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22/01/2017

L’UE met sa stratégie d’union toujours plus étroite en suspens

Politique

L’UE met sa stratégie d’union toujours plus étroite en suspens

Le projet pour « plus d’Europe » est mis en veilleuse pendant que l’UE se concentre sur des problématiques plus urgentes [Shutterstock].

Alors que l’UE s’apprête à célébrer son 60ème anniversaire, le principe de « plus d’Europe » perd du terrain face aux multiples crises et à la montée du populisme.

Lors d’une séance plénière au Parlement européen en 2009, le président tchèque Vaclav Klaus s’était fait huer par les eurodéputés, car il avait osé remettre en question le principe d’union toujours plus étroite, énoncé dans les traités.

« Ne nous permettons pas de vivre une situation où les citoyens des États membres vivraient avec le sentiment résigné que le projet européen n’est pas le leur », avait-il déclaré.

>> Lire : Les Européens de plus en plus critiques face à l’UE

Quelques années plus tard, le président eurosceptique peut en partie crier victoire, puisque « l’acceptation sans condition de son dogme » est en train d’être démantelée.

Depuis la fondation de l’Union européenne en 1957, ses partisans ont toujours défendu « plus d’Europe » face aux défis de l’après-Seconde Guerre mondiale. Même s’il s’agissait d’un projet élitiste, les citoyens ont fini par monter à bord alors que les promesses de paix et de prospérité devenaient réalité.

Aujourd’hui, la grande récession ainsi que les crises bancaires et de la dette ont rompu le pacte tacite entre les dirigeants et les électeurs.

Ainsi, les États membres et les institutions européennes souhaitent désormais une « meilleure Europe », c’est-à-dire des projets d’investissement, importants pour les citoyens.

Mais la finalisation du marché unique numérique (la priorité de Bruxelles et de Berlin), la fin des frais d’itinérance et les pass InterRail gratuit sont loin d’être les premières préoccupations des Européens.

« Il y a un déclin dans ce que les États membres et les institutions pensent pouvoir accomplir ensemble », a déclaré Guntram Wolff, directeur du groupe de réflexion Bruegel.

« Le manque d’ambition est très clair », est aussi d’avis Ignacio Molina, chercheur en chef du Real Instituto Elcano.

Les institutions européennes et les gouvernements nationaux « vont continuer à s’embourber, à avancer pas à pas vers le plus petit dénominateur commun, sans vision claire », estime quant à lui Janis Emmanouilidis, directeur des études à l’EPC (European Policy Centre).

« Franchement, je ne sais pas de quoi aura l’air l’UE dans une dizaine d’année, mais j’imagine une union moins étroitement coordonnée, où Bruxelles joue plus un rôle de régulateur », a ajouté Guntram Wolff.

Crise existentielle

L’UE se trouve dans une « crise existentielle » a déclaré le président de la Commission, Jean-Claude Juncker durant son discours sur l’état de l’Union en septembre. « Nous avons besoin de solutions pour l’Europe et nous nous trouvons dans une situation critique », a commenté la chancelière allemande Angela Merkel quelques jours plus tard à Bratislava.

La crise a plusieurs visages : croissance atone, taux de chômage élevé, crise des réfugiés mal gérée, tensions avec la Russie, terrorisme, soutien en berne pour les institutions de l’UE et désintégration du bloc après le référendum britannique.

>> Lire : Juncker estime que le Brexit ne tuera pas l’UE

La réponse des dirigeants à cette myriade de défis, et en particulier au Brexit, n’a été que « l’esprit de Bratislava ». Un « esprit de coopération » décrit par la chancelière allemande Angela Merkel.

Néanmoins, pour certains dirigeants autour de la table, réaffirmer que l’union à (désormais) 27 était toujours une union n’était pas suffisant.

« Je ne sais pas à quoi Merkel fait référence quand elle parle de cet « esprit de Bratislava », a déclaré le Premier ministre italien Matteo Renzi, dans une interview après le sommet de Bratislava.

« Si les choses continuent comme ça, au lieu de parler de l’esprit de Bratislava on parlera du fantôme de l’Europe », a-t-il commenté, frustré par le manque d’action pour revigorer la production industrielle et faire face à la crise migratoire.

Problème de timing électoral

Un haut responsable européen a expliqué que le manque d’actions communes était dû à la faiblesse des gouvernements, à cause des élections à venir en 2017.

En effet, la France, l’Allemagne et les Pays-Bas organisent leurs élections générales l’année prochaine, et les partis au pouvoir craignent de perdre du terrain avec des projets de grande ampleur en Europe. Le diagnostic partagé est clair : ces idées éloignent encore plus leurs électeurs.

Le Front national en France, l’AfD en Allemagne et le Parti pour la liberté aux Pays-Bas ont tous gagné des électeurs en faisant de l’UE leur bouc émissaire et en stigmatisant les minorités.

Pour les analystes le problème est plus grave. « Il y a un véritable tournant philosophique, non seulement en Allemagne, mais aussi en France », estime Guntram Wolff, de Bruegel.

>> Lire : France et Allemagne craignent une désintégration de l’UE en cas de Brexit

« Le problème est bien plus profond », concorde Janis Emmanouilidis. « Les partis traditionnels ont perdu leur marge de manœuvre à cause des partis populistes. Et le risque le plus grand est la polarisation entre les gagnants et les perdants » du système actuel, a-t-il ajouté.

Afin d’éviter les dégâts, Jean-Claude Juncker a proposé dans son discours sur l’état de l’Union un « programme positif » dans les domaines où « des solutions communes sont urgentes ». Plus qu’une « vision », les citoyens ont besoin de « quelqu’un qui répond aux défis de notre époque », a-t-il déclaré.

Jean-Claude Juncker s’est ainsi concentré sur la finalisation du marché unique numérique, sur la sécurité et la défense et sur certaines propositions attrayantes comme le WiFi gratuit dans les espaces urbains d’ici à 2020.

«Les nouveaux projets européens communs devraient maintenant porter sur les préoccupations immédiates et les besoins des citoyens », a affirmé le président de la BCE, Mario Draghi, devant la commission affaires monétaires et économiques du Parlement européen. Selon lui, les préoccupations principales sont la migration, la sécurité et la défense.

Pourtant, ce n’est pas ainsi que les Européens voient les choses. Pour eux, la situation économique, le chômage et l’immigration sont les principaux défis, indique le dernier Eurobaromètre.