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19/01/2017

Leganés prête main-forte aux populations les plus vulnérables

Politique régionale

Leganés prête main-forte aux populations les plus vulnérables

Leganés aide à fournir de l’électricité aux camps de réfugiés Sahraouis, à Tindouf, en Algérie.

Édition spéciale. La municipalité espagnole de Leganés, dans la communauté autonome de Madrid, multiplie les projets de coopération avec des collectivités d’Afrique et d’Amérique latine. Un article d’EurActiv Espagne.

La ville de Leganés essaye d’être en phase avec les nouveaux objectifs de développement durable (ODD), en particulier quand il s’agit d’aider les pays en développement à faire face aux défis du changement climatique. Dans une interview avec EurActiv Espagne, Santiago Llorente, le maire socialiste de la ville de 186 696 habitants, a déclaré que la pauvreté n’était pas quelque chose de naturel, qu’elle avait des causes, et que ces dernières pouvaient être combattues .

Leganès, qui fait partie de la conurbation de Madrid, se situe à 11 km au sud-ouest de la capitale. Avec ses bâtiments modernes et ses longues avenues, Leganés est la cinquième ville la plus densément peuplée de la communauté autonome de Madrid, qui compte 6,4 millions d’habitants.

Surtout, Leganés est une ville fière de ses citoyens, qui ont fait preuve d’une solidarité incroyable avec les pays en développement, notamment en Amérique latine et en Afrique, ces 25 dernières années. Tout cela, grâce à une gestion décentralisée de la coopération au développement.

Cette approche a de nombreux avantages, affirme Santiago Llorente. « Nous avons établi une relation directe et d’égal à égal avec les municipalités avec lesquels nous travaillons. Grâce à nos villes jumelées, nous considérons que cette relation confirme notre capacité à apporter des solutions à leurs problèmes, et donc à améliorer directement la qualité de vie de leurs citoyens », a-t-il affirmé.

Transparence et bonne gouvernance

Avec ce modèle de coopération au développement, Leganés veut s’assurer que les principes de bonne gouvernance, de transparence et de responsabilité sont appliqués et que les engagements politiques sont tenus, a ajouté Santiago Llorente.

Parmi les projets les plus importants déjà mis en place par la ville de Leganés dans les pays en développement, au moins deux sont directement liés au changement climatique. L’un permet de fournir de l’électricité aux camps de réfugiés Sahraouis à Tindouf, en Algérie, grâce à des panneaux solaires pour alimenter les cuisines. L’autre se concentre sur une gestion durable des déchets urbains dans la ville de Macará en Équateur.

Alors que Madrid et d’autres communautés autonomes espagnoles se battent pour réduire leur déficit, la générosité envers les pays en développement faiblit. Entre 2010 et 2012, le budget national pour l’aide au développement et la coopération a plongé de 67 %.

Raúl Moreno, responsable de la coopération internationale au développement à Leganés, a déclaré à EurActiv qu’aider les populations les plus vulnérables dans le monde est devenu quelque chose de naturel pour les citoyens de Leganés. « Bien sûr, les coupes dans le budget national alloué à la coopération au développement ont aussi eu un énorme impact sur nos activités », a-t-il regretté.

Le gouvernement du premier ministre Mariano Rajoy, s’est engagé à revenir aux niveaux d’APD d’avant crise si la situation économique du pays s’améliorait cette année ou en 2016.

Le soleil : une ressource propre et peu couteuse

Les projets d’énergie solaire pour les cuisines des camps de la ville de Tindouf remontent à 2008. À cette époque, l’électricité était un « luxe » presque inconcevable dans les camps de réfugiés. Depuis lors, la situation s’est améliorée grâce.

« À Auser [Algérie], ils doivent encore installer des panneaux solaires dans deux quartiers. Pour l’instant, dans de nombreuses maisons, les panneaux et batteries photovoltaïques qui stockent de l’énergie sont le seul moyen pour cuisiner », a expliqué Raul Moreno.

Les travailleurs humanitaires de Leganés sont aussi actifs dans d’autres domaines à Tindouf. « Récemment, nous avons commencé à travailler dans le secteur de la santé. Nous avons monté une unité de soins de santé primaires composée d’un pédiatre, d’un généraliste, d’une infirmière et d’un infirmier », a-t-il ajouté.

Les équipes tentent maintenant de combattre les maladies chroniques graves qui touchent aussi les enfants. Notamment l’asthme et « une grave épidémie de gastroentérite qui s’est propagée dans la région après les inondations ». « Notre prochaine équipe se rendra dans la région en janvier », a expliqué le responsable municipal.

Le leitmotiv du projet est de faire un usage rationnel des ressources naturelles disponibles dans un environnement difficile, a expliqué le maire, tout en ajoutant : « les réfugiés n’ont presque rien à eux, mais ils ont beaucoup d’heures de soleil par jour ». L’élément clé pour nous était de rendre les choses plus faciles pour la population locale : « le fonctionnement d’un panneau solaire est très simple, et cela facilite leur quotidien », a-t-il poursuivi.

Dans les camps de réfugiés de Tindouf, Leganés a aussi apporté une contribution financière à un projet de l’UE visant à installer un système de collecte des déchets. « Jusqu’à récemment, les animaux morts, les piles usagées et d’autres types de déchets étaient enterrés, ce qui est très dangereux », a souligné Raúl Moreno.

Améliorer la gestion des déchets solides en Équateur et au Nicaragua

Dans ce domaine-là, Leganés s’implique aussi en Amérique du Sud. Parmi les nombreuses difficultés rencontrées par Raúl Moreno et son équipe – et l’ONG qui travaille avec eux sur le terrain – le traitement des déchets solides urbains pose un véritable défi.

« Le manque de traitement de tous ces déchets a généré de nombreux problèmes, parfois très graves, comme la pollution des rivières dans la ville de Macará, en Équateur, et la contamination des sols », a expliqué Raúl Moreno.

Leganés coopère activement avec la ville équatorienne sur la question du climat. Ensemble, elles ont conçu et mis en place le « plan de gestion des déchets solides dans le canton de Macará », pour essayer d’améliorer la situation. Cette manière de fonctionner est « sans aucun doute la plus efficace et la plus directe par rapport aux bénéficiaires, dans le cadre de la coopération décentralisée espagnole », a-t-il ajouté.

Entre autres choses, le projet vise aussi à faire parvenir de l’eau potable aux populations les plus démunies, à collecter tous les déchets solides pour minimiser les risques sanitaires dans les régions pauvres et isolées, et à créer des infrastructures et des installations sanitaires de base.

Pendant des années, Leganés a aussi financé un projet de l’ONG Les Amis de la Terre à Somoto, au Nicaragua. À travers la mise en place du recyclage et de la réorganisation des déchets, ce projet avait pour but d’aider les enfants à sortir des décharges. Avant cela, « de nombreux enfants vivaient dans des conditions catastrophiques, cherchaient dans les poubelles pour trouver quelque chose à manger ou à vendre, et essayer de survivre, tout simplement », déplore Raúl Moreno.

Le rôle de la coopération décentralisée au développement

Dans un nouveau cadre international pour la coopération au développement, où les ODD adoptés par l’Assemblée générale de l’ONU en septembre dernier font foi, l’approche d’une coopération décentralisée joue aussi un rôle, tout particulièrement dans des pays hautement décentralisés comme l’Espagne, qui compte 17 communautés autonomes, des administrations et des gouvernements locaux.

« La ville de Leganés a un budget spécialement consacré à la coopération au développement depuis des années. Toutefois, en Espagne, la coopération décentralisée au développement, qui vient des villes et des régions et qui est financé par le contribuable, n’est ni homogène ni standardisé », a expliqué Raúl Moreno.