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04/12/2016

Crise politique en Bulgarie après l’élection de Roumen Radev

Politique

Crise politique en Bulgarie après l’élection de Roumen Radev

Les responsables socialistes Kornelia Ninova (gauche), Roumen Radev et Iliana Iotova [Dnevnik, partenaire d’EurActiv en Bulgarie]

Le Premier ministre bulgare Boïko Borissov a annoncé qu’il allait démissionner après que le candidat socialiste, Roumen Radev, un nouvel acteur sur la scène politique, a gagné haut la main les élections présidentielles du 13 novembre.

Roumen Radev a remporté 59,8 % des voix, alors que son adversaire du parti de centre-droit au pouvoir (GERB), Tsetska Tsacheva, en a remporté 36,2 %.

Les résultats signifient que Roumen Radev entrera en fonction le 22 janvier prochain pour un mandat de cinq ans. La vice-présidente de Bulgarie sera Iliana Iotova, actuellement eurodéputée au sein du groupe S&D.

Le 7 novembre, Roumen Radev a remporté le premier tour des élections, face à 20 autres candidats. Il avait déjà une bonne longueur d’avance par rapport à Tsetska Tsacheva, actuelle présidente du parlement et pressentie pour devenir la première présidente femme de Bulgarie.

>> Lire : Un ex-militaire en tête des présidentielles en Bulgarie

Les données enregistrées à la sortie des bureaux de vote montrent que de nombreux électeurs d’autres partis politiques, y compris du parti de centre droit, GERB, de Boïko Borissov, ont soutenu Roumen Radev lors du second tour.

Roumen Radev, 53 ans, est entré sur la scène politique bulgare et a soulevé une vague de mécontentement face aux 10 années de pouvoir de Boïko Borissov durant lesquelles la corruption est restée profondément ancrée dans la société. Les électeurs étaient également soucieux de la crise des réfugiés et de la situation avec la Turquie voisine.

Ancien commandant des forces de l’air, Roumen Radev considère que la Bulgarie doit se montrer pragmatique et trouver un équilibre entre ses obligations vis-à-vis de l’Union européenne et de l’OTAN et sa relation avec Moscou.

Démission de Borissov

Comme promis, Boïko Borissov a déclaré qu’il démissionnerait lundi (aujourd’hui, 14 novembre) ou mardi, selon le jour décidé par le parlement. « L’échec du GERB est clair », a déclaré le Premier ministre aux journalistes après l’annonce des résultats.

« Les citoyens ont voulu nous dire via les urnes que quelque chose n’allait pas. Que nos priorités sont peut-être bonnes, mais qu’il en existe clairement des meilleures. La chose la plus démocratique à faire, la bonne décision à prendre est de démissionner », a-t-il assuré.

La démission de Boïko Borissov risque de mener à des élections anticipées en mars et pourrait être suivie par des mois de négociations difficiles pour une coalition entre les divers groupes politiques.

Selon la constitution, le président doit donner un mandat à Boïko Borissov, en tant que leader de la force politique ayant remporté les dernières élections parlementaires, pour tenter de former un autre cabinet.

Boïko Borissov a clairement refusé le mandat. Dans ce cas-là, le président donne le mandat à la deuxième force politique, les socialistes. Mais la chef de file des socialistes, Kornelia Ninova a également décliné la proposition.

Élections anticipées

Le pays se dirige donc vers des élections générales anticipées et le président, Rossen Plevneliev, est censé nommer un gouvernement intérimaire et annoncer la date des élections.

Il est toutefois inhabituel qu’un président sortant nomme un gouvernement intérimaire qui reste en place sous la nouvelle présidence. En théorie, Roumen Radev pourra nommer un autre gouvernement intérimaire lorsqu’il entrera en fonction, le 22 janvier.

Les experts estiment quant à eux que la nomination de deux gouvernements intérimaires n’est pas une option et suggèrent à Rossen Plevneliev et Roumen Radev de se mettre d’accord sur le nouveau cabinet, malgré leurs différences politiques.

Rossen Plevneliev a félicité Roumen Radev et l’a invité à une rencontre plus tard dans la journée.

Selon les experts, malgré l’échec du GERB, le parti au pouvoir devrait rester la force politique majoritaire après les élections anticipées. Il est difficile d’imaginer quel type de coalition pourrait former le GERB, puisque le parti de Boïko Borissov n’a plus beaucoup d’alliés.

Orientation géopolitique

Roumen Radev a été qualifié par les médias occidentaux de pro-russes, et son élection est perçue comme un sérieux revers pour les alliés d’Europe occidentale. Elle souligne aussi l’influence grandissante de Moscou en Europe du Sud-est.

Le Premier ministre a néanmoins insisté sur le fait qu’il n’avait pas pour projet de changer l’orientation géopolitique et a rappelé qu’en tant qu’ancien commandant, il avait « risqué sa vie tous les jours » pour l’OTAN.

Interrogé sur l’avenir des sanctions européennes contre la Russie, Roumen Radev a déclaré hier qu’il discuterait de cette question avec ses partenaires européens et que le gouvernement prendrait une décision.

Le président bulgare n’a pas de pouvoirs exécutifs et lors des sommets européens, le pays est généralement représenté par le Premier ministre.

Les observateurs affirment que Roumen Radev, qui n’est pas affilié au parti socialiste, est plus un candidat anti-système, comme Donald Trump aux États-Unis.

S’adressant à la presse après l’annonce de son élection, Roumen Radev a déclaré qu’il espérait avoir un dialogue constructif avec les États-Unis et la Russie et qu’avec Donald Trump à Washington, la confrontation cesse entre l’occident et Moscou.

« Durant sa campagne, Donald Trump a clairement dit qu’il travaillerait à un meilleur dialogue avec la Russie. Cela nous donne espoir, grand espoir, pour une solution pacifique des conflits en Syrie et en Ukraine et pour une désescalade de la confrontation », a estimé le Premier ministre élu.

Nouveau commissaire bulgare

La Bulgarie doit aussi nommer un nouveau commissaire pour remplacer Kristalina Georgieva, qui a annoncé au début du mois qu’elle acceptait un poste à la Banque mondiale.

>> Lire : Le départ de Kristalina Georgieva à la Banque mondiale fragilise la Commission

Interrogé sur la nomination d’un nouveau commissaire, Roumen Radev a déclaré qu’il voulait absolument être consulté. En théorie, Boïko Borissov pourrait proposer un nom avant de se retirer, et le cabinet intérimaire de Rossen Plevneliev pourrait aussi nommer un commissaire sans consulter le nouveau Premier ministre.

Des sources ont révélé à EurActiv que l’ancienne commissaire bulgare, Meglena Kuneva, actuelle vice-première ministre pour l’éducation dans le gouvernement de Boïko Borissov, se trouvait actuellement à Bruxelles et faisait pression pour réintégrer l’exécutif européen.