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04/12/2016

Bruxelles renvoie les politiques prêcher l’UE dans les Etats membres

Politique

Bruxelles renvoie les politiques prêcher l’UE dans les Etats membres

Jean-Claude Juncker et Pierre Moscovici

Les politiques européens sont encouragés à être davantage présents dans leurs États membres, au prix de certaines aberrations. A l’image de Jean-Claude Juncker et Pierre Moscovici, qui ont privilégié l’hôtel à Bruxelles, mais ont touché une prime d’installation. 

La Commission Juncker avait promis d’être plus politique. Le président de la Commission a nommément demandé à ses ouailles d’être plus présent dans les médias, et de défendre les couleurs de l’UE dans leur pays. Quitte à être moins présent à Bruxelles. Une innovation que les institutions européennes n’ont pas vraiment prévu.

Une prime d’installation peu compatible avec un logement à l’hôtel

Jean-Claude Juncker a ainsi choisi de vivre à l’hôtel, à Bruxelles. « C’est plutôt un appartement meublé » précise un porte-parole de la Commission européenne. Un choix qui lui permet théoriquement de rentrer chez lui à Luxembourg du vendredi au lundi. « On est loin de la Maison Blanche et de l’incarnation du pouvoir en un lieu, mais l’enjeu politique de l’UE se passe dans les États membres » explique-t-on à la Commission.

>>Lire: Jean-Claude Juncker officiellement nommé à la tête de la Commission européenne

Problème, les statuts de l’UE prévoient que les commissaires comme le président de la Commission européenne s’installent à Bruxelles, tout comme les fonctionnaires. Une confortable prime d’installation leur est versée à leur arrivée, de deux mois de salaire.

Jean-Claude Juncker a ainsi touché, en novembre 2014, une prime de 51 000 euros. Les vice-présidents et autres commissaires ont également droit à cette indemnité forfaitaire appelée en français « prime rideaux », et prévue pour financer un déménagement.

Provenant aussi d’un pays proche de Bruxelles, le commissaire français Pierre Moscovici s’est mis dans la même configuration que le président de la Commission, en choisissant l’hôtel à Bruxelles et les allers/retour à Paris, avant d’opter « il y a quelques semaines » pour un appartement. Très présent dans les médias français les vendredis et lundis, il est aussi le commissaire européen le plus populaire sur Twitter avec 130 000 abonnés, devant le président de la Commission.

Les eurodéputés priés d’être plus présents dans leur circonscription

La volonté politique de renvoyer les représentants de l’UE dans leurs pays se retrouve aussi au Parlement européen.

C’est d’ailleurs l’objet de discussions déjà bien engagées entre les présidents de groupe du Parlement européen, qui pourraient trancher lors de la conférence des présidents du 30 avril prochain. Prévue le 23 avril, la décision sur le nouvel agenda 2016 du Parlement a été reportée faute de consensus entre les différents groupes politiques.

Selon nos informations, l’agenda 2016 du Parlement pourrait voir quasiment doubler le nombre de semaines « vertes » (ou turquoise) dans le programme des députés européens, pour porter le nombre total de semaines vertes de 7 actuellement à 11 au total. Ces semaines vertes sont consacrées aux activités extérieures du Parlement européen.

>>Lire: Jean-Claude Juncker se voit confirmé par le Parlement européen

La Commission serait actuellement en train de faire pression sur les trois groupes membres de sa coalition pour qu’ils acceptent ce changement, qui passe plutôt mal du côté des eurodéputés. Nombre d’entre eux s’interrogent sur le retour du Parlement européen à un statut de chambre d’enregistrement. Les Verts prévoient déjà de s’opposer à cette proposition, alors que les socialistes s’interrogent.

Le pouvoir du Parlement européen menacé ?

« C’est une façon de limiter les pouvoirs des parlementaires, cela ne va pas arranger le caractère peu démocratique de la politique européenne » s’alarme un élu vert.

Dans le même temps, le projet d’augmentation de l’enveloppe des assistants du Parlement européen, qui pourrait passer de 20 000 actuellement à 23 000 euros par eurodéputé, inquiète paradoxalement les élus. Cette revendication portée par le PPE dans le cadre du budget 2016 risque de « renforcer le pouvoir des parlementaires aux dépens des groupes politiques, ce qui risque au final d’affaiblir le pouvoir du Parlement européen » selon un spécialiste.

Contexte

La nouvelle Commission européenne a pris ses fonctions le 1er novembre 2014, après une période intense de renouvellement des institutions européennes entamée au mois de mai avec les élections européennes.

Les membres du nouveau collège de commissaire dirigé ont été invités par le président Jean-Claude Juncker à adopter une ligne plus politique. Une orientation qui s'est manifestée au travers d'un recadrage de l'agenda législatif européen autour d'un certain nombre de priorités et de l'abandon de nombreux textes au nom de la « meilleure régulation », mais aussi dans l'organisation même du collège, plus hiérarchique.

>>Retrouvez notre Links dossier: Les défis qui attendent la nouvelle Commission européenne