Rajoy refuse toute médiation avec la Catalogne

Barcelone, le 2 octobre, les manifestants font face à la police. [Juan Carlos Cardenas/ EFE]

Madrid a rejeté la proposition catalane de remédier à un médiateur international pour tenter de rétablir la « confiance minimum » après les heurts qui ont marqué le référendum d’indépendance, le 1er octobre.

Carles Puidgemont, président séparatiste de la Catalogne, avait cette semaine proposé que les deux parties fassent appel à un médiateur international pour renouer le dialogue. Il affirmait avoir reçu « plusieurs propositions » que le gouvernement n’avait pas acceptées.

« Si M. Puigdemont veut parler ou négocier, ou envoyer des médiateurs, il sait parfaitement ce qu’il doit faire auparavant : se remettre dans le chemin de la loi, qu’il n’aurait jamais dû quitter », a sèchement répondu le gouvernement dans un communiqué, ajoutant qu’il « n’acceptera aucun chantage » et intimant à la Catalogne de « retirer la menace de la rupture ».

Le séparatiste avait accusé le roi d’Espagne Felipe VI, qui l’avait durement critiqué la veille, d’avoir « délibérément ignoré » des millions de Catalans en condamnant leurs aspirations à l’indépendance.

« Puigdemont a démontré qu’il n’est pas seulement un dirigeant hors-la-loi, mais aussi qu’il est absolument coupé de toute réalité », a réagi presque immédiatement la vice-présidente du gouvernement, Soraya Saenz de Santamaria.

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Au lendemain du référendum marqué par des violences en Catalogne, le sommet de l’Union européenne a lancé lundi de premiers appels pour pousser Madrid au dialogue et à éviter désormais le recours à la force.

Proposition catalane

La proposition d’une médiation externe a été lancée au moment où les tensions étaient à leur comble après les violences du 1er octobre. Depuis, des milliers de Catalans manifestent, certains commerces sont fermés et les services publics assurent un service perturbé après des appels à la grève.

Dans certaines villes, les autorités locales ont forcé les hôtels qui accueillaient les policiers nationaux envoyés par Madrid à mettre leurs clients dehors. Lors d’une intervention inédite, le Roi Felipe VI a demandé au gouvernement madrilène d’« assurer l’ordre constitutionnel » et a décrit la situation comme « très grave pour notre vie démocratique ».

Amadeu Altafaj, de la représentation permanente catalane à Bruxelles, avait expliqué à Euractiv que ce médiateur ne participerait pas aux négociations politiques. La priorité serait un accord sur le retrait des 12 000 policiers déployés dans la région indépendantiste afin de calmer la situation.

Le médiateur aurait également participé aux discussions sur la libération des dirigeants catalans arrêtés pour leur implication dans l’organisation du référendum et sur la reprise des versements financiers au gouvernement régional, la Generalitat. Enfin, il aurait pu proposer des mesures pour éviter l’escalade des tensions et reconstruire la confiance.

La proposition de médiation présentée par les Catalans était déjà moins ambitieuse que celle qui avait initialement été avancée par Carles Puigdemont, président de la Catalogne. Après le référendum, lors duquel des centaines de personnes ont été blessées, celui-ci avait appelé à une intervention rapide de l’UE, qui aurait débouché sur une solution politique. Une proposition rejetée à la fois par Madrid et par l’UE, qui ne souhaitent pas voir les institutions européennes impliquées.

Le médiateur pourrait donc être une entité non liée à l’UE, indique Amadeu Altafaj, une institution ou personnalité qui inspire « la confiance et le consensus ». « Si les autres formules ont été rejetées, nous devons en trouver de nouvelles », a-t-il indiqué, soulignant que « la question est à présent entrée dans la ligne de mire de l’UE ».

« La médiation n’aura pas lieu. L’UE ne veut pas avoir ce rôle. En plus, elle n’interfère traditionnellement pas dans les affaires nationales de ses États membres », prévoyait déjà Dave Sinardet, spécialiste du nationalisme et professeur de science politique à l’Université libre de Bruxelles, avant la réponse de l’Espagne.

Débat européen

Au sein des institutions européennes, les inquiétudes quant à la crise politique qui secoue la quatrième plus grande économie de l’UE grandissent. Le 4 octobre, un grand nombre d’eurodéputés ont soulevé la question lors d’un débat en séance plénière sur le prochain sommet européen. La plupart des élus ont appelé les deux camps à reprendre le dialogue. Les témoignages de soutien à l’Espagne et à l’ordre juridique ont été nombreux.

Des voix se sont cependant élevées pour dénoncer l’intervention policière, tentative de Madrid d’entraver le vote, qui a fait près de 900 blessés, selon la Generalitat. « Nous répétons notre condamnation de l’intervention policière de ces derniers jours. Les droits fondamentaux sont violés en Catalogne et la seule proposition est la violence », a déclaré Ernest Urtasun, député Vert catalan.

« Nous n’avons pas besoin de tutelle ou de médiateur politique face à des insurgés », a pour sa part estimé Esteban Gonzalez Pons, qui dirige la délégation du Parti populaire européen. « Que l’Espagne reste unie ou se divise est une question à laquelle le peuple espagnol doit répondre. »

Frans Timmermans, le premier vice-président de la Commission, a pour sa part insisté sur l’état de droit. « On peut s’opposer à la loi, on peut la changer, mais on ne peut l’ignorer. Il est fondamental que la Constitution de chacun de nos États membres soit respectée. La Catalogne a ignoré la loi », a-t-il regretté.

Après avoir rappelé que le conflit relevait de l’ordre juridique espagnol, le commissaire néerlandais a appelé les deux camps à « abandonner la confrontation au profit du dialogue ». La violence n’est « jamais une réponse, jamais une solution », a-t-il ajouté, soulignant néanmoins que l’utilisation « proportionnée » de la force était parfois nécessaire à la protection de la loi.

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Selon Éric Dor, directeur des études économiques à l’IESEG School of Management, cette situation pourrait créer une confusion économique encore plus importante qu’au moment du Brexit. Un article à retrouver sur LaTribune.fr

Contexte

Le 1er octobre, le gouvernement indépendantiste de la Catalogne, une région de 7,5 millions d'habitants au nord-est de l'Espagne, a organisé un référendum d'autodétermination malgré les menaces répétées de la justice. Il affirme que le « oui » à l'indépendance a obtenu les voix de « 90% » des 2,26 millions de votants (42,3% de participation).

Ce scrutin, qui s'est déroulé sans listes électorales, sans observateurs et a été qualifié d'anticonstitutionnel par la justice espagnole, devrait déboucher en début de semaine prochaine sur une déclaration unilatérale d'indépendance de la Catalogne.

Pour compliquer la situation, Madrid a dépêché 12 000 policiers anti-émeutes pour tenter de faire cesser le scrutin et contenir les manifestations qui ont suivi. La Catalogne recense près de 900 blessés.

Le dialogue de sourds depuis plusieurs années entre les gouvernements central et catalan a plongé l'Espagne dans sa plus grave crise politique depuis une tentative de coup d'État en février 1981.

Mariano Rajoy refuse de discuter d'un référendum d'autodétermination en Catalogne, argumentant que la Constitution l'interdit et que l'ensemble des Espagnols devrait se prononcer sur l'avenir de leur pays.