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24/01/2017

Hollande et Merkel vont plaider pour une zone euro plus intégrée au Parlement européen

Politique

Hollande et Merkel vont plaider pour une zone euro plus intégrée au Parlement européen

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L’intervention historisque des chefs d’Etat français et allemand a été motivée par l’urgence de réformer l’Union économique et monétaire. France et Allemagne convergent sur le projet, mais divergent sur l’importance des transferts à mettre en place notamment.

François Hollande et Angela Merkel interviendront ensemble, devant le Parlement européen, mercredi 7 octobre prochain. Annoncé fin septembre, cette intervention a en fait été mûrement préparée par le président du Parlement européen, Martin Schulz. Le projet avait été évoqué pour la première fois le 30 janvier dernier, alors que les trois dirigeants dînaient ensemble à Strasbourg. Si la crise des réfugiés ajoute une nouvelle dimension dramatique aux fractures européennes, l’objectif initial de cette rencontre porte sur l’intégration économique. C’est bien le futur de l’Union économique et monétaire qui a permis de déclencher cette intervention commune, la seconde de l’histoire du Parlement européen. Il y a 25 ans, Helmut Kohl et François Mitterrand s’étaient exprimé dans la même enceinte, sur le futur de l’UE après la chute du mur de Berlin.

La symbolique est donc forte. Pour que le couple franco-allemand s’engage, alors que les chefs d’État appartiennent à des sensibilités politiques opposées, c’est qu’il y a urgence d’approfondir l’intégration. « Mais aussi qu’il y a un vrai rapprochement franco-allemand qui s’est confirmé durant toute l’année 2015 » assure une source proche des deux dirigeants.

>>Lire : Quand la crise russe fortifie le couple franco-allemand

Les deux ténors politiques interviendront chacun durant 15 minutes devant l’assemblée plénière, et répondront ensuite aux questions de chefs de groupe politique du Parlement européen . Une première : les chefs d’État n’ont d’ordinaire pas vocation à être mis sur le gril parlementaire, surtout devant le Parlement européen.

L’UEM au cœur du débat

L’intention politique est donc de soutenir la réforme de l’Union économique et monétaire, qui peut dans un premier temps passer par un certain nombre d’ajustement nationaux, puis par des directives ; l’étape suivante d’un changement de traité n’est pas d’actualité, mais le rapport des 5 présidents a souligné les possibilités d’évolution.

Cette intervention est aussi l’occasion de mettre ce rapport sous les deux des projecteurs. Présenté en catimini au conseil européen de juin dernier, alors que la crise grecque accaparait les chefs d’État, les proposition dudit rapport ont eu peu de résonance jusqu’alors.

La Commission s’est certes emparée du dossier, et les sherpas des dirigeants franco-allemand ont distillé au fil de l’été diverses informations sur ce qu’ils souhaitaient ou non.

Une zone euro avec plus de transferts ?

Dans une interview au Suddeutsche Zeitung, Emmanuel Macron n’a pas hésité à préciser que plus le budget de la zone euro sera important, et plus il sera crédible. Il a aussi estimé qu’il fallait plus de transferts d’un pays à l’autre, afin que le gouvernement de la zone puisse « veiller aux transferts financiers nécessaires lorsqu’un pays est affecté par une crise ou promouvoir les réformes souhaitables pour éviter les divergences entre (les) économies »

 « Nous devons réfléchir à de nouvelles ressources et à des garanties pour aller mettre en place ce budget de la zone euro avec un contrôle parlementaire nécessaire » a assuré François Hollande. Emmanuel Macron a aussi précisé qu’il fallait transférer des ressources fiscales à ce budget européen. Mais dans des États où le poids de la dette représente souvent le premier poste de dépenses, comme l’Italie ou la France, le transfert de ressources supplémentaires relève du casse-tête. D’autant que l’impact économique de ces transferts peut se faire attendre.

Et cette idée de transferts accrus n’a pas l’air d’être partagée par la chancelière allemande. Angela Merkel plaide de son côté pour un « petit budget commun », et se montre sceptique sur d’éventuels transferts. « Nous avons déjà une certaine compensation financière par le système des contributeurs nets et des pays récipiendaires » des mécanismes européens a-t-elle de son côté précisé le 30 août. Les contributeurs nets, qui sont les pays les plus riches, donnent plus qu’ils ne reçoivent par le biais des différents outils du budget européen : PAC, Fonds de cohésion, Feder, Europe 2020. Mais le budget actuel de l’UE reste très limité. À 145 milliards d’euros, il représente à peine 1 % du PIB européen. À titre comparatif, la France a un budget deux fois plus important, pour seulement un dixième des habitants de l’UE.

Zone ouverte ou club privé ?

Le président Hollande a aussi déjà abordé, en août durant la conférence des ambassadeurs, un sujet plus épineux : celui des heureux élus de ce nouveau cénacle.

« Bien sûr que plusieurs États peuvent ne pas s’engager dans cette voie. D’abord ceux qui ne sont pas dans la zone euro, et d’autres qui sont dans la zone euro et qui ne veulent pas forcément aller aussi vite que nous. C’est ce que j’ai appelé l’intégration différenciée. » a précisé le président français.

Car la question incontournable de ce nouveau projet politique porte sur sa composition. La future zone euro sera-t-elle ouverte à qui veut bien la rejoindre, comme le laisse entendre François Hollande ? Ou s’agira-t-il au contraire d’un club privé noyauté par les pays du Nord, comme le ministre des Finances allemand, Wolfgang Schauble semble l’envisager ?

En juillet dernier, le ministre allemand avait laissé entendre qu’il serait finalement plus pertinent de faire une zone euro renforcée à quelques-uns, plutôt que d’exclure la Grèce de la zone euro actuelle. Nul ne sait ce qu’il adviendra de l’Italie, de l’Espagne et du Portugal, qui auraient sans doute du mal à consacrer plus de fonds au budget européen. S’il ne sera pas tranché à Strasbourg mercredi 7 octobre, le débat aura au moins le mérite d’être lancé.

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