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23/01/2017

Une candidature de Tony Blair à la tête de l’exécutif aurait été contrée par Chirac

Politique

Une candidature de Tony Blair à la tête de l’exécutif aurait été contrée par Chirac

Alastair Campbell

Exclusif. Le rêve Tony Blair de quitter Downing Street suite à l’invasion de l’Irak pour devenir président de la Commission européenne aurait été contré par Jacques Chirac, a raconté un de ses adjoints principaux à EurActiv le 30 septembre.

En 2004, empêtré dans une crise profonde, entre l’invasion en Irak et ses problèmes avec son chancelier et rival, Gordon Brown, Tony Blair rêvait de quitter son poste de Premier ministre pour devenir président de l’exécutif européen.

Dans ses carnets d’actualité, dont The New European a publié un extrait, le responsable du service presse de Tony Blair, Alastair Campbell, a pour la première fois révélé ces aspirations.

EurActiv lui a demandé qui aurait soutenu la candidature de Tony Blair, au vu de l’esprit l’opposition de la France et de l’Allemagne à la guerre en Irak. Ce à quoi Alastair Campbell a répondu que cela aurait été problématique.

Veto français

Après avoir reproché à EurActiv de ne pas avoir lu le livre, « les livres sont des bons outils d’apprentissage pour les journalistes », Alastair Campbell s’est radouci et s’est livré à davantage de détails.

« J’ai toujours pensé que Jacques Chirac aurait opposé son véto », a-t-il admis. Bertie A [le Premier ministre irlandais] était pour, et nous considérions que GS [le chancelier allemand Gerhard Schröder] était neutre/anti.

Tony Blair est finalement resté Premier ministre, en remportant une autre élection générale, sa troisième, en 2005, avant de se retirer en 2007. Il a été remplacé par Gordon Brown, élu sans opposition à la course au leadership du parti travailliste, qui a ensuite perdu les élections en 2010.

Tony Blair, Premier ministre centriste et travailliste, avait une drôle de relation avec ses homologues européens de centre gauche. Il s’apparentait en effet davantage à des figures de centre droite comme l’espagnol José María Aznar et l’italien Silvio Berlusconi – dont il a utilisé la maison de vacances en 2004 – qu’à des personnalités comme le français Lionel Jospin et l’allemand Gerhard Schröder, dont les mandats ont chevauché les siens.

Aznar et Berlusconi ont tous deux soutenu la guerre en Irak. L’Allemagne s’y opposait, avec Gerhard Schröder et le ministre des Affaires étrangères des verts, Joschka Fischern, ayant publiquement tenu tête à Donald Rumsfeld sur le sujet.

Après le rapprochement de  Gerhard Schröder sur la  « troisième voie », Berlin a rompu avec Londres au sujet de l’Irak.

Le New Labour, sous Tony Blair, était plus ancré dans la politique de Bruxelles quand, en 2009, suite à la création du poste de responsable européen des Affaires étrangères, il se disait que David Milliband, alors secrétaire des Affaires étrangères, allait quitter Londres pour prendre ce poste. Celui-ci a finalement été occupé par une compatriote, Catherine Ashton, et aujourd’hui, c’est l’italienne Federica Mogherini qui détient cette fonction.

Les carnets de Alastair Campbell « Inside Outside 2003-5 » seront publiés par Biteback Books cette semaine. Dans ces derniers, selon les extraits publiés par The New European, il écrit : « La plupart du temps, la presse exagérait nos difficultés. [Puis] il y a eu une période où ils ont minimisé les choses car ils ne savaient pas à quel point les choses étaient graves », peut-on lire dans l’extrait publié le 30 septembre. « Là, Tony Blair était sur le point de partir et j’étais terrifié à l’idée que cela se sache, parce que l’histoire nous aurait échappée. Tony en avait tout simplement assez et se faisait écraser par Gordon [Brown]. À la fin, il a réalisé et décidé qu’il devait rester et aller jusqu’au bout. »