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28/09/2016

À Frangy-en-Grèce, Varoufakis s’alarme du déficit démocratique de l’UE

Politique

À Frangy-en-Grèce, Varoufakis s’alarme du déficit démocratique de l’UE

Yanis Varoufakis et Arnaud Montebourg, le 23 août à Frangy-en-Bresse © EurActiv

Le maintien des politiques d’austérité au mépris des choix des citoyens fait le jeu de l’extrême-droite en Europe, selon Yanis Varoufakis et Arnaud Montebourg.

A Frangy-en-Bresse, dimanche, l’ex-ministre des finances grec s’est vu affublé d’un nouveau surnom. « Fakis, fakis » l’ont acclamé les militants socialistes venus comme chaque année célébrer la « Fête de la rose », rassemblement local de la famille socialiste depuis 1972, auquel Arnaud Montebourg participe régulièrement.

>>Lire : Une cuvée Europe de Bourgogne attend Varoufakis à la fête de la rose

Bronzé et visiblement ravi malgré la pluie qui arrosait la Saône-et-Loire et le village de Frangy rebaptisé pour l’occasion, l’ex trublion des rassemblements feutrés de l’eurogroupe, fêté comme une star, a vertement attaqué les dirigeants européens et le gouvernement actuel de la Grèce.

Un coup d’Etat en Grèce

« Ce qui s’est passé le 12 juillet dernier, c’est un véritable coup d’Etat, et c’est une défaite pour tous les Européens» a assuré l’ancien ministre, faisant référence à la signature par la Grèce d’un nouveau plan d’aide sous conditions. Une étape qui l’a aussi privé de ses fonctions de ministre des finances. Tout comme, il y a exactement un an, Arnaud Montebourg avait été dessaisi de son portefeuille de ministre de l’Economie, après avoir vertement critiqué la politique d’austérité du gouvernement français lors de la même Fête de la rose.

« Je ne crois pas que les élections de septembre prochain puissent aboutir à une alliance qui créer les conditions pour une politique économique qui fonctionne pour la Grèce » a prévenu Yanis Varoufakis, qui s’est dit « déchiré » par la scission de Syriza, un parti auquel il n’appartient formellement pas. 25 élus de Syriza ont en effet annoncé vendredi qu’ils allaient créer un nouveau parti, au lendemain de la démission du Premier ministre Alexis Tsipras qui espère ainsi pouvoir former une majorité renforcée autour de son projet.

>>Lire : Les frondeurs de Syriza créent un parti indépendant

En Saône-et-Loire, les deux ex ministres se sont évertués à alerter sur les dangers posés par l’austérité qui va être reconduite en Grèce.

« L’UEM sans union politique est une erreur majeure. Maintenant que nous l’avons, il faut la réparer. Ce qui serait important aujourd’hui, serait une politique commune d’investissement, et surtout créer une véritable union bancaire » a assuré l’économiste grec.

Interrogé par EurActiv sur l’émergence potentielle d’une alliance des gauches européennes, Yanis Varoufakis a assuré qu’une réaction contre le système actuel était une hypothèse plausible.

« Ce que je pense c’est qu’une alliance d’Européens en provenance de tout le spectre politique qui partagent une idée très radicale, celle de la démocratie, est possible » a-t-il répondu avec humour, assurant que « depuis 20 ans la démocratie est bafouée en Europe. Pourtant cela reste un idéal commun, si nous voulons faire une transition vers une Europe démocratique, il faut qu’il y ait une mobilisation pour que les citoyens aient le pouvoir, plutôt qu’un cartel de lobbys comme c’est le cas actuellement ».

Une analyse qu’il partage avec son hôte. « En Europe il y a une oligarchie qui a le pouvoir » a renchéri Arnaud Montebourg.

Les organisateurs de la Fête de la Rose qui avaient placé leur fête sous le signe de l’Europe espéraient qu’un mouvement européen voit le jour à cette occasion. Mais aucun député européen, ni de représentant du parti de gauche radicale, n’ont participé à l’évènement. Même les « frondeurs » français, qui affichent une opinion clairement critique par rapport au gouvernement, ont préféré ne pas s’afficher à côté de Yanis Varoufakis qui semble désormais se placer à la gauche d’Alexis Tsipras sur l’échiquier politique grec.

Des erreurs économiques qui font le jeu de l’extrême-droite

De fait, pour Varoufakis, l’acceptation des cessions d’actifs et de mesures récessives par le gouvernement grec sont des erreurs, comme l’a doctement expliqué le professeur d’economie, estimant que le printemps d’Athènes a été écrasé par les banquiers, comme le printemps de Prague l’avait été par des chars.

>>Lire : Varoufakis, le ministre star de l’analyse économique

« En 1929, il y a eu une crise financière après un crash à Wall Street, qui a abouti à la perte de l’étalon or. Les électeurs se sont alors détourné de la gauche parce qu’ils avaient peur. Vous savez ce qu’il est arrivé ensuite. En 2008, nous avons eu la crise de Wall Street, qui a entraîné une crise financière et une crise de la zone euro. Et pourtant les dirigeants continuent de mener les mêmes politiques économiques. Il ne faudrait pas que la conséquence de cette crise aboutisse à la montée de l’extrême-droite» a prévenu Yanis Varoufakis. Le parti néo-nazi d’Aube dorée représente une menace sérieuse en Grèce.

Désormais salarié du groupe Habitat, Arnaud Montebourg a également fustigé le déficit démocratique de l’Europe actuelle.

« Si lorsque vous votez vous n’obtenez pas de changements des choix politiques, et que malgré les choix politiques, la conséquence du système de la zone euro, c’est que la même politique est toujours appliqué, c’est qu’il y a un problème » a-t-il ainsi assuré, tout en estimant qu’ « avoir décidé de faire échouer Syriza fait courir un grand risque à la Grèce » en raison du parti néo-nazi Aube Dorée.

L’ex-homme politique français a d’ailleurs fait un rapprochement avec la France, estimant que si le parti socialiste n’arrivait pas à faire sortir le pays de la crise, les Français risquaient de se porter vers l’extrême-droite également ». Toujours membre du Parti socialiste, Arnaud Montebourg milite pour une VIième République en tant que citoyen. 

Contexte

La fête de la Rose du 23 août à Frangy-en-Bresse, en Saône et Loire, est la 43ième du genre. Fête socialiste franco-française d'ordinaire, elle avait été lancée par Pierre Joxe, et a pour tradition d'accueillir un invité; François Hollande, Ségolène Royal ou encore Pierre Moscovici l'actuel commissaire européen aux affaires économiques ont été dans le passé les invités d'honneur. Mais c'est la première fois que le village de Saône-et-Loire s'ouvre à l'international. Cette année, la fête est placée sous le signe de l'Europe. Après avoir songé à accueillir Daniel Cohn-Bendit, les organisateurs ont choisi d'inviter le charismatique ex-ministre des finances grec, Yanis Varoufakis.

Le ministre des finances grec avait démissionné au début de l'été, après des échanges secs avec ses équivalents européens. Il dénonce depuis le plan d'austérité supplémentaire que les créanciers de la Grèce ont imposé au pays. Les ministres des Finances européens réunis en Eurogroupe ont en effet validé le 14 août un nouveau plan d'aide pour la Grèce impliquant des privatisations et des hausses d'impôts. Selon l'analyse du professeur d'économie Varoufakis, ce type de mesures n'est pas de nature à restaurer l'économie grecque déjà exsangue.

>>Lire : Grèce : Alexis Tsipras accepte un "noeud coulant"