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28/09/2016

L’étrange vote conservateur des socialistes européens sur l’aide alimentaire

Politique régionale

L’étrange vote conservateur des socialistes européens sur l’aide alimentaire

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En commission parlementaire, des eurodéputés sociaux-démocrates ont voté contre l’augmentation du fonds européen d’aide aux plus démunis et l’allègement des ses procédures d’attribution. Explications.

Un drôle de combat s’est joué dans la matinée du 19 mars, au Parlement européen. Réunis en commission du développement régional, une quarantaine de députés européens s’apprêtent à voter un avis préparé par Younous Omarjee, élu du Front de gauche, siégeant au sein de la gauche unitaire européenne (GUE).

Le texte prévoit de simplifier l’octroi des aides européennes aux plus démunis, destinées aux banques alimentaires, tout en portant le montant prévu à 3,5 milliards d’euros, contre 2,5 milliards, pour la période 2014-2020.

Jeu ambigu

A priori, ces propositions devaient faire consensus dans les rangs des socialistes européens. Elles ont en réalité révélé les incohérences qui traversent le groupe. La plupart des sociaux-démocrates ont préféré s’abstenir, tout en rejetant les amendements clés sur l’allègement des procédures et l’augmentation du Fonds.

Pendant les semaines qui ont précédé le vote, l’Allemande Constanze Krehl, coordinatrice du groupe social-démocrate, a exprimé une vision diamétralement opposée à celle des eurodéputés socialistes français. L’intervention européenne était justifiée du temps où « il y avait des étangs de lait et des montagnes de beurre. Aujourd’hui, nous n’avons plus ces excédents », avait-elle affirmé courant février lors d’un débat en commission.

L’aide alimentaire reste avant tout « du ressort des Etats membres », avait-elle ajouté, estimant toutefois que l’UE pourrait intervenir au compte-goutte dans les pays financièrement contraints.

Le 19 mars, l’Allemande a poursuivi son jeu ambigu, appelant à repousser le vote du texte, tout en ménageant ses collègues sociaux-démocrates : « En aucun cas le groupe n’est opposé » au fonds européen d’aide alimentaire (FEAD), a-t-elle eu besoin de préciser.

« Doutes juridiques »

Mais les « doutes juridiques » seraient selon elle trop nombreux. Le blanc seing des juristes du Parlement européen, qui ont confirmé le caractère légal de la simplification appliquée au FEAD, n’a visiblement pas suffi à la rassurer. « Leur avis n’a pas été rendu public », relate l’entourage de Constanze Krehl.

Celle-ci veut des « systèmes de contrôles à tous les niveaux possibles », inspirés du modèle très complexe des fonds structurels, quand l’aide alimentaire est gérée par des associations en grande partie constituées de bénévoles…

La position de Constanze Krehl « est minoritaire », relativise-t-on au S&D. Elle a cependant suffi à créer un effet d’entraînement, compliquant de fait la lecture du vote : l’extrême gauche, les Verts et les conservateurs ont ainsi voté les amendements sur la simplification, quand des élus sociaux-démocrates les ont rejetés…

A l’issue d’un scrutin très serré (20 contre 21), l’augmentation du budget a été écartée. Pour les sociaux-démocrates comme pour les Verts, cette discussion doit avoir lieu dans le cadre des négociations entre le Parlement européen et les Etats sur le budget 2014-2020.

Rivalités

Ces « arguties techniques n’ont rien à faire dans ce genre de débat », a relevé Alain Cadec, eurodéputé UMP/PPE. « Nous avons perdu à une voix près », les socialistes européens n’ont pas suivi, « c’est un comble », s’est étonnée l’eurodéputée de droite Marie-Thérèse Sanchez Schmid. Seul Français du groupe social-démocrate à voter, Patrice Tirolien s’est démarqué en approuvant les amendements en faveur de la simplification et de la progression du budget. Pour le Guadeloupéen, le procès fait aux sociaux-démocrates européens serait « caricatural et mensonger« .

Les décisions finales reviendront de toute façon à la commission des Affaires sociales, présidée par la socialiste Pervenche Berès, et au vote en séance plénière. « Mme Berès aurait pu faire pression pour qu’un avis ambitieux soit adopté » en commission du développement régional, « mais elle n’avait pas intérêt à le faire », croit savoir une source proche du dossier.

En coulisses, des rivalités opposent la commission des affaires sociales à celle du développement régional : la première se serait vu attribuer la charge du rapport sur le Fonds européen d’aide aux plus démunis, objet de toutes les convoitises politiques, en lieu et place de la deuxième. Une histoire d’erreur de base juridique…