Emmanuel Macron défend ses réformes au Parlement européen

Le ministre de l'Economie s'est rendu à Strasbourg pour la première fois le 28 avril

Le ministre de l’Économie est venu défendre les réformes françaises et la politique d’investissement auprès des eurodéputés à Strasbourg. Il demande aussi à la Commission d’intégrer au maximum les projets numériques au plan Juncker.

À Strasbourg, le ministre de l’Économie, Emmanuel Macron, effectuait son premier déplacement à la rencontre des eurodéputés, le 28 avril. Une visite qui n’a pas été de tout repos.

«Je pense que c’est important que la France explique les réformes économiques, parce qu’il y a beaucoup d’incompréhensions » a affirmé Emmanuel Macron.

>>Lire : La loi Macron plait moins à Paris qu’à Bruxelles

Le numéro de pédagogie s’est surtout révélé corsé chez les socialistes français.

Désaccord avec les eurodéputés PS

« Il y a des désaccords complets entre une partie de la délégation socialiste française et Emmanuel Macron sur la ligne économique qu’il mène en France », a reconnu Emmanuel Maurel, eurodéputé socialiste français.

Un écart de vue assumé par l’aile gauche des socialistes, qui semble toutefois moins profond sur les dossiers européens. « Nous avons trouvé des points d’accord sur la politique qu’il faut mener en Europe, sur des sujets comme le processus de convergence social, la lutte contre l’optimisation fiscale ou la mise en place de la taxe sur les transactions financières » poursuit Emmanuel Maurel.

« Au moins, c’est un ministre qui assume ses désaccords et vient en discuter avec la délégation socialiste, il faut le saluer » poursuit l’élu français.

Article 49-3

Et pour cause. Le gouvernement Valls a dû utiliser l’article 49-3 de la Constitution pour faire adopter le premier train de réformes proposé par le ministre de l’Économie, la loi Macron. Un passage en force qui a laissé des traces dans la majorité parlementaire socialiste, mise au pied du mur.

« Nous avons les moyens institutionnels de continuer à avancer », a assuré Emmanuel Macron devant la presse, en n’écartant pas la possibilité d’avoir de nouveau recours à cet article de la constitution qui permet au gouvernement de faire passer en texte en engageant sa responsabilité devant les parlementaires. Si le texte n’est pas voté, le gouvernement saute.

>>Lire : Le gouvernement tente le passage en force sur la loi Macron

« C’est la 84ème fois que l’article 49-3 est utilisé pendant la Vème république. Et j’ai peur de vous dire, mais il y en aura vraisemblablement un 85ème et un 86ème. C’est comme ça que notre système institutionnel fonctionne » a martelé le ministre.

Entente cordiale

Peinant à convaincre sur la pertinence des réformes imposées dans ses propres rangs, le ministre a reçu un accueil presque plus chaleureux de la part de l’aile droite du Parlement.

Au cours de sa visite, Emmanuel Macron a rencontré les principaux responsables des groupes politiques du Parlement, comme Guy Verofstadt, le chef de file des libéraux, Manfred Weber pour le Parti populaire européen et Gianni Pittella, président du groupe des socialistes, mais aussi certains eurodéputés influents de la commission des affaires économiques et monétaires comme le français Alain Lamassoure.

« Il est brillant et sympathique, et son diagnostic sur la France est largement partagé », reconnait Alain Lamassoure, chef de file des eurodéputés UMP. « Mais si le diagnostic est brillant, les solutions proposées ne sont pas ambitieuses ! » regrette l’eurodéputé.

Le libéral Belge Guy Verhofstadt a également affiché une certaine convergence de vue avec le ministre français sur Twitter, en déclarant être « d’accord sur la nécessité de réformes structurelles et d’une réelle gouvernance économique au niveau européen ». Un soutien que l’Italien Gianni Pittella n’a pas pris soin de manifester sur son propre fil…

Duo franco-allemand sur le numérique

Au-delà des échanges parfois musclés avec les élus européens, Emmanuel Marcon a pu compter sur un allié lors de sa visite : son homologue allemand, Sigmar Gabriel.

Les deux ministres ont remis aux responsables européens une lettre commune sur la réforme du marché numérique européen, que la Commission doit dévoiler le 6 mai.

>>Retrouver la lettre des deux ministres : ?

Adressé au commissaire Andrus Ansip, le vice-président de la Commission en charge du numérique) et Gunter Oettinger, le commissaire européen pour le numérique, le courrier détaille les attentes des deux pays en matière de digital.

>>Lire : Oettinger appelle à une « européanisation » de la politique numérique

« Les gouvernements français et allemands ont fait des propositions et nous espérons que la Commission les intégrera dans une stratégie pour un marché unique du digital ambitieuse » détaille le courrier.

Parmi les demandes communes, les ministres ont mis l’accent sur la nécessité de mettre en place une régulation européenne adaptée, pour encadrer l’action des « plateformes » (de type Google) et assurer la protection des données personnelles.

« Quand vous avez des acteurs mondiaux, qui prennent des données, les utilisent, nous devons nous donner les moyens de les réguler sur le plan de l’utilisation économique, de la protection des données, au niveau européen. Ce qui veut dire créer les entités juridiques, les fonctionnalités techniques qui permettent de le faire » a martelé le Français.

Un discours qui a fait écho à la récente décision du gendarme de la concurrence européen contre Google. « Je crois que la Commissaire Vestager a pris une décision très courageuse, qui a commencé à poser, sur la question de la concurrence, le sujet de la bonne régulation de Google » a ajouté le ministre.

Mise à contribution du Plan Juncker

Autre ligne commune, les deux ministres souhaitent que le plan Juncker affecte une partie de ses moyens au capital risque pour favoriser la croissance des PME innovantes, alors que ce dernier prévoit seulement l’apport de garanties. « Nous voulons utiliser une partie du plan Juncker pour financer un fonds de capital risque pour financer les start-up européenne » a affirmé le Français, tablant sur une somme de quelques milliards.

Les propositions ont reçu un accueil positif de la part de Werner Hoyer, du président de la Banque européenne d’investissement, le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker et celui du Parlement, Martin Schultz, a affirmé Emmanuel Macron.

Contexte

La loi d'Emmanuel Macron prévoit de « déverrouiller l’économie française », en levant les freins à l’activité, c'est-à-dire ouvrir certains secteurs et certaines professions comme les transports par autocars, les professions réglementées ou encore du logement et de l'urbanisme commercial. En mettant l'accent sur l'investissement, c'est-à-dire rénover le cadre d'intervention de l'État actionnaire, mieux gérer les délégations de service public et les partenariats publics-privés ou encore réformer l'actionnariat salarié. Et enfin simlplifier l'encadrement de l'emploi, en rénovant le cadre prud'homal ou en simplifiant le travail dominical.

Son vote à l'Assemblée nationale a provoquer des remous dans la majorité socialiste, dont une partie importante avait émis des critiques sévère sur le texte, parallèlement salué à Bruxelles.

Prochaines étapes

  • 6 mai: présientation de la stratégie pour un marché unique du numérique par la Commission européenne