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28/09/2016

Harlem Désir : « Ceux qui demandent un referendum veulent détruire l’UE »

Politique

Harlem Désir : « Ceux qui demandent un referendum veulent détruire l’UE »

Au lendemain du vote en faveur du Brexit, Harlem Désir souligne le risque des appels aux referendums qui se multiplient. Il estime également que le statut de langue officielle de l’anglais doit être revu. Et appelle à multiplier par deux le plan Juncker pour soutenir la croissance.

Ancien député européen et premier secrétaire du Parti socialiste français, Harlem Désir est actuellement secrétaire d’État aux Affaires européennes.

Quelle a été l’ambiance du Conseil européen post-Brexit ?

La réunion a été empreinte de gravité et de tristesse, exprimée par les chefs d’État et de gouvernement à David Cameron. C’est la première fois qu’un pays quitte l’Union européenne !

16 millions de Britanniques auraient souhaité rester dans l’Union européenne, et même les pro-Brexit semblent avoir des regrets. Comment l’UE peut gérer cette situation paradoxale ?

Depuis le résultat on voit s’exprimer le remords de certains, y compris parmi les pro-Brexit. Cela permet de mesurer l’impact de ce choix pour le Royaume-Uni. Cette situation devrait faire réfléchir ceux qui font campagne pour contre l’Europe ou pour que leur pays sorte de l’UE : les conséquences sont incommensurables. Aujourd’hui c’est l’unité même du Royaume-Uni qui est en cause.

Le Royaume-Uni souhaite attendre l’automne pour activer l’article 50 du traité qui déclenchera la procédure de sortie de l’UE. Entre temps, on voit déjà le type de statut qu’ils comptent négocier, dans le futur. Est-ce à dire que les négociations ont déjà démarré ?

Au Conseil européen, les 27 ont insisté sur le fait que les discussions ne démarreraient pas avant la notification de l’article 50, et qu’elles ne se feraient pas d’une façon préjudiciable à l’Union européenne. Mais il y a dans ce vote l’expression d’une fracture au sein de la société britannique sur le monde actuel, qu’il faut prendre en considération. La peur de l’immigration, le doute sur la capacité de l’Europe à protéger de la mondialisation, la crainte de  se voir déclassés sont des enjeux qui demandent des réponses européennes.

Donc ce referendum ouvre deux dossiers : d’une part la négociation sur la sortie de l’UE, mais aussi celui des changements nécessaires pour le futur de l’Union européenne.

A l’avenir, si le Royaume-Uni souhaite en tant que pays tiers avoir accès au marché intérieur, il devra respecter les quatre libertés fondamentales que sont la libre circulation des biens, des services, des capitaux mais aussi des personnes. Cela n’est pas négociable.

Vous avez été président de SOS Racisme. Aujourd’hui vous voyez un pays sortir de l’UE, notamment pour cause de xénophobie, et les incidents racistes se multiplient au Royaume-Uni. Que peut faire l’UE face à cela ?

Il y a dans tous nos pays de la xénophobie, du racisme, des peurs par rapport à l’immigration et l’environnement de l’Europe marqué par de nombreuses crises internationales : l’Ukraine, la Lybie, la Syrie. Cela attise les peurs.

Mais je constate que c’est vis-à-vis de citoyens européens installés au Royaume-Uni que la violence s’est manifestée. Quand le populisme tente d’exploiter ce type de peurs, c’est toutceux qui sont considérés comment venant d’ailleurs qui sont visés. Face à cela, il n’y a pas de réponse simple, mais il y a des valeurs à rappeler.

Au sein de l’UE, nous ne sommes pas des étrangers vis-à-vis des autres. On ne peut pas faire un élargissement, et ensuite contester les droits des ressortissants des pays qui rejoignent l’UE. Il faut combattre toute forme de remise en cause de ce principe.

Cette crise doit être un électrochoc et amener l’Europe à agir plus en faveur de la sécurité internationale.

En France, de nombreuses voix, notamment à droite, mais pas seulement, appellent à leur tour à organiser des referendums sur l’appartenance à l’UE. Est-ce une solution envisageable ?

En France, aux Pays-Bas, en Italie, certains appellent en effet à organiser des referendums, et leur souhait est que le résultat soit le même qu’au Royaume-Uni.

Mais il faut que ce débat soit posé d’une façon franche et claire ! Ceux qui appellent à organiser un referendum veulent détruire l’Union européenne. Il faut qu’ils l’assument.

Pour la France, cela voudrait dire sortir de l’Europe, de l’euro. Ceux qui proposent ce referendum sont incapables de dire ce qu’ils proposent pour la suite, comme c’est le cas pour les Britanniques aujourd’hui. Nous proposons d’avancer sur les questions soulevées par les insatisfactions suscitées par l’UE, nous proposons d’avancer sur la sécurité, la croissance, l’harmonisation sociale et fiscale et la mobilité des jeunes.

Après le Brexit, les critiques pleuvent : le ministre des Affaires étrangères tchèque a appelé Juncker à démissionner, certains veulent supprimer la Commission, d’autres changer les traités..

Il n’y a pas d’Europe sans institutions européennes, donc supprimer les institutions serait détruire l’Europe. Ce sont des structures démocratiques : le Parlement européen est élu au suffrage universel, il a un droit de regard sur la Commission européenne dont les commissaires sont choisis par des chefs d’État élus démocratiquement. Mais on peut débattre de l’amélioration des institutions. Notamment de la façon de davantage impliquer les parlements nationaux. Les commissaires européens pourraient y venir plus souvent. Pour soutenir la croissance, on pourrait doubler le plan Juncker avec un instrument financier de soutien aux investissements plus massifs.

Certains Britanniques ont commencé à démissionner de leurs responsabilités au Parlement européen. Est-ce qu’il faut encourager ce mouvement ?

Tant que le Royaume-Uni n’a pas achevé sa négociation sur sa sortie, il reste membre de l’UE, avec les obligations et les droits que cela suppose. Mais son rôle ne sera plus le même, bien sûr. Notamment parce que le dossier des relations futures entre l’UE et le Royaume-Uni va être un dossier prioritaire. Il y a des ajustements nécessaires, comme la présidence tournante de l’UE au second semestre 2017, qui ne peut revenir au Royaume-Uni.

Est-ce que l’anglais peut rester une langue officielle de l’Union européenne puisqu’elle ne sera plus langue officielle d’aucun État membre d’ici 2 ans  ?

Cette question est posée. Il faut qu’une langue officielle soit la langue officielle d’un des pays membres de l’UE. Or l’Irlande a opté pour le gaélique, Malte le maltais, et Chypre le grec et le turc…Donc il y doit y avoir un changement sur ce plan, il faudra trouver une solution.

Est-ce que la langue française, et plus largement l’influence française, pourraient bénéficier de ces négociations ?

Il ne faut pas faire de lien, le français est déjà une langue de travail, nous y sommes très attachés. Quant à l’influence, la France est dans une situation différente du Royaume-Uni, ayant été à l’origine du projet européen alors que le Royaume-Uni ne l’a rejoint qu’en 1973. Mais notre influence n’est pas liée au fait que d’autres perdent la leur, elle est liée à notre capacité à impulser des projets, et à faire avancer l’UE.

Dans un rapport sur l’influence française, les élus Christophe Caresche et Pierre Lequiller proposent de rattacher le secrétariat d’État aux Affaires européennes au Premier ministre, pour renforcer son poids. Que pensez- vous de cette proposition ?

Il y a souvent eu des propositions de ce type, notamment parce que le ministère des Affaires européennes est parfois rattaché à d’autres ministères ailleurs.  Mais je crois que c’est un atout d’avoir les diplomates du Quai d’Orsay avec nous, puisque nous sommes en permanence en négociations avec les autres États membres.