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25/09/2016

L’UE se polarise avant le sommet de Bratislava

Politique

L’UE se polarise avant le sommet de Bratislava

Les Premiers ministres hongrois, polonais, slovaque et tchèque, lors du sommet de Visegrád à Prague.

[Czech Republic]

Alors que l’UE entame une période de réflexion à la suite du référendum britannique, certains États membres semblent davantage enclins à une géométrie variable, selon les affinités régionales.

En prévision de la rencontre des chefs d’État et de gouvernement au sommet de Bratislava le 16 septembre, certains États semblent se rapprocher pour former ou renforcer des groupes au sein du bloc.

Le club des Méditerranéens

Le Premier ministre grec, Alexis Tsipras, a invité les dirigeants italien, espagnol, français, portugais, chypriote et maltais à Athènes le 9 septembre pour former une alliance stratégique.

>> Lire : Hollande tente de rassembler l’Europe du Sud

Cette rencontre devrait se concentrer sur la croissance et les investissements, en opposition avec la politique rigoureuse que préconise l’Europe du nord, avec la chancelière allemande, Angela Merkel, en tête.

La situation politique des pays méridionaux ne leur confère que peu d’influence, mais le Brexit leur a permis de prendre de l’importance.

La Grèce, l’Italie et la France sont particulièrement endettés et dépendent largement des États membres du nord. L’Espagne, incapable de former un gouvernement pendant plus de six mois, estime que l’union des pays de l’Europe du sud n’est pas encore prête à exercer son influence.

>> Lire : Tsipras propose une alliance anti-austérité

L’Union de la mer du Nord 

Dans un effort pour tirer profit de la sortie du Royaume-Uni du bloc, la Flandre a fait campagne pour la création d’une nouvelle Union de la mer du Nord cet été, pour renforcer la coopération et le développement économique.

Des propositions similaires avaient été faites ces dernières années, pour renforcer les liens entre le Royaume-Uni, la Belgique, les Pays-Bas, l’Allemagne, le Danemark, la Suède et la Norvège, mais ont échoué. Geert Bourgeois, le Premier ministre de la région autonome, a déclaré que c’était dû au fait que tous les pays, à l’exception de la Norvège, jouissait du statut européen.

Le groupe de Visegrád

À l’est, les pays du Visegrád, soit la Pologne, la République tchèque, la Slovaquie et la Hongrie, ont d’ores et déjà annoncé qu’ils se feraient entendre au cours des procédures de réorganisation de l’Union post-Brexit.

Les quatre États d’Europe centrale ont appelé à des « réformes notables » du bloc et de ses institutions, lors de la première réunion des dirigeants européens après le référendum du 29 juin.  Cette demande a été renouvelée le 22 juillet à Varsovie.

La Première ministre polonaise, Beata Szydło, a annoncé le 6 septembre que le groupe du Visegrad présenterait une position commune au sommet de Bratislava.

L’Union a besoin de réformes qui « la rapprochent de ses citoyens », a-t-elle expliqué, sans développer davantage.

« Le vote du Brexit a ébranlé les fondations de l’Union européenne, poussant les États membres à réévaluer leurs positions au sein du bloc, les pays de Visegrád ne font pas exception », estiment les analystes.

« Selon eux, l’UE devrait être le catalyseur d’une coopération politique, économique et sécuritaire. Elle ne doit toutefois pas porter atteinte à la souveraineté des gouvernements nationaux. Ainsi, les quatre États ont soutenu la volonté de l’ancien Premier ministre britannique, David Cameron, de récupérer le pouvoir de l’Union et permettre aux parlements nationaux d’avoir plus d’autorité pour s’opposer aux décisions de l’UE », a détaillé Eugene Chausovsky de la société privée de renseignement, Stratfor. « Maintenant que le Royaume-Uni s’apprête à quitter l’Union, ce sont les dirigeants de Visegrád qui devraient prendre la place de David Cameron pour exiger des mesures similaires. »

>> Lire : La Slovaquie veut rendre le pouvoir aux États membres

Dans le même esprit, Yves Bertoncini de l’Institut Jacques Delors a déclaré que l’UE risquait de disparaître si des unions intérieures au bloc se formaient.

Faisant référence au Benelux et à l’Union nordique, des groupes formés qui ne coordonnent cependant pas leurs activités, l’expert semble penser que l’alliance des pays de la Méditerranée est possible.

« Ajoutez à ce schéma, les petites alliances, comme Angela Merkel, François Hollande et Matteo Renzi, et avant cela le groupe Merkel-Sarkozy-Monti.  Ajoutez également les six membre fondatuers qui se voient plus régulièrement à l’approche du sixème anniversiare du Traté de Rome », a ajouté Yves Betoncini.

La menace ne se trouve cependant pas dans ces petites alliances, mais dans le Visegrad plus « inquiétant ».

« Les pays du Visegrad est dans une logique semblable à celles des révolutionnaires texans au siège de Fort Alamo. Ils ont également la possibilité de demander de l’argent auprès de la Russie ou la Chine. S’ils adoptent un esprit de passagers clandestins, cela bloquerait le système », avertit l’analyste.

Prenons exemple sur la directive des travailleurs. La France et d’autres pays avec un état d’esprit similaire ont tenté de la revoir. Néanmoins le Visegrád encouragent les autres pays d’Europe centrale à imposer les minorités communaires. Et cela peut empêcher l’UE de fonctionner correctement, selon Yves Bertoncini.