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26/06/2016

Alain Juppé plaide pour Schengen à Bruxelles

Politique

Alain Juppé plaide pour Schengen à Bruxelles

Alain Juppé

[UMP photos]

Favori de la primaire des Républicains, Alain Juppé a livré une vision de l’Europe prenant le contrepied de celle de Nicolas Sarkozy, notamment sur l’avenir de l’espace Schengen, lors d’une visite à Bruxelles le 24 février.

Alain Juppé, qui fait la course en tête dans les sondages de la primaire des Républicains, a profité d’une visite à Bruxelles pour dénoncer la « faillite » de la réponse européenne face à la crise migratoire.

Selon lui, le paquet sur l’asile récemment adopté ne suffira pas, et il est nécessaire d’aller plus loin en  coordonnant les politiques d’asile au niveau européen, en créant une liste de pays sûrs, et en harmonisant les délais d’examen des demandes.

Politiques d’asile et immigration légale

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Le candidat a souligné que les délais d’examen sont très inégaux : 6 mois en Allemagne, contre 18 en France. « Au bout de 18 mois, un rejet ou une acceptation n’a plus beaucoup de sens », estime-t-il.

Pour faire face, Alain Juppé estime que tous les États membres doivent établir leurs priorités en ce qui concerne l’immigration légale. Pour la France, où elle prend trois formes : étudiants, regroupement familial et immigration économique. Le candidat propose que le parlement fixe tous les ans un objectif chiffré.

Il s’en est brièvement pris à Amnesty International, qui reproche à l’Europe d’être une « forteresse » dans un rapport publié cette semaine : « En France, 220 000 personnes obtiennent le droit de s’installer sur le territoire tous les ans. Si c’est ça une forteresse, qu’on m’explique ce que serait un espace ouvert ! », s’est-il exclamé.

>> Lire : Amnesty épingle l’UE et la France sur les droits de l’Homme

Et surtout, Schengen

Le discours d’Alain Juppé s’est toutefois démarqué de ses rivaux de droite en défendant l’espace Schengen. « L’essentiel, c’est évidemment le contrôle des frontières extérieures de la zone Schengen, seule à même de lutter contre le fléau que constituent, pour les victimes elles-mêmes, les trafiquants internationaux », assure-t-il. « Schengen, dans son état actuel, est un échec. »

Le contrôle des frontières externes est l’un des deux piliers du système Schengen, avec la libre circulation entre pays membres. Il déplore que cet aspect essentiel ne soit pas appliqué et que l’agence Frontex, censée y contribuer manque de moyens financiers et humains.

Récemment augmenté, le budget de Frontex s’élève aujourd’hui à environ 140 millions d’euros. L’agence américaine équivalente dispose quant à elle de 33 milliards de dollars, soit plus de 200 fois plus, dénonce-t-il.

>> Lire : Le mini-Schengen, c’est pas pour tout de suite

Pour le candidat, Schengen doit être revu, avec les pays qui souhaitent également repartir sur de nouvelles bases. « Si nous n’y parvenons pas, nous nous condamnons à la régression historique que constitue le rétablissement des contrôles aux frontières internes », a-t-il averti. « Comment imaginer qu’après 60 ans de construction européenne on voie réapparaitre des contrôles aux frontières entre la France et l’Allemagne, par exemple. »

De toute façon, argue-t-il, ces mesures sont inapplicables. Comment pourrait-on garantir les contrôles entre la France et la Belgique ? « Je crois qu’il y a 1 500 points de passage, parfois au milieu d’une rue », indique-t-il.

Il appelle donc les Européens à être réalistes et à accepter le fait que la seule option possible est de renforcer les frontières externes, afin de protéger les frontières internes. Pour le candidat, il est également important d’établir une Europe à plusieurs vitesses.

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Une déviance du discours habituel de la droite, puisque le 11 janvier Les Républicains exigeaient le rétablissement des contrôles permanents aux frontières, « au nom de la sécurité des Français ». Un thème sur lequel s’était déjà étendu Nicolas Sarkozy, donné deuxième à la primaire de la droite par les sondages. Cette idée n’est cependant pas nouvelle : en mai 2014, l’ancien président appelait déjà à « la suspension immédiate de Schengen I » et à l’établissement d’un Schengen II  Il s’oppose actuellement aux quotas imposés par l’UE, qui « ne peuvent être que la conséquence d’une nouvelle politique d’immigration européenne, et en aucun cas le préalable ».

 « Je ne resterai qu’un mandat »

La campagne pour les primaires des Républicains a commencé depuis un moment déjà, à couteaux tirés, dans un contexte tendu et une certaine absence de la gauche. Les socialistes n’ont en effet pas encore nommé de candidats et François Hollande, dont la popularité est en berne, a annoncé qu’il ne se présenterait que si le chômage, dont il avait promis une baisse lors de son élection, chutait en 2016.

Alain Juppé, personnalité très connue et vétéran de la scène politique française après plusieurs portefeuilles ministériels, joue sur l’honnêteté. Il répète que toutes ses stratégies seront amplement détaillées avant le vote et assure qu’il est le plus à même de prendre des mesures « justes », même si elles sont impopulaires, parce qu’il a d’ores et déjà décidé qu’il ne ferait qu’un mandat.

Il a notamment promis de réaliser 100 milliards d’euros d’économie sur les dépenses du pays, en ne remplaçant qu’un fonctionnaire partant en retraite sur deux, par exemple, tout en diminuant les impôts et en abrogeant totalement l’impôt sur la fortune, qu’il estime toxique.

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