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01/10/2016

Anti-réfugiés et pro-russe, Robert Fico pose problème au PSE

Politique

Anti-réfugiés et pro-russe, Robert Fico pose problème au PSE

Robert Fico

Le Parti socialiste européen se penche vendredi 9 octobre sur le cas du Premier ministre slovaque. Son pays doit prendre la présidence tournante de l’UE le 1er juillet 2016.

Le vilain petit canard du Parti socialiste européen n’est plus son président, Serguei Stanishev. Les accointances de son parti qui flirte parfois avec le parti d’extrême-droite Ataka semblent quasiment bon enfant face à la fronde d’un nouveau trublion.

Le Premier ministre slovaque Robert Fico (prononcer « fitso ») est au cœur des préoccupations du groupe. Le dirigeant refuse d’accueillir des réfugiés en Slovaquie, et veut poursuivre en justice la décision du Conseil européen répartissant les réfugiés actuellement en Italie et en Grèce.

Le Parti socialiste européen menace d’exclure le parti slovaque SMER si le chef de l’exécutif ne renonce pas à poursuivre le Conseil européen. Robert Fico estime que la décision de répartition des réfugiés, qu’il refuse, aurait dû être prise à la majorité absolue et non à la majorité qualifiée.

Le « presidium » du PSE, composé de membres des partis socialistes de tous les pays membres, se réunit vendredi 9 octobre à huis clos pour décider de la suite à donner aux évènements.

>>Lire : Pourquoi la Slovaquie poursuit l’UE sur le système des quotas

Suspension en suspens

En France, c’est Jean-Christophe Cambadelis, également vice-président du PSE, qui aurait dû y participer. Pour cause de grève de Thalys, ce sera toutefois Philip Cordery, en charge des questions européennes au sein du PS, qui y sera.

>>Lire : La crise des réfugiés fissure les partis européens

Des propos peu socialistes

Les propos du Premier ministre sont également mis en cause. Le numéro un du gouvernement a en effet accumulé des sorties peu conformes aux valeurs socialistes.

« Je peux difficilement imaginer qu’un musulman s’intègre en Slovaquie, parce qu’il n’a pas de membres de sa famille, il n’a pas son environnement. Il n’a pas la possibilité de pratiquer sa religion. Alors ne fermons pas les yeux devant la réalité » a-t-il ainsi déclaré lors d’une conférence de presse le 9 septembre dernier.

 « Si la Slovaquie est un pays où l’église catholique est majoritaire et où la seconde église la plus importante est protestante, nous ne pouvons pas facilement tolérer que 300 ou 400.000 musulmans viennent, qu’ils commencent à construire des mosquées » avait-il alors ajouté.

>>Lire : L’UE choquée face au souhait de la Slovaquie de n’accueillir que des migrants chrétiens

La Slovaquie incapable d’intégrer les Roms selon Robert Fico

Enfin le Premier ministre a aussi fait preuve de peu de tolérance envers les minorités, en estimant que la Slovaquie « n’était pas capable d’intégrer les Roms. Alors ne prétendons pas que nous sommes capables d’intégrer quelqu’un venant d’Erythrée ou quelqu’un venant d’une religion complètement différente avec des traditions différentes » a-t-il estimé sur la radio RTVS.

Ces propos s’inscrivent dans un agenda politique bien précis. Des élections doivent en effet se tenir en mars prochain en Slovaquie, et le gouvernement en place espère bien se maintenir.

Robert Fico a ainsi reproché aux autres membres du Parti socialiste européen de favoriser la droite de son pays en le critiquant, lors de son audition lundi dernier.

La Slovaquie doit aussi prendre la tête de la présidence tournante de l’Union européenne en juillet 2016, ce qui rend le sujet slovaque particulièrement sensible.

L’influence russe en filigrane

Robert Fico a aussi régulièrement critiqué la position de l’UE envers à l’Ukraine et la Russie. La proximité entre la Russie de Poutine et le Premier ministre slovaque n’est donc pas pour rassurer les autres socialistes européens.

Une position qu’il a réaffirmée cette semaine devant le groupe socialiste en s’interrogeant sur la guerre en Syrie. « Comment voulez-vous résoudre ce conflit si on continue à envoyer des armes » ? a demandé l’homme politique aux eurodéputés socialistes. Une remarque qui vise explicitement la France, qui a livré des armes aux rebelles syriens en lutte contre Bachar Al-Assad, alors que la Russie vient de démarrer une intervention militaire de soutien au président syrien, contre les rebelles.

Malgré ses nombreuses incartades, le Premier ministre slovaque devrait simplement être « mis sous observation » par le Parti socialiste européen vendredi. « Mais s’il dépose effectivement un recours devant la cour de justice de l’UE, ce sera le couperet » prévient une source proche du dossier. La Slovaquie dispose de 8 semaines pour déposer un recours, à partir de la date de la décision sur la répartition des réfugiés, soit le 21 septembre.