France et Allemagne font volte-face en réclamant des quotas de réfugiés

Des réfugiés syriens arrivant sur l'île de Kos en Grèce [Reuters]

La proposition d’établir des quotas décriée en mai, est désormais une nécessité selon la France et l’Allemagne. Ils devraient concerner non plus 40.000 mais 120.000 personnes.

Contre toute attente, la France et l’Allemagne ont proposé jeudi la mise en place d’un « mécanisme permanent et obligatoire » de répartition des réfugiés au sein de l’Union européenne, ce qui représenterait une évolution majeure dans le traitement de la crise des migrants.

Paris avait refusé en juin dernier la proposition de la Commission européenne d’instaurer des quotas de réfugiés par pays selon leur taille, leurs ressources et leur population, préférant le volontariat. La France avait d’ailleurs été la première à dire non au sein de l’UE notamment au travers de cette interview d’Harlem Désir, entraînant derrière elle de nombreux autres pays.

>> Lire : « Nous sommes contre les quotas parce que le statut de réfugié relève de la souveraineté des Etats »

Le président français et la chancelière allemande, qui se sont parlé au téléphone dans la matinée, estiment que la situation a changé, au terme d’un été marqué par un afflux continu de réfugiés aux frontières de l’Europe et des drames très médiatisés, dont la photo du corps d’un garçonnet syrien mort sur une plage turque publiée en une de toute la presse.

« Il faudra répartir ces demandeurs d’asile, ces réfugiés, je parle de ceux qui viennent de Syrie notamment», a déclaré François Hollande lors d’un point presse à l’Elysée aux côtés du Premier ministre irlandais.

« Nous avons proposé avec la chancelière (Angela) Merkel un mécanisme permanent et obligatoire », a-t-il ajouté. « Je considère qu’aujourd’hui, ce qui a été engagé ne suffit plus. »

À Berlin, la chancelière a parlé de «quotas», un mot jusqu’ici tabou dans ce dossier sensible.

Répartir, le mot-clé

« L’Union européenne doit faire davantage, elle doit répartir, c’est le mot qui est choisi, un certain nombre de personnes qui demandent refuge », a dit François Hollande. « Il ne s’agit plus de s’attacher à des mots, il s’agit de sauver des vies et de régler dignement la situation de personnes qui relèvent du droit d’asile. »

Il a rappelé que 3 000 personnes avaient perdu la vie ces derniers mois en traversant la mer, et évoqué la nécessité de répartir 100 000 réfugiés.

« Il est donc tout à fait nécessaire d’avoir un mécanisme qui puisse prendre la situation de chaque pays européen et de voir à ce moment-là ce qu’il est possible de réserver comme accueil, dans ce pays-là, en fonction de ses caractéristiques. »

Conseil européen le 14 septembre

La proposition franco-allemande sera examinée par les ministres de l’Intérieur européens réunis le 14 septembre, puis au Conseil européen, a encore précisé François Hollande.

L’afflux exceptionnel de candidats à l’asile venus de Syrie, d’Erythrée, du Soudan, mais aussi de migrants venant de pays dits « sûrs », comme l’Albanie, a provoqué deux types de réactions dans la classe politique européenne.

Pour le Premier ministre hongrois, Viktor Orban, qui a fait construire une clôture de 175 km de long à sa frontière avec la Serbie pour contenir les migrants qui affluent par le Sud, un phénomène qui « menace les racines chrétiennes de l’Europe qui doit selon lui contrôler ses frontières avant de décider d’accueillir des candidats à l’asile. »

Politique d’asile

Mais en Allemagne, malgré quelques manifestations hostiles, un puissant mouvement de solidarité se fait jour. Berlin s’attend à recevoir 800 000 réfugiés cette année, soit quatre fois plus qu’en 2014.

La France, elle, outre l’annonce de quotas de réfugiés pour aider les trois principaux pays de première entrée (Grèce, Italie et Hongrie), a réaffirmé jeudi sa position par la voix du ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve à l’issue d’une réunion des principaux ministres concernés par ce dossier.

Paris prône la solidarité envers les réfugiés qui fuient les guerres et les dictatures mais la fermeté envers les migrants économiques qui doivent être renvoyés chez eux, avec nécessité de bâtir une politique commune de l’asile dans l’UE.

« Nous sommes dans une lutte contre la montre », a dit Bernard Cazeneuve. « L’Europe doit être à la hauteur de ces enjeux car si elle ne l’était pas (…) c’est tout le système Schengen (de libre-circulation) qui se retrouverait fragilisé. »

La France et l’Allemagne veulent aussi que des centres d’accueil ouvrent en Grèce et en Italie, ce qui permettra de faire le tri entre ceux qui peuvent obtenir l’asile et ceux qui sont considérés comme des migrants économiques.

Pour dissuader les migrants irréguliers de venir en Europe, leur retour vers les pays d’origine doit être organisé.

Le développement en Afrique, une des réponses au phénomène, sera abordé au sommet de La Valette, où seront réunis les pays européens et les pays africains en novembre prochain.