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01/10/2016

À Verdun, l’appel pour protéger l’Europe

Politique

À Verdun, l’appel pour protéger l’Europe

François Hollande et Angela Merkel, à Verdun, le 29 mai (Photo by Sean Gallup/Getty Images)

François Hollande et Angela Merkel ont appelé dimanche à protéger «notre maison commune, l’Europe» face aux divisions et aux crises, en commémorant le centenaire de la bataille de Verdun, l’une des plus meurtrières de la Première Guerre mondiale.

«Notre devoir sacré est inscrit dans le sol ravagé de Verdun, il tient en quelques mots: aimons notre patrie, mais protégeons notre maison commune, l’Europe, sans laquelle nous serions exposés aux tempêtes de l’histoire», a déclaré le président français devant les milliers de croix blanches de la nécropole de Douaumont (Meuse).

Les deux dirigeants ont chacun souligné la fragilité d’une Europe où «les forces de la division, de la fermeture et du repli sont à l’oeuvre», selon M. Hollande, à moins d’un mois du référendum sur une éventuelle sortie des Britanniques de l’UE.

L’Europe est un «grand espace fragile» qu’il convient de protéger, a martelé le président français.

Le sort des migrants fuyant par millions les pays en guerre, notamment la Syrie, qu’il avait évoqué avec Mme Merkel lors d’un déjeuner de travail, a aussi été au coeur de leurs discours, prononcés devant le président de la commission européenne Jean-Claude Juncker et de celui du Parlement européen, Martin Schulz.

Il est important pour la survie de l’Union européenne «de ne pas nous renfermer sur nous-mêmes, mais d’être ouverts pour l’autre», a estimé la chancelière allemande, dont le pays a accueilli plus d’un million de réfugiés en 2015.

«La France et l’Allemagne ont des responsabilités particulières», dont celle «d’accueillir les populations qui fuient les drames et les massacres», lui a répondu M. Hollande.

Esprit de Verdun

Le parallèle entre la montée des nationalismes avant 1914 et les tensions qui fracturent l’Europe a été l’un des fils rouges de la journée, placée sous le signe de la transmission à la jeunesse et de la réconciliation franco-allemande.

«Votre accueil chaleureux n’a rien d’évident pour moi, comme chancelière d’Allemagne», a d’ailleurs souligné Mme Merkel, très émue, lors de son passage à l’hôtel de Ville de Verdun, une première pour un dirigeant allemand.

«Verdun est une ville qui représente à la fois le pire, là où l’Europe s’est perdue il y a cent ans, et aussi le meilleur, là où la ville a été capable de s’investir, de s’unir pour la paix et l’amitié franco-allemande. Vive l’amitié, vive l’esprit de Verdun», a lancé M. Hollande à son côté.

Là où, en 1984, une poignée de mains entre Helmut Kohl et François Mitterrand a incarné pour la postérité la réconciliation franco-allemande, François Hollande et Angela Merkel ont choisi les embrassades: à l’arrivée de la chancelière à Consenvoye, comme à l’issue de son discours devant l’ossuaire de Douaumont.

Devant la flamme de cet ossuaire où reposent les restes de quelque 130.000 soldats français et allemands, les deux dirigeants ont également joint leurs mains dans un instant de forte émotion.

Ils avaient entamé sous la pluie la journée au cimetière allemand de Consenvoye pour un moment de recueillement, exactement comme le firent Helmut Kohl et François Mitterrand en 1984.

Eglement présent, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a de son côté rappelé que l’Europe était et demeurait une question de guerre et de paix, avant tout.

Parmi les autres images fortes de la cérémonie figurait le spectacle conçu par le cinéaste allemand Volker Schlöndorff : quelque 3.400 jeunes Allemands et Français, évoquant les combattants de la Grande Guerre, ont surgi au pas de course de la forêt, courant au milieu des tombes avant de se livrer à un simulacre de combat devant l’ossuaire.

Accompagnés par les Tambours du Bronx, ils se sont ensuite effondrés au pied de l’ossuaire, fauchés par une incarnation de la Mort juchée sur des échasses.

Un spectacle largement commenté sur les réseaux sociaux, notamment par la présidente du FN, Marine Le Pen, qui a qualifié de «vraiment indécent» ce «jogging au milieu des tombes».

Du côté des Républicains, Nicolas Peltier a dénoncé le «mauvais goût» de la cérémonie, et Valérie Debord a rappelé qu’en 1984 quand elle faisait partie des jeunes assistant à la cérémonie de Verdun, «nous ne courions pas sur les tombes».

«Grâce à notre jeunesse, le vrai tombeau de nos morts c’est le coeur des vivants», a rétorqué le ministre de la Jeunesse Patrick Kanner.