines grandes villes – une perspective cauchemardesque pour quelque 15 millions d’automobilistes allemands et pour les groupes concernés.

Les constructeurs ont donc promis de rappeler à leurs frais 5,3 millions de véhicules diesel en Allemagne d’ici fin 2018, avec l’objectif imposé de réduire de 30% les émissions d’oxyde d’azote (NOx) par une mise à jour logicielle.

Ce chiffre intègre les 2,5 millions de véhicules déjà rappelés ces derniers mois par le groupe Volkswagen, alors que les autres groupes automobiles ont aussi procédé de leur côté au rappel de centaines de milliers de voitures diesel.

Interrogé par l’AFP, un porte-parole de la Fédération allemande de l’industrie automobile (VDA) n’a pas pu indiquer à combien de nouveaux véhicules correspond la promesse faite mercredi, laissant planer une incertitude sur la portée réelle de cet engagement.

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La BEI soupçonne qu’un prêt de 400 millions d’euros accordé au constructeur automobile allemand Volkswagen ait pu servir à développer la technologie au cœur du scandale des moteurs truqués, selon le président de l’institution.

Triche et manipulation

Cette mise à jour logicielle était déjà considérée comme une solution a minima par ceux qui prônent plutôt des modifications techniques sur les voitures, plus coûteuses, et surtout des interdictions de circulation.

Le rappel « est une mesure bienvenue, mais pas une solution à long terme à la pollution de l’air », a déploré mercredi Greg Archer, de l’ONG Transport et Environnement, appelant plutôt à investir dans les véhicules électriques.

« Ça ne suffira malheureusement pas à ramener les niveaux d’émission des villes les plus polluées en dessous des objectifs légaux », a renchéri Winfried Kretschmann, chef du gouvernement Vert de l’État-région du Bade-Wurtemberg (sud-ouest), berceau important de l’industrie automobile.

Tous les constructeurs en Allemagne, Volkswagen et ses marques Audi et Porsche, Daimler (Mercedes-Benz), BMW, mais aussi Opel et l’Américain Ford, étaient conviés à ce sommet organisé presque deux ans après le début du scandale Volkswagen.

Le numéro un mondial de l’automobile avait reconnu alors avoir équipé 11 millions de véhicules diesel d’un logiciel truqueur qui faussait les contrôles de ses émissions polluantes. Les soupçons se sont étendus depuis à l’ensemble de l’industrie.

Le contexte est encore alourdi par la révélation de soupçons de cartel entre constructeurs allemands, qui aurait selon l’hebdomadaire Spiegel jeté les bases de cette manipulation.

Si le gouvernement veut faire preuve de fermeté face aux constructeurs, il lui faut aussi soutenir un secteur qui assure environ un cinquième des exportations du pays et représente plus de 800 000 emplois.

Par ailleurs, une étude menée par Greenpeace montre que 57% des Allemands soutiennent l’idée d’une interdiction dans les villes les plus polluées des véhicules diesel. Pourtant ces véhicules restent très populaires en Allemagne où, en juillet, ils ont représenté 45% des ventes de voitures neuves.

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Six fournisseurs automobiles, dont le français Valeo, ont admis avoir participé à des ententes sur les composants de climatisation et de refroidissement du moteur. La Commission leur a imposé des amendes pour un total de 155 millions d’euros.

Responsabilité politique

Les fabricants allemands ont ainsi lourdement investi ces dernières années dans les moteurs diesel, car ils émettent moins de dioxyde de carbone que les versions essence.

Le revers de cette technologie est qu’elle émet davantage d’oxyde d’azote, qui contribuent à la formation en ville de « smog », une brume responsable de maladies respiratoires et cardiaques.

À l’approche des législatives du 24 septembre, la question est devenue un sujet de rivalité politique, le candidat social-démocrate Martin Schulz déplorant l’absence lors du sommet diesel de la chancelière Angela Merkel, actuellement en vacances.

Pour Stefan Bratzel, expert automobile et directeur du Center of Automotive Management, la responsabilité de la crise est pourtant largement partagée, les fabricants ayant triché « avec l’approbation silencieuse des instances politiques » de tous bords.

Les constructeurs allemands, qui sont entrés sur le tard dans le marché de l’électrique, comptent sur les ventes de moteurs diesel modernes, dits « dépollués », pour parvenir à respecter la réglementation européenne en matière d’émission.

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