EurActiv.fr

Actualités & débats européens dans votre langue

02/12/2016

La communauté internationale inquiète des élections au Congo-Brazzaville

Politique

La communauté internationale inquiète des élections au Congo-Brazzaville

Denis Sassou Nguesso à l'enterrement de Nelson Mandela. Afrique du Sud.

[GovernmentZA]

Le président sortant Denis Sassou Nguesso va très probablement renouveler son mandat à la présidence du Congo, poste qu’il occupe depuis plus de 30 ans.

Un sondage réalisé par la société française TNS place le président sortant Denis Sassou Nguesso en tête avec 67 % des voix, très loin devant son principal adversaire qui récolterait 8 % des votes. Le ministre de la Communication, Thierry Moungalla a déclaré que des indicateurs sur le terrain démontraient que le président remporterait les élections lors du premier tour.

Denis Sassou Nguesso, 72 ans, dirige le pays depuis 1979, soit depuis 32 ans. Après avoir terminé 3ème lors d’une élection en 1992, il est revenu au pouvoir en 1997 après une brève guerre civile puis il a été réélu en 2002 et 2009. Cette dernière élection avait déjà  été vivement critiquée par les observateurs internationaux.

Huit autres candidats affrontent Denis Sassou Nguesso au premier tour, dont l’ancien chef de l’armée, Jean-Marie Mokoko, et se plaignent de la courte période de campagne – à l’origine les élections étaient prévues pour juillet – qui ne leur a pas laissé le temps de s’organiser.

Modification de la Constitution

Le peuple congolais a approuvé une série d’amendements à leur constitution lors d’un référendum en octobre, comprenant notamment la suppression de la limite d’âge de 70 ans pour les candidats à la présidentielle, et celle de l’interdiction de réaliser plus de deux mandats. La révision de la constitution a aussi permis de mettre en place une commission électorale « indépendante » et un système de scrutin à un tour.

L’Union européenne a décidé de ne pas envoyer de mission d’observation des élections. Au lieu de cela, la chef de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, a publié un communiqué expliquant que la révision de la constitution congolaise pouvait « créer une insécurité judiciaire et ne pas garantir des élections présidentielles démocratiques, inclusives et transparentes ».

L’UE avait déjà averti que le référendum d’octobre « [menaçait] la stabilité du pays », et a fait part de son inquiétude quant au traitement des membres de l’opposition avant et après les élections.

Contacté par EurActiv, l’ambassadeur de l’UE auprès de la République du Congo, Saskia De Lange, a refusé de faire tout commentaire sur le processus électoral à quelques jours du scrutin.

Pour sa part, l’Union africaine s’est empressée de mettre sur pied une délégation d’environ 40 observateurs, et l’Organisation internationale de la Francophonie a fait de même.

Incitation à la révolte

Lors d’une conférence de presse, le 16 mars, Thierry Moungalla, a maintenu que le processus électoral était équitable. « Il semblerait que l’opposition considère que tout vote ne leur donnant pas la victoire ou un second tour est truqué », a-t-il déclaré, ajoutant que ce n’était pas « fairplay ou démocratique de dire que le gagnant n’a pas gagné ».

Le ministre de la Communication et celui de la Santé, Bienvenu Okiemy, ont accusé les partisans de l’opposition d’incitation à la violence et d’émeutes. Ce dernier s’en est également pris aux critiques de la communauté internationale.

« Tous ces gens qui prétendent appartenir à la communauté internationale ne devraient pas inciter à la révolte », a-t-il estimé, leur reprochant de ne « pas connaitre notre pays et le peuple congolais ».

« Le 20 mars, nous verrons bien le degré de confiance qu’accorde le peuple congolais à chaque candidat », a-t-il assuré, ajoutant que le Congo « a choisi la stabilité après la guerre ».

La campagne s’est déroulée de manière pacifique, même si les candidats à l’opposition se sont plaints de difficultés dans l’organisation de meetings électoraux. Denis Sassou Nguesso a conclu sa campagne par un meeting à Brazzaville le vendredi 18 mars, auquel devaient assister plus de 50 000 personnes.

Lors d’un autre rassemblement, le 17 mars, les sympathisants du candidat à l’opposition, Guy Brice Parfait Kollelas, ancien ministre du gouvernement Nguesso s’étant opposé aux changements dans la Constitution, ont prié la communauté internationale d’intervenir.

« François Hollande et Barack Obama, ayez pitié des Congolais », ont-ils plaidé au micro d’EurActiv.

Pas un cas isolé

Le Congo-Brazzaville n’est pas le seul pays d’Afrique subsaharienne où le président a appuyé des changements de Constitution pour pouvoir briguer un troisième mandat.

En février, le président ougandais, Yoweri Museveni, a décroché un septième mandat, alors que le président du Rwanda, Paul Kagame, est pressenti pour briguer un troisième terme en 2017 après avoir organisé un référendum en décembre pour modifier la limite de deux mandats.

En République démocratique du Congo, Joseph Kabila, semble aussi vouloir étendre le nombre de mandats autorisé pour pouvoir rempiler pour un troisième mandat en novembre.