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03/12/2016

Après Trump, le FN tente d’exploiter le filon de la fatalité

Politique

Après Trump, le FN tente d’exploiter le filon de la fatalité

L'eurodéputée FN le 8 novembre, sur France 2

L’élection d’un président populiste « rend possible ce qui est présenté comme impossible » a assuré l’eurodéputée Marine Le Pen après l’élection de Trump.  Le mode de suffrage français pour les présidentielles hypothèque toutefois une éventuelle victoire du FN.

L’élection d’un président américain clairement populiste va-t-il favoriser le Front national ? Les observateurs étaient nombreux, mercredi, à alerter sur les chances accrues de Marine Le Pen aux élections présidentielles françaises, après le Brexit et l’arrivée de Trump à la Maison-Blanche. Deux suffrages dans lesquels les sondages se sont trompés, et qui supposeraient, fatalement, qu’il en soit de même en France.

Le clan Juppé s’est d’ailleurs rapidement prononcé sur le sujet, alertant très vite sur le risque de montée du Front national. Le candidat de droite a voulu » souligner tous les risques que la démagogie et l’extrémisme font courir à la démocratie et le caractère vital des choix qu’ils ont à faire » a précisé le maire de Bordeaux sur son blog.

« Je ne veux pas que l’avenir de la France ce soit le FN et tous ceux qui sont à la remorque de ses idées » a-t-il ajouté sur BFMTV, visant implicitement le clan de Sarkozy.

Début octobre, Alain Juppé avait jugé très préoccupants  le « simplisme outrancier » et les « revirements incessants » du candidat républicain dans un entretien à l’hebdomadaire Paris Match.

La gauche perplexe

Mais la gauche espère aussi, de façon plus tortueuse, un effet Trump. « La menace devenant plus précise va faire réfléchir les petits candidats. Ce n’est plus l’heure de se diviser » avance une source au Parti socialiste, où le courant légitimiste rêve encore d’un ralliement du parti autour de la candidature de François Hollande, qui est pourtant au plus bas dans les sondages.

À l’inverse, le communiqué d’Emmanuel Macron semble attester d’un espoir contraire : celui de l’avènement de nouvelles forces dans le paysage politique.  « Ces votes expriment une demande de protection et de respect du sentiment populaire que je crois partagée par les Français. Elle doit être entendue et comprise, sans conduire pour autant à des réponses de fermeture ou de repli. » a ainsi analysé Emmanuel Macron dans un communiqué.

Marine Le Pen, très silencieuse depuis cet été, est de son côté intervenue, invitée par la télévision publique France 2 mercredi soir.

La candidate du Front national avait fait part de son soutien à Donald Trump dans une interview avec le magazine Foreign Affairs. « Si les peuples réservent autant de surprise aux élites, c’est que les élites sont déconnectées » a assuré la candidate du FN, balayant les questions sur la vision des femmes de Donald Trump ou son faible respect des droits de l’Homme.

« Racialiser les résultats de cette élection c’est une erreur d’analyse » a insisté la candidate, tout sourire contrairement à ses habitudes, et se plaçant clairement dans une optique électorale, tout en livrant une analyse assez banale de la situation.

« Ce qui s’est passé c’est la volonté de rompre avec la mondialisation sauvage, la volonté de retrouver la notion de frontière » a-t-elle ajouté, en soulignant le lien avec sa propre éventuelle élection, en 2017.

Le système électoral français rend une victoire de Marine Le Pen hypothétique

« Cette victoire c’est la démonstration que l’on peut rendre possible ce qui est présenté comme impossible : ce que le peuple veut, le peuple l’obtient » a-t-elle conclu.

Si les intentions de vote semblent placer la candidate du FN en bonne position, avec un tiers des intentions de vote le système électoral français pour la présidentielle ne plaide en revanche pas en sa faveur. Si la candidate devait être présente au second tour des présidentielles selon les projections actuelles, qui lui donnent entre 25 et 30 % d’intention de vote, les chances qu’elles remportent face à un candidat issu de la droite républicaine, le scénario le plus plausible actuellement, sont aujourd’hui modestes. Dans une telle situation, elle perdrait très largement, de l’ordre de 34 % à 64 % face à Alain Juppé selon un sondage Ifop.

« Pour le Brexit ou pour les élections américaines, les écarts entre les deux partis en présence étaient minimes, donc les marges d’erreur des sondages sont importants et les biais difficiles à corriger » constate le spécialiste d’un institut de sondage qui assure en revanche que des sondages donnant des écarts très importants présentent une crédibilité beaucoup plus solide.

Réactions

« Après le Brexit, il ne s'agit plus d'un avertissement mais d'une nouvelle déflagration. La prochaine réplique de ce séisme pourrait se faire sentir au printemps. Lors de l'élection présidentielle française», résume Philippe Marcacci, de l'Est Républicain.

Yann Marec, du Midi Libre, évoque également un «séisme» et appelle «l'Europe» à «se ressaisir pour endiguer les prochaines répliques.» Car assure Nicolas Barré, pour Les Echos : ce séisme «traverse toutes les sociétés occidentales» et «nous oblige à une double réflexion» poursuit Laurent Marchand, dans Ouest-France. «Sur le fonctionnement de nos démocraties et les raisons de la colère. L'Europe continentale est prévenue.»

Dans Le Figaro, Alexis Brézet, fait le même constat que ses confrères mais emploie une autre image : «un raz de marée sidérant dont l'onde de choc n'épargne pas nos rivages.» Pour lui aussi : la «vieille Europe doit urgemment trouver les moyens si elle ne veut pas voir déferler une vague de +trumpisme+ carabinée.»

«L'élection de Donald Trump est un bouleversement majeur, une date pour les démocraties occidentales», souligne dans Le Monde, Jérôme Fenoglio pour qui : «la victoire de Trump, venant après le Brexit, est un avertissement de plus».

Une victoire qui inquiète Patrick Apel-Muller, dans L'Humanité car elle «risque de faire boule de neige». «On aurait tort de considérer que ce genre d'aventure ne saurait arriver qu'aux États-Unis», prévient pour sa part, Yves Harté, de Sud-Ouest.

«Les Britanniques votent le Brexit. les Américains confient leur destin à un milliardaire incontrôlable qui leur promet la Lune. Un monde s'effrite et une question brûle les lèvres: quel sera le prochain pays touché ? La réponse nous emmène en mai 2017, date de notre élection présidentielle», détaille sobrement Frédéric Vézard, dans Le Parisien.

«Le recul des progressistes devant la montée d'un nationalisme agressif se produit partout, on sent bien qu'il y a quelque chose de plus profond», constate avec amertume Laurent Joffrin, dans Libération.