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04/12/2016

Bruxelles refuse de condamner les commentaires racistes d’Oettinger

Politique

Bruxelles refuse de condamner les commentaires racistes d’Oettinger

Günther Oettinger estime que ses réflexions n'étaient ni racistes ni homophobes.

La Commission européenne a refusé à plusieurs reprises d’enquêter sur les remarques racistes et homophobes du commissaire allemand Günther Oettinger ou de s’en excuser.

Lors d’un discours filmé à son insu, le commissaire au numérique Günther Oettinger a décrit les ministres chinois en visite à Bruxelles d’« œil en fente » et d’« arnaqueurs ». Il s’est également moqué du mariage homosexuel.

Face aux appels à sa démission, le commissaire s’est défendu dans une interview le 30 octobre. Il y admet que ses commentaires étaient maladroits, mais a démenti tout racisme ou homophobie.

>> Lire : Oettinger provoque un tollé avec des commentaires racistes et homophobes

Le porte-parole en chef de la Commission, Margaritis Schinas, a refusé à plusieurs reprises de s’excuser au nom de la Commission suite à l’incident, malgré l’insistance des journalistes.

« Nous n’avons rien à ajouter », a-t-il déclaré aux reporters incrédules lors d’un briefing à Bruxelles. « Il n’y a pas le FBI à la Commission », a-t-il raillé quand ceux-ci lui ont demandé s’il y aurait une enquête.

Jean-Claude Juncker, le président de l’exécutif européen, a nommé Günther Oettinger au budget le 28 octobre, alors que les commentaires désobligeants du commissaire étaient déjà connus. Le commissaire allemand remplacera donc Kristalina Georgieva, qui quitte la Commission pour un poste à la Banque mondiale.

>> Lire : La Bulgarie lorgne le portefeuille de l’écologie à la Commission

« Neuf hommes, un parti, pas de démocratie », voilà la conclusion que tire Günther Oettinger d’une visite des ministres chinois à Bruxelles. « Pas de quotas pour les femmes et donc, logiquement, pas de femmes. »

Par cette remarque, le commissaire semble sous-entendre que l’accession de femmes à des postes importants dans des pays comme l’Allemagne ne serait due qu’aux quotas obligatoires, et non au mérite individuel.

« Ils [les ministres chinois] sont tous en costume, la même veste bleu marine à une poche. Ils ont tous les cheveux peignés de gauche à droite au cirage noir », a continué Günther Oettinger.

Le commissaire a également fait des réflexions désobligeantes sur le mariage homosexuel, estimant que les Allemands ne tarderaient sûrement pas à introduire une loi rendant le mariage homosexuel obligatoire.

Peu de temps auparavant, lors d’un autre discours, le commissaire avait déjà qualifié la région belge de Wallonie de « micro-région dirigée par des communistes ». Pendant une dizaine de jours, la Wallonie a bloqué la signature du CETA, entre le Canada et l’UE. Les Wallons s’opposaient à un accord conclu dans le secret qui menace de très nombreux emplois.

Paul Magnette, ministre-président de la région, s’est retrouvé face à des pressions très importantes pour retirer son véto au CETA. Après les propos de Günther Oettinger, il s’est demandé si la Commission serait aussi dure face à l’homophobie et au racisme qu’elle s’est montrée face aux défenseurs de la transparence et de la démocratie.

>> Lire : Les Wallons dénoncent les pressions de la Commission

Margaritis Schinas a passé le week-end concentré sur le CETA, signé le 30 octobre, et n’a donc pas eu l’occasion de parler au commissaire de ses deux discours polémiques.

Les eurodéputés pourront cependant poser leurs questions à Günther Oettinger à l’occasion d’une audience de confirmation pour son nouveau portefeuille au début de l’année prochaine.

« C’est le moment pour les dirigeants européens de prouver qu’ils ne laisseront pas quelqu’un comme Trump devenir ou rester un décideur important », a jugé Jan-Phillip Albrecht, eurodéputé Vert allemand.

EurActiv a demandé quand était prévue la prochaine rencontre entre le commissaire et les ministres chinois. Le porte-parole n’était pas sûr.

La porte-parole d’Angela Merkel a assuré que Günther Oettinger avait toute la confiance de la chancelière. Certains observateurs ont remarqué qu’elle utilisait des formules similaires à celles employées pour des ministres qui ont ensuite été forcés de démissionner.

Barroso blanchi

L’ancien président de la Commission, José Manuel Barroso, est également sous le feu des projecteurs depuis quelques mois, après l’annonce de sa nomination à un poste important au sein de la Banque d’investissement très controversée Goldman Sachs. Le comité d’éthique qui s’est penché sur la question a cependant décidé que l’ancien président n’avait pas enfreint les règles européennes.

>> Lire : Juncker demande une enquête sur le poste de Barroso chez Goldman Sachs

« Les informations fournies […]sont insuffisantes pour établir que M. Barroso a violé son devoir d’intégrité et de discrétion» dans la nomination de José Manuel Barroso chez Goldman Sachs,  selon un communiqué, qui poursuit : « aussi longtemps » que Goldman Sachs « respecte les règles de droit, il n’est pas en soi illégal d’accepter de travailler pour la banque ».

Le comité d’éthique souligne cependant qu’il n’avait « pas fait preuve du bon jugement auquel on pourrait s’attendre de la part de quelqu’un qui a occupé un poste aussi important pendant si longtemps ».

>> Lire aussi : Le Parlement coupe les vivres aux anciens commissaires

Réactions

Les eurodéputés socialistes ont réagi à la fois aux propos de Günther Oettinger et à la décision du « comité d’éthique » (les guillemets sont d’eux) sur  Barroso dans un communiqué titré « De Barroso à Oettinger, l’Europe dont nous ne voulons pas ». Les socialistes estiment que « cet avis [basé exclusivement sur les dires de l’ancien président] ne vaut rien » et que la Commission doit saisir la Cour de justice.

Et les élus de faire un parallèle avec l’incident Oettinger, le même week-end. Ils exigent qu’Angela Merkel et Jean-Claude Juncker « prennent leurs responsabilités » face à des « propos clairement racistes et homophobes ou stigmatisant à l'égard de la Wallonie ». « L’Union européenne ne doit plus tolérer qu’un de ses représentants actuellement en poste tienne de tel propos abjects et outranciers », concluent-ils.