EurActiv.fr

Actualités & débats européens dans votre langue

03/12/2016

Des négociations budgétaires difficiles se profilent pour nouveau gouvernement Rajoy

Politique

Des négociations budgétaires difficiles se profilent pour nouveau gouvernement Rajoy

Après presque un an de gouvernement par intérim, l’Espagne a depuis peu un nouveau gouvernement dirigé par le conservateur Mariano Rajoy. La négociation du budget 2017 devrait constituer un premier test pour le Premier ministre.  Un article d’EurActiv Espagne.

La situation internationale complexe, surtout suite au vote en faveur du Brexit en juin dernier et à la récente victoire du populiste Donald Trump aux États-Unis, va mettre à l’épreuve la diplomatie espagnole et le gouvernement de Madrid risque de devoir naviguer dans des eaux agitées.

Néanmoins, l’Espagne est prête à affronter les défis, notamment l’immigration aux portes de l’Europe. Elle devra aussi faire face à l’essor du populisme et à un projet européen menacé par l’extrême droite xénophobe du Front national de Marine Le Pen en France ou par l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), des formations qui gagnent de plus en plus de terrain et alimentent les forces europhobes sur tout le continent.

L’Espagne veut remonter sur la sellette

La volonté de l’Espagne de récupérer sa place dans l’UE s’est manifestée dans les déclarations du ministre des Affaires étrangères et de la coopération, Alfonso Dastis Quecedo, peu après sa prise de fonction. Il a assuré qu’après 365 jours durant lesquels l’Espagne a paralysé sa dynamique à cause de la situation d’intérim forcé, son objectif était de « réappuyer sur le bouton play et de montrer que l’Espagne est vraiment de retour » sur la scène européenne et mondiale.

L’Espagne – quatrième plus grande économie de la zone euro – reprend donc son allure de croisière dans le programme européen, et de nombreux défis et « devoirs » l’attendent. Parmi les tâches les moins agréables figurent les coupes budgétaires de 7 700 millions d’euros en 2017 pour respecter l’engagement de réduction de déficit à 3,1 % du produit intérieur brut (PIB), selon les estimations de la Commission européenne.

Bruxelles avait accordé à l’Espagne une trêve temporaire dans le calendrier d’ajustements jusqu’à ce que le pays soit doté d’un gouvernement avec ses pleines capacités d’action. Depuis le 29 octobre dernier, date à laquelle Mariano Rajoy a pris ses fonctions de chef du gouvernement pour un deuxième mandat, le chronomètre de Bruxelles a donc recommencé à fonctionner.

>> Lire : Compte à rebours vers une troisième élection en Espagne

Un gouvernement pas si libre que ça

Cependant, le cabinet « Rajoy II », composé de quelques figures nouvelles par rapport à la dernière administration, n’a pas les mains totalement libres. Après de longs mois d’incertitude et deux élections générales (en décembre 2015 et en juin de cette année), la seconde victoire du Parti populaire (PP) n’a pas été suffisante pour que Rajoy jouisse d’une majorité absolue. Ainsi, il devra faire des compromis et passer des accords pour bon nombre de décisions, notamment une des plus délicates : les budgets pour 2017.

Rajoy et la clé de la « dissuasion électorale »

Certains observateurs espagnols estiment toutefois que l’apparente faiblesse du gouvernement n’est pas si évidente. En effet, au vu des derniers sondages qui montrent un renforcement notable du PP par rapport aux autres partis, Mariano Rajoy pourrait utiliser la clé de la « dissuasion électorale », interprétée par la gauche radicale de Podemos comme un véritable « chantage ».

En ce sens, si d’autres partis (notamment le parti socialiste, PSOE) bloquent l’approbation des comptes pour 2017, Mariano Rajoy pourrait convoquer des nouvelles élections qui, selon les enquêtes, pourraient être particulièrement néfastes pour les socialistes, actuellement en chute libre.

>> Lire : Espagne : les socialistes ont-ils encore un avenir ?

La « majorité minoritaire » dont dispose Mariano Rajoy (137 députés face à 123 suite aux élections de décembre 2015) l’oblige à s’appuyer sur d’autres partis. Parmi ses alliés se trouve Ciudadanos, une des formations qui a émergé dans le pays politique espagnol ces deux dernières années.

La crise aigüe que traverse le PSOE, dont le secrétaire général Pedro Sánchez a tenté jusqu’à épuisement de former un gouvernement avec les forces radicales de gauche, qui incluaient bien évidemment les indépendantistes catalans, a participé à la prolongation du gouvernement intérimaire. En effet, la position des socialistes était clé pour débloquer la situation.

La rose fanée des socialistes veut fleurir à nouveau

Les luttes intestines du PSOE, qui ont fracturé une formation plus que centenaire entre partisans et détracteurs d’un gouvernement de gauche radical pour éviter un autre gouvernement du PP, ont mis le parti KO. En effet, le PSOE a atteint son niveau de soutien le plus bas depuis le retour à la démocratie en 1975, suite à la mort du général Francisco Franco.

Alors que le PSOE travaillait à marche forcée pour surmonter la crise, Podemos lui disputait le rôle d’opposant au PP. De fait, l’urgence d’un « aggiornamento » des socialistes est devenue évidente suite à la publication du dernier baromètre du centre de recherches sociologiques (CIS), qui plaçait le parti populiste antisystème second après le PP.

Trump, l’OTAN et l’Espagne

C’est dans ce contexte national peu stable que l’Espagne reprend le rythme de la politique internationale et européenne. Alors que le pays abrite quatre bases militaires depuis le milieu des années 1950 (Torrejón, Zaragoza, Rota y Morón), le programme de Donald Trump, notamment en matière de défense, inquiète.

Depuis la victoire du magnat de l’immobilier, nombreux sont ceux qui s’interrogent sur l’avenir de ces bases, qui en plus de jouer un rôle concret dans le cadre de l’OTAN, génèrent indirectement de nombreux emplois au sein des populations vivant aux alentours de ces installations. En effet, durant sa campagne électorale, Donald Trump a montré qu’il n’appuyait pas autant que Barack Obama la relation euro-atlantique en matière de défense.

Face à cette éventualité, l’UE commence à réfléchir à une nouvelle stratégie européenne de la défense, qui ne dépende pas autant de Washington. Ainsi, Alfonso Dastis a affirmé le 14 novembre que l’Espagne était prête à entre dans un « noyau dur de pays » favorables à un renforcement de la politique de défense de l’UE. L’Espagne emboîte ainsi le pas à l’Allemagne, à la France et à l’Italie. « Nous voulons être à l’avant-garde de l’Europe de la défense », a-t-il souligné.

Sur la même lignée pour « plus d’Europe », l’ex-ministre des affaires étrangères espagnol, José Manuel García-Margallo, a expliqué que d’un côté il y avait « la Libye, la Syrie et l’Irak et le problème des réfugiés », et d’un autre côté « toute l’Europe de l’Est craint un arrangement entre Vladimir Poutine et Donald Trump ». « Il est temps de créer l’Europe de la défense », a-t-il insisté.