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01/10/2016

Berlin cherche à imposer un Allemand à la tête de la BCE

Politique

Berlin cherche à imposer un Allemand à la tête de la BCE

Berlin est de plus en plus irritée par les politiques de la Banque centrale européenne. L’Union chrétienne-sociale en Bavière insiste pour que son prochain président soit allemand. Un article d’EurActiv Allemagne.

« Les politiques de Mario Draghi ont sérieusement entaché la crédibilité de la BCE [Banque centrale européenne] », a déclaré Hans-Peter Friedrich, représentant de l’Union chrétienne-sociale en Bavière (CSU) au parlement national, lors d’un entretien avec le journal Bild.

Le successeur de l’actuel président de la BCE devrait « être un Allemand partageant la tradition de stabilité de la monnaie de la Bundesbank », ajoute-t-il.

>> Lire : Mario Draghi peut-il encore convaincre de l’efficacité de ses politiques?

Hans-Peter Uhl, spécialiste de politique étrangère du parti, qui fait partie de la coalition au pouvoir, critique, entre autres choses, la politique actuelle de taux zéro de la BCE. « Nous ne pouvons pas nous permettre un autre Draghi », assure-t-il. « Nous devons placer un spécialiste financier allemand à la tête de la BCE. »

Wolfgang Schäuble, ministre des Finances, issu de l’autre parti au gouvernement, le CDU, a récemment exprimé son inquiétude croissante quant aux politiques de la BCE.

>> Lire : Les politiques de la BCE aggravent les inégalités sociales

Dans le passé, Berlin a évité de commenter directement les actes de l’institution, basée à Francfort, afin de ne pas être accusée d’influencer la banque. Conformément à ses statuts, la BCE ne peut en effet être sous l’influence d’États membres individuels ou d’autres institutions européennes. Les gouvernements européens sont pour leurs parts censés « respecter ce principe et ne pas tenter d’influencer les membres des organes de décision de la BCE ou des banques centrales nationales ».

Le mandat de Mario Draghi se termine en 2019 et aucune prolongation n’est possible. Le président de la BCE est nommé par les chefs d’État et de gouvernement européens à la majorité qualifiée.

Allemagne bien placée

L’Allemagne serait donc bien placée pour obtenir ce qu’elle veut, puisque sa population lui donne le plus de voix au Conseil. Elle ne pourra cependant pas imposer son candidat seule et devra convaincre d’autres États de la soutenir. Les candidats doivent être citoyens de l’UE et avoir de l’expérience en politiques monétaires.

À ce jour, l’institution n’a encore jamais été présidée par un Allemand. Le Néerlandais Wim Duisenberg, nommé en 1998, est le premier à avoir occupé le poste. Il a été succédé en 2003 par le Français Jean-Claude Trichet, puis, en 2011, par Mario Draghi.

Pendant le mandat de Jean-Claude Trichet, le président de la Bundesbank, Axel Weber, était considéré comme son successeur le plus probable. Au printemps 2011, celui-ci a pourtant soudainement démissionné pour rejoindre la banque suisse UBS, dans un contexte de tensions liées à la politique monétaire de la BCE.

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