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05/12/2016

Le président de la Catalogne prévoit une offensive de charme après le référendum sur le Brexit

Politique

Le président de la Catalogne prévoit une offensive de charme après le référendum sur le Brexit

Carles Puigdemont

[Ajuntament de Vilanova]

Le président de la Catalogne, Carles Puigdemont, a trouvé les institutions européennes closes lors de sa première visite officielle en Belgique. Il veut néanmoins lancer une offensive de charme après le référendum sur le Brexit.

Mina Andreeva, porte-parole de la Commission, a confirmé le 2 mai que le cabinet de Carles Puigdemont avait contacté l’équipe de Jean-Claude Juncker pour organiser une rencontre, mais que la requête avait été déclinée car son agenda « ne [le] permettait pas ».

Il n’y a eu aucune réunion entre les membres de la Commission et le dirigeant indépendantiste, a-t-elle souligné.

Des responsables ont déclaré à EurActiv que la représentation permanente de la Catalogne à Bruxelles, ainsi que l’ancien commissaire, Amadeu Altafaj, avaient contacté le chef du cabinet Juncker, Martin Selmayr, pour essayer d’organiser une rencontre.

Les commentaires de l’exécutif vont à contre-courant de ceux de Carles Puigdemont, qui a assuré ne pas avoir fait une telle demande car son intention, pour ces trois premiers jours à Bruxelles, était « de ne parler à aucun représentant européen ».

Le président catalan a expliqué qu’il proposerait une réunion lorsqu’il verrait que l’UE porte un intérêt à la question de l’indépendance de la Catalogne. « Une rencontre sera organisée lorsque nous constaterons que nous avons des intérêts communs », a-t-il déclaré, tout en ajoutant « il y a fort à parier qu’ils voudront nous rencontrer ».

Carles Puigdemont a également souligné qu’il attendrait le résultat du référendum britannique du 23 juin avant de rencontrer les responsables européens.

Les institutions européennes jouent un rôle crucial dans la stratégie de la Catalogne pour se séparer de l’Espagne. Les partis indépendantistes qui ont remporté les élections à la majorité absolue en septembre dernier soutiennent que l’UE ne laisserait pas une Catalogne indépendante à la porte du club des 28.

>> Lire : Une Catalogne indépendante serait en dehors de l’UE, mais pas de l’euro

Toutefois, la Commission et divers dirigeants européens ont insisté ces derniers mois sur le fait que la région la plus riche d’Espagne devra faire la queue pour lancer un processus d’adhésion à l’UE.

Si la Catalogne obtient son indépendance, avait assuré Jean-Claude Juncker lors d’une interview, la question ne serait « pas résolue facilement ».

>> Lire : Ignacio Molina: Les séparatistes catalans n’obtiendront jamais le soutien de l’UE

Liens avec la Flandre

Carles Puigdemont a passé la plus grande partie de son temps en Flandre, puisque la raison de sa visite était une invitation du ministre-président de la région, Geert Bourgeois.

Le week-end dernier, le journaliste catalan converti en homme politique a rencontré Geert Bourgeois et d’autres représentants du parti nationaliste flamand, N-VA, dont le maire d’Anvers, Bart de Wever.

>> Lire : L’indépendantiste Carles Puigdemont élu président de la Catalogne

La rencontre entre les deux dirigeants régionaux avait pour but de consolider les liens économiques et commerciaux entre la Catalogne et la Flandre.

Geert Bourgeois a également apporté un soutien voilé à la quête d’indépendance de la Catalogne. Bien qu’il ait souligné que les deux régions présentaient de « nombreuses similitudes, mais aussi de grandes différences », la coopération entre les deux parties serait plus forte si la Catalogne devenait un État indépendant.

« La Catalogne est engagée dans un processus pour devenir un État indépendant de l’UE. Ce processus ne vise personne et nous voulons garder de bonnes relations avec l’Espagne », a commenté Geert Bourgeois le 30 avril.

Dans le contexte des affaires européennes, le nationaliste catalan n’a réussi à rencontrer que le président de l’Alliance pour les libéraux et démocrates d’Europe (ALDE), Hans van Baalen. Convergence démocratique de Catalogne, le parti de Carlos Puigdemont, est affilié à l’ALDE.

Il n’a cependant pas pu rencontrer le poids lourd et chef de file du parti au Parlement européen, Guy Verhofstadt. Ce dernier, ancien premier ministre belge, a préféré tisser des liens avec le chef de file de Ciudadanos, Albert Rivera.

Ciudadanos [citoyens] est un parti libéral établi en Catalogne pour contrer les forces nationalistes et est devenu l’une des forces émergentes en Espagne, rompant ainsi avec un système bipartite qui dominait la politique espagnole depuis la fin de la dictature.

Contexte

Ces dernières années, le sentiment indépendantiste a pris le dessus en Catalogne, avivé par les désaccords avec le gouvernement conservateur au pouvoir (PP) et le marasme économique qui a secoué l'Espagne et engendré le départ au chômage d'une personne sur quatre, malgré une lente reprise ces derniers mois.

Lors d'un référendum symbolique sur l'indépendance en novembre 2014, jugé inconstitutionnel par la Cour suprême espagnole, seuls 1,9 million d'électeurs sur 6,3 millions ont voté en faveur d'une sécession.

>> Lire : Madrid prête à tout pour s’opposer à l’indépendance de la Catalogne

Avant les élections du 27 septembre, les indépendantistes ont annoncé leur intention de mener à bien le processus de séparation et de déclarer l'indépendance dans les 18 mois, s'ils remportaient la majorité absolue.

Leur projet consiste à approuver une constitution catalane et mettre sur pied des institutions telles qu'une armée, une banque centrale, un système judiciaire et une agence de collecte de l'impôt.

Dans le scénario le plus extrême, le gouvernement espagnol pourrait activer l'article 155 de la Constitution, qui suspendrait l'autonomie de la Catalogne.