« Macron tente de diviser pour mieux régner en Europe de l’Est »

Jan Zahradil [Parlamentnilisty.cz]

Pour Jan Zahradil, eurodéputé tchèque, Emmanuel Macron applique la stratégie du « diviser pour mieux régner » sur le groupe de Visegrád.

Jan Zahradil, eurodéputé (CRE) tchèque, est le président de l’Alliance des conservateurs et réformistes européens.

Le président Macron s’est rendu dans plusieurs pays d’Europe pour rencontrer leurs dirigeants à la fin de l’été. Que pensez-vous de sa relation avec les pays d’Europe centrale et de l’Est ? L’ambiance est-elle au dialogue ou au conflit ?

Je pense qu’Emmanuel Macron se soucie en réalité assez peu de l’Europe centrale et de l’Est. Son but est de se présenter comme un nouveau leader européen qui remettra tout en ordre. Dans sa conception de l’Europe, la France est aux manettes, l’Allemagne finance et tous les autres suivent. C’est bien sur une simplification, mais je pense que pour lui, l’Europe centrale n’est qu’un outil qui lui permet de se valoriser. C’est ce qu’illustre son approche du groupe de Visegrád. Pendant son tour d’Europe, il a rencontré les dirigeants tchèque et slovaque, mais pas polonais et hongrois.

12 chefs d'Etats européens en 10 jours, un challenge diplomatique pour Macron

Le président français va rencontrer 12 chefs d’États européens dans les 10 prochains jours au cours de sept rencontres distinctes. Un nouveau marathon diplomatique destiné à faire monter les priorités françaises : travailleurs détachés, défense, migrations.

Emmanuel Macron a rencontré les Premiers ministres tchèque et slovaque,  Bohuslav Sobotka et Robert Fico. Cela signifie-t-il que la République tchèque et la Slovaquie sont en mesure de dialoguer avec les pays de l’ouest, contrairement à la Pologne et à la Hongrie ? 

Il y a un conflit entre les pays d’Europe centrale et la France, à cause de la lutte contre les salaires bas et les tentatives d’entraver la liberté de circulation des travailleurs. Il est logique de parler à Emmanuel Macron de ces questions. Je ne pense cependant pas que nous devrions nous rapprocher de lui simplement parce qu’il nous a fait un cours de realpolitik et a appliqué la règle du « diviser pour mieux régner ».

Il essaie de démanteler le groupe de Visegrád parce que celui-ci s’est montré trop rebelle récemment. Nous ne devrions pas nous prêter au jeu. La position de Robert Fico est un peu différente, parce que la Slovaquie fait partie de la zone euro, mais la République tchèque ne devrait pas tenter de devenir un intermédiaire entre l’ouest et les « méchants » que sont Jarosław Kaczyński et Viktor Orbán. Ça ne marchera pas. Nous ne ferions qu’enrager la Hongrie et la Pologne, tout en étant considérés comme un laquais par l’ouest.

Prague veut faire partie du noyau dur européen, mais sans l’euro

La République tchèque veut intégrer le noyau dur de l’UE, mais pas sa monnaie. Prague souhaite plutôt se concentrer sur la défense commune. Un article d’Euractiv République tchèque.

Tout comme nous le faisons sur la question de la réinstallation des migrants, le groupe de Visegrád doit garder une position ferme sur le travail détaché. Nous devrions faire pression, utiliser des arguments fondés sur le droit primaire européen et prouver que la France enfreint les règles du marché unique.

Trouver des compromis, c’est bien, mais au départ il faut définir sa position très clairement. Si votre but dès le départ est le compromis, vous diminuez automatiquement vos chances de réussites.

Le travail détaché et les questions de convergence qui s’y rapportent semblent être l’un des sujets européens les plus importants de ces dernières années. Pensez-vous qu’il s’agisse d’un problème de fond grave ?

Cela indique plutôt que malgré toutes les déclarations de solidarité et d’intégration, nous avons atteint une phase où l’on peut enfin voir que « la charité commence chez soi ». Les pays qui parlent constamment de l’idéal européen luttent de toutes leurs forces pour leurs intérêts nationaux. Emmanuel Macron aime se présenter comme un protecteur des intérêts des travailleurs français. C’est de la rhétorique, la pratique pourrait bien s’avérer très différente, nous ne devons pas l’oublier.