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05/12/2016

La résolution allemande sur le génocide arménien risque d’envenimer la relation avec la Turquie

Politique

La résolution allemande sur le génocide arménien risque d’envenimer la relation avec la Turquie

La reconnaissance du génocide arménien par le Parlement allemand risque d'avoir un impact considérable.

[karaian/Flickr]

Une résolution du parlement allemand reconnaissant le génocide arménien envenime les relations entre Berlin et Ankara, qui s’oppose depuis longtemps à toute reconnaissance par la communauté internationale. Un article de notre partenaire Der Tagesspiegel.

Après la libéralisation des visas et l’accord de réfugiés, une autre question met à l’épreuve les relations entre Berlin et Ankara : la reconnaissance du génocide arménien. Si le Bundestag vote, comme prévu, pour la reconnaissance officielle de la déportation et du massacre des Arméniens par l’Empire ottoman comme un génocide, les observateurs turcs prédisent une forte réaction de la part d’Ankara.

L’ancienne ministre turque des Affaires européennes, Beril Dedeoğlu, a déclaré au Tagesspiegel que la relation de l’Allemagne avec la Turquie risquait d’affaiblir politiquement Angela Merkel. Ankara a toujours exercé une pression diplomatique pour empêcher la communauté internationale de reconnaitre le génocide arménien, qui a eu lieu durant la Première Guerre mondiale.

>> Lire : Génocide arménien : la Turquie fait pression sur la France

La Turquie soutient que la mort de plusieurs centaines de milliers d’Arméniens et d’autres minorités non-musulmanes entre 1915 et 1917 était bien une tragédie, mais ne constitue pas un génocide. Les Arméniens et la majorité des chercheurs du monde entier qualifient l’événement de génocide et plus de 20 pays le reconnaissent officiellement en tant que tel.

En Allemagne, la coalition au pouvoir (CDU, CSU et SPD) ainsi que les Verts, soutient la résolution. Dans une interview avec le Rheinische Post, l’ambassadeur turc à Berlin, Hüseyin Karslıoğlu, se demande comment l’Allemagne compte contribuer à la réconciliation entre les Turcs et les Arméniens une fois que la motion sera adoptée.

En Turquie, la majorité de la population s’oppose à la reconnaissance du génocide et une association d’opposition a prévenu que les relations entre les deux pays pouvaient en pâtir. Dans une lettre ouverte, elle explique que la nation turque suit « avec inquiétude » l’évolution de la situation.

L’association ajoute que l’adoption de la résolution serait une « erreur historique » et pourrait mettre les relations entre Berlin et Ankara sous pression à un moment où les deux pays doivent collaborer étroitement pour faire face à la crise des réfugiés. L’organisation a appelé les citoyens turcs à envoyer des lettres de protestation aux partis politiques allemands en mettant à disposition leurs adresses sur son site.

>> Lire : Le Parlement européen appelle la Turquie à reconnaître le génocide arménien

L’ancienne ministre, Beril Dedeoğlu, craint aussi de voir apparaitre des fissures dans la relation des deux pays, non pas sous la forme de sanctions économiques, mais de protestations symboliques, a-t-elle affirmé au Tagesspiegel, à Istanbul.

« J’espère que la relation germano-turque ne souffrira pas de cette résolution et que nous pourrons continuer à travailler ensemble », a déclaré l’ancien ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier (SPD), au Tagesspiegel.

L’Allemagne espère aussi continuer d’œuvrer pour la réconciliation et l’entente entre les Turcs et les Arméniens. Frank-Walter Steinmeier a notamment cité des projets transfrontaliers en cours, destinés à rapprocher les deux peuples.

Il y a cinq ans, la Turquie a rappelé son ambassadeur français après que l’Assemblée nationale a adopté une loi criminalisant le déni du génocide. L’année dernière, Ankara a rappelé son ambassadeur auprès du Vatican après que le pape François a qualifié le massacre de « premier génocide du 20ème siècle ».

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