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09/12/2016

L’opposition dénonce le déroulé des élections au Congo-Brazzaville

Politique

L’opposition dénonce le déroulé des élections au Congo-Brazzaville

Élections au Congo-Brazzaville

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« Nous n’avons pas besoin d’argent, nous avons besoin de changements », a déclaré Jean-Michel Mokoko, un des huit candidats à l’opposition contestant la candidature de Denis Sassou Nguesso à la présidence du Congo-Brazzaville.

Les analystes et les sondages d’opinion suggèrent que Denis Sassou Nguesso obtiendra 60 %-70 % des votes du premier tour, qui a eu lieu le dimanche 20 mars. Sa victoire serait-elle un triomphe ou une défaite pour la démocratie congolaise ?

En octobre dernier, l’attention des médias s’est concentrée sur les changements apportés à la Constitution congolaise pour étendre la limite des mandats, ce qui a permis à Denis Sassou Nguesso de briguer un troisième mandat.

>> Lire : La communauté internationale inquiète des élections au Congo-Brazzaville

Changements constitutionnels

La révision de la Constitution abolit aussi la peine de mort, remplace le système à plusieurs tours par un système électoral à tour unique pour que le scrutin reste secret jusqu’au bout. La constitution établit également une commission électorale qui, selon le gouvernement, est équilibrée politiquement entre les partis d’opposition, le parti au pouvoir, et les représentants de la société civile.

Les partis d’opposition soutiennent que la commission électorale est encore un outil du gouvernement.

La nouvelle constitution abandonne aussi le concept de mandat fixe. Ainsi, le président peut organiser des élections quand il le souhaite durant les cinq ans. « Si le président veut organiser des élections et prendre le risque de se faire battre, c’est à lui de voir », explique Henri Bouka, président de la commission électorale congolaise.

Si les huit candidats de l’opposition s’accordent à dire que les élections ne sont pas justes, Henri Bouka lui, insiste sur le fait qu’il n’y a aucune irrégularité. « Tous les candidats ont été libres de faire ce qu’ils voulaient durant la campagne », a-t-il affirmé à EurActiv.

Selon lui, la décision d’avancer les élections de juillet à mars n’a pas empêché 244 000 personnes supplémentaires de s’inscrire sur les listes électorales entre mi-janvier et mi-février.

Les ministres insistent sur le fait que tous les candidats ont eu accès aux médias nationaux, même si le meeting à l’américaine de Denis Sassou Nguesso le vendredi 18 mars a dominé les ondes.

« Notre démocratie n’a jamais été aussi forte et vivante qu’aujourd’hui », a déclaré le responsable communication du gouvernement, Thierry Moungalla.

Sombres affaires      

Pourtant, la campagne a bien été ternie par de sombres affaires. Un mois après avoir été interrogé à propos d’une vidéo publiée sur Internet l’impliquant dans une tentative de coup d’État, Jean-Michel Mokoko a été convoqué par la police. Son équipe de campagne assure que la vidéo a été truquée.

Des plaintes sont aussi apparues sur les médias sociaux, affirmant que les inscriptions électorales n’avaient pas été terminées. Les candidats à l’opposition ont appelé leurs sympathisants, qui se sont inscrits mais n’ont pas vu leur nom,  à revendiquer leurs droits démocratiques.

« Il ne faut pas oublier qu’établir une démocratie n’est pas chose aisée dans un pays sans histoire ni culture démocratique, profondément divisé par la guerre civile et situé dans une région de l’Afrique caractérisée par l’instabilité et le conflit », a déclaré le ministre de la communication.

La question de la démocratie n’est donc ni noire ni blanche, mais Henry Bouka maintient que l’élection est irréprochable. « Les candidats les plus honnêtes reconnaitront que les résultats sont corrects. Le processus électoral est si transparent qu’il n’y a aucun moyen de truquer les résultats.  De plus, les candidats ont le droit d’avoir un agent qui assiste au dépouillement dans chaque bureau de vote », a-t-il fait remarquer. Certains des candidats voyagent en jet privé donc ils peuvent se permettre de se payer des agents pour le dépouillement », a-t-il commenté.

« Je veux travailler en toute honnêteté, et le résultat que nous annoncerons sera la véritable résultat ».

Pourtant, nombreux sont les Congolais, à l’intérieur et à l’extérieur du pays, qui doutent de cela.

« En tout logique, Mokoko devrait gagner », a déclaré Nzambi Ress, un étudiant, à EurActiv. « Mais c’est Sassou qui va l’emporter », a-t-il regretté, tout en racontant qu’il avait refusé 10 000 francs (20 euros) pour renoncer à son droit de vote. « Nous sommes en sécurité, mais nous ne sommes pas libres », a-t-il estimé. « Sassou est au pouvoir depuis bien trop longtemps ».

>> Lire : Le Congo-Brazzaville reste dopé au pétrole