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20/02/2017

Davos se penche sur les classes moyennes

Politique

Davos se penche sur les classes moyennes

Christine Lagarde, s’exprimant à Davos, s’est montrée très inquiète face à la hausse des inégalités.

Menacées par le chômage, les classes moyennes ressentent pleinement les effets de la crise et devient la proie du populisme, comme le montre le Brexit. Ce qui préoccupe les grands de ce monde réunis à Davos.

Si les classes moyennes progressent dans le monde en général, la situation est plus délicate dans les pays développés, a déclaré la directrice du Fonds monétaire international (FMI), Christine Lagarde, lors du Forum économique mondial le 18 janvier.

Soulignant les inégalités croissantes, Christine Lagarde a répété ce qu’elle avait dit devant le même public en 2013. Les récents événements semblent confirmer que son discours à l’époque n’avait pas été pris au sérieux.

« Maintenant nous avons l’occasion de mettre en place des politiques pour résoudre ce problème », a-t-elle insisté, faisant référence aux signaux forts émanant des électeurs. « Les décideurs politiques doivent comprendre le message maintenant et réfléchir à ce qui pourrait être fait. » Christine Lagarde a appelé à une solution régionale et plus ciblée que ce qui est en place en ce moment, rappelant que la redistribution est un défi de taille.

Le dernier rapport du Forum économique mondial estime que le plus grand risque mondial pour 2017 sont les inégalités croissantes et souligne le rôle des technologies dans ce phénomène.

Selon les chercheurs du Crédit Suisse, les 1 % les plus riches possédaient 50,8 % des richesses mondiales en 2016, contre 45,4 % en 2009. Les 10 % les plus riches détiennent quant à eux 89 % de la richesse mondiale.

« La lutte contre les inégalités est une question de morale »

L’aggravation des inégalités dans le monde met en péril les objectifs mondiaux de développement. Pour enrayer la machine, les gouvernements doivent mettre l’accent sur les services publics, selon Philippe Orliange.

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Au niveau mondial, les inégalités entre pays ont augmenté à un rythme effréné ces 30 dernières années. Le phénomène n’est pas nouveau. Depuis les années 1980, la part des revenus allant au 1 % a augmenté dans un grand nombre de pays européens, ainsi qu’au Canada et aux États-Unis.

Les changements technologiques combinés aux effets d’échelle à mesure que les marchés deviennent de plus en plus interconnectés, augmentant ainsi la concurrence mondiale des talents, sont au cœur du problème. Ajoutez à cela la flambée des salaires des PDG associée à l’expansion des entreprises et vous obtiendrez un mélange explosif.

Les experts à Davos pointent aussi du doigt la lente reprise depuis 2008, qui a intensifié les disparités locales de salaires, et a maintenu un chômage élevé.

Klaus Schwab, fondateur et directeur exécutif du Forum économique mondial, souligne dans son dernier livre que la quatrième révolution industrielle et le déclin important de la part du travail en tant que pourcentage du PIB ne feront qu’augmenter les inégalités et accroître les inquiétudes liées à l’injustice.

« Les défis de l’inégalité croissante seront difficilement quantifiables puisqu’une grande majorité d’entre nous est des consommateurs et des producteurs, donc le bouleversement de l’innovation affectera nos conditions de vie et notre bien–être de manière positive et négative », écrit-il.

>> Lire : « La lutte contre les inégalités est une question de morale »

Une nouvelle vision

Une grande partie de la valeur ajoutée que la numérisation peut potentiellement apporter à la société restera prise au piège jusqu’à ce que des efforts soient faits pour aligner les incitations à l’investissement du secteur privé avec le bien public à long terme, selon les chercheurs de l’Initiative pour une transformation numérique (DTI) du Forum économique mondial.

« Nous n’allons pas nous battre contre les progrès techniques, ou briser la chaine d’approvisionnement, donc nous ferions mieux de nous adapter et de chercher un filet de sécurité », a déclaré Christine Lagarde.

Les chefs d’entreprise et les responsables de l’industrie proposent un certain nombre de solutions, à commencer par l’éducation. En effet, l’éducation, du plus jeune âge jusqu’à la vie professionnelle, possède un potentiel énorme pour combattre les inégalités et débloquer le potentiel des individus et de pans entiers de l’économie.

Soit le fossé des inégalités continue de se creuser, déstabilisant ainsi le monde, soit nous investissons dans la création de politiques et de programmes d’éducation qui forment les jeunes aux emplois de demain et recyclent les travailleurs déplacés, a observé Marc Benioff, président et PDG de Salesforce.

« Nous allons devoir reconvertir la main d’œuvre et avec l’éducation traditionnelle nous n’y parviendrons pas », a déclaré Randall Stephenson, président et PDG de AT&T, tout en expliquant que son entreprise avait commencé des programmes de

« Nous devons réinventer l’innovation », a néanmoins insisté un chercheur du MIT.

« Pour faire face à la nouvelle crise, nous devons avoir une vision », a quant à lui assuré Pier Carlo, ministre italien de l’Économie et des Finances. « Les citoyens expriment cette désillusion en refusant ce que les dirigeants proposent. »

Selon lui, la mondialisation entre dans une nouvelle phase. Or, « l’Europe n’a pas de stratégie pour cette nouvelle phase », a-t-il continué, mettant en garde contre le repli sur soi comme pour la crise des réfugiés.

« Le problème en Europe, c’est l’Europe », a-t-il insisté. « Le problème avec Trump et le Brexit, c’est qu’ils présentent une vision. Vous pouvez y adhérer ou pas. »