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02/12/2016

Malgré le Brexit, « l’UE en tant que telle n’est pas en danger »

Politique

Malgré le Brexit, « l’UE en tant que telle n’est pas en danger »

Jean-Claude Juncker

Dans son premier discours sur l’état de l’Union après le Brexit, Jean-Claude Juncker a affirmé que l’UE n’était pas en danger, même si elle traversait une « crise existentielle » sérieuse.

Arkadiusz Jóźwik est mort après avoir été attaqué dans la ville britannique de Harlow. Il aurait été la cible de cette agression pour avoir parlé polonais le 27 août.

Le travailleur d’usine, âgé de 40 ans, vivait en Grande-Bretagne depuis quatre ans. Les crimes pour motifs raciaux sont de plus en plus fréquents depuis le référendum du 23 juin pour le Brexit, dont la campagne s’appuyait largement sur la peur des immigrés.

« Les Européens n’accepteront jamais que des travailleurs polonais soient harcelés, battus, voire assassinés dans les rues d’Essex », a déclaré Jean-Claude Juncker au Parlement européen à Strasbourg. « La libre-circulation constitue aussi bien une valeur européenne commune que la lutte contre la discrimination et le racisme. »

« Nos amis et partenaires du monde entier regrettent profondément le Brexit et se demandent si le Brexit marque le début de la désintégration de l’UE », a signalé le président de la Commission.

« Notre Union européenne traverse, en partie au moins, une crise existentielle. » Il a cependant ajouté que « l’UE en tant que telle n’était pas en danger ».

À l’exception de la Première ministre britannique, les dirigeants européens se réuniront à Bratislava le 16 septembre pour échanger sur le futur du bloc. Le discours de Jean-Claude Juncker constitue donc une ouverture à ces discussions.

Un Brexit pur et dur ?

Le président de la Commission a déclaré qu’il « déplorait, mais respectait » le résultat du référendum, mais a averti les Britanniques qu’ils auraient accès au marché unique seulement s’ils continuaient à autoriser la libre-circulation des personnes.

« Seuls ceux qui acceptent la libre-circulation des personnes et des biens auront un accès illimité aux marchés internes. Il n’y aura pas d’accès à la carte au marché unique », a-t-il maintenu sous les applaudissements des eurodéputés.

Le sujet de la libre-circulation des citoyens a créé des divisions au sein du gouvernement britannique. Certains pensent que continuer à permettre aux Européens de venir travailler sur le sol britannique serait ignorer les appels à reprendre le contrôle des frontières du Royaume-Uni. Les partisans d’un « Brexit pur et dur » sont donc prêts à sacrifier le marché unique, si nécessaire, pour durcir le contrôle de l’immigration.

Nigel Farage s’est exprimé au Parlement après le discours de Jean-Claude Juncker, avertissant que la sortie du marché unique et les échanges selon les régulations de l’Organisation mondiale du commerce auraient plus de répercussions pour l’Europe que pour la Grande-Bretagne.

Article 50

Le président de l’exécutif a une énième fois appelé la Première ministre, Theresa May, à déclencher l’article 50.

« Nous nous réjouirions que la demande pour le Brexit soit faite le plus rapidement possible pour que nous prenions les mesures spécifiques nécessaires. Ainsi, nos relations avec le Royaume-Uni, qui doivent rester cordiales, pourront prendre une nouvelle forme », a-t-il plaidé.

Gianni Pittella, dirigeant du groupe des Socialistes et Démocrates, a estimé que, trois mois après le vote du Brexit, Theresa May forçait l’Union à conserver « une situation d’échec ».

Les procédures du Brexit ne pourront en effet pas commencer avant que l’article 50 soit invoqué par les Britanniques. La Commission a choisi une position sévère et refuse toute négociation sans recours à l’article 50.

>> Lire : Tusk presse May d’activer l’article 50

Guy Verhofstadt, représentant du Parlement dans les négociations du Brexit et dirigeant de l’ALDE, a estimé que « le Brexit n’est pas une charge » et qu’il fallait considérer « davantage comme une chance ».

« Il n’est pas question de bannissement ou de revanche… C’est à mon avis une question de relations saines entre la Grande-Bretagne et l’Europe et, avant tout, de savoir quelle Europe nous voulons », a-t-il expliqué.

« Nous devons saisir l’occasion, non pour tuer l’Europe, comme l’espèrent certains d’entre vous, mais pour la réinventer », après avoir insisté pour que la « dépression collective » concernant le Brexit cesse.

Une armée européenne

« Bien d’autres référendums vous attendent », a prévenu Nigel Farage. « Visiblement, aucune leçon n’a été tirée du Brexit. Le remède reste le même : plus d’Europe », a-t-il déploré. Le dirigeant du parti indépendantiste britannique a également jugé que la nomination de très fédéraliste Guy Verhofstadt pour négocier le Brexit correspondait à « une déclaration de guerre ».

>> Lire : Farage juge insultant de voir Verhofstadt négocier le Brexit

« Il n’y a qu’un réel nationaliste dans cette pièce et c’est vous », a dénoncé Nigel Farage à l’adresse de l’ancien Premier ministre belge. « Vous voulez des drapeaux, des hymnes, une armée — vous êtes un nationaliste européen. »

 

Marine Le Pen, membre du groupe de l’Europe des nations et des libertés, a affirmé que le discours correspondait aux « funérailles de l’Union européenne ». Elle a rappelé qu’elle demanderait un référendum du Frexit, si elle est élue aux élections présidentielles l’an prochain.

Division et populisme

Jean-Claude Juncker pense que les douze prochains mois seront vitaux. « Ces douze prochains mois nous diront si nous voulons réunir l’Europe », a-t-il déclaré, avant de mentionner les différends entre l’est et l’ouest de l’Europe sur la crise des migrants.

« Les intérêts nationaux sont trop souvent mis en avant. Il ne faut pas se méprendre, l’intégration européenne ne peut se plier aux intérêts de chaque État membre », a-t-il signalé.

« La Commission n’a pas l’intention de se débarrasser des États nationaux. Nous ne détruisons pas, nous ne voulons pas saper leur autorité, nous voulons construire, nous voulons une Europe meilleure. »

Cependant, le dirigeant des conservateurs européens, Syed Kamall, a signalé que le mécontentement autour de l’Europe avait largement dépassé les frontières britanniques.

« Nous craignons que le projet Europe soit en pilotage automatique et que les pilotes rechignent à reprendre les commandes », a déclaré le Britannique pro-Brexit.

« Plus vous construisez d’Europe, plus les citoyens se sentent aliénés », a-t-il déclaré, avant de remarquer qu’en ignorant l’euroscepticisme le peuple été poussé vers Marine Le Pen ou Geert Wilders.

Jean-Claude Juncker a pour sa part jugé que les divisions entre les États membres constituaient un terrain fertile pour le « populisme galopant ». « Le populisme ne résout pas les problèmes, il en crée, et nous devons en avoir conscience et nous en protéger », a-t-il estimé.

Il a également répondu aux hommes politiques nationaux qui, selon lui, ont souvent accusé Bruxelles pour des lois impopulaires qu’ils avaient approuvées. « Nous devons tenir un discours engagé sur l’Europe dans les parlements nationaux », a-t-il préconisé.

La guerre et les réfugiés

En écho à l’un des arguments de la campagne britannique pour le Remain, Jean-Claude Juncker a confié qu’il a « l’impression que beaucoup ont oublié ce qu’être Européen voulait dire ».

« Avant tout l’Europe, c’est la paix », a-t-il rappelé, mentionnant son père qui avait été forcé de combattre pour les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale. « Ce n’est pas une coïncidence que la plus longue période de paix a commencé avec la création de la communauté européenne. »

« Il nous arrive de nous battre, mais nous nous battons avec des mots. Nous gérons nos conflits autour d’une table, et non dans les tranchées », a-t-il décrit.

L’Europe fait face à une autre crise majeure, celle des réfugiés qui a réintroduit le contrôle des frontières dans cette zone Schengen, où les passeports ne sont pas nécessaires.

Les divisions se creusent au sujet de la relocalisation des réfugiés en Europe depuis les pays du Sud, comme l’Italie ou la Grèce, qui subissent des flux migratoires sans précédent.  Le président de la Commission a admis qu’il ne forcerait pas les États membres à accueillir ces migrants, forcés de quitter leur pays.

>> Lire : «Sans les Grecs, la crise des réfugiés serait hors de contrôle»

« En ce qui concerne la crise des réfugiés, nous commençons à percevoir de la solidarité. Je suis convaincu qu’il faut plus de solidarité et je suis conscient qu’elle doit être volontaire. Elle doit venir du cœur », a-t-il jugé.

Luxleaks et climat

Jean-Claude Juncker a d’ailleurs demandé une extension du plan d’investissement Juncker et des mesures de lutte contre le dumping social et le chômage des jeunes.

Il a renouvelé son engagement pour combattre l’évasion fiscale qui a été une thématique politique particulièrement sensible, depuis son implication dans le scandale Luxleaks.

« J’ai promis que ma Commission lutterait contre l’évasion fiscale et beaucoup d’entre vous ne m’ont pas cru, mais ce que nous sommes en train de faire », a-t-il annoncé. « Toute entreprise, grande ou petite, doit payer des impôts pour ses profits. »

Il a, en outre, pressé les gouvernements nationaux de ratifier l’accord de Paris sur le changement climatique, signé en décembre dernier. « En traînant des pieds pour ratifier [cet accord], nous nuisons à notre crédibilité à l’international », a-t-il prévenu. « Nous avons l’air ridicules. »

Il a, de plus, abordé les télécoms et la confidentialité des données, ainsi que l’économie, dans son discours, accueilli avec enthousiasme par le dirigeant du PPE, Manfred Weber.

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