Hollande remet la Légion d’honneur aux « héros » du Thalys

Palais de l'Elysée [vostok 91/Flickr]

Le président français a décerné la Légion d’honneur aux trois jeunes Américains et au Britannique du Thalys Amsterdam-Paris ayant maîtrisé vendredi Ayoub El Khazzani, qui tentait d’ouvrir le feu à la kalachnikov à bord du train.

Les Américains Spencer Stone, 23 ans, Alek Skarlatos, 22 ans -deux soldats en vacances- et leur ami Anthony Sadler, 23 ans, devenus des héros planétaires, et le Britannique Chris Norman, 62 ans, ont été faits chevaliers de la Légion d’honneur par le chef de l’État lors d’une cérémonie qui s’est déroulée ce matin à l’Élysée.

« J’ai tenu à vous remettre la Légion d’honneur », la plus haute distinction française, « pour vous dire combien nous vous sommes redevables », a déclaré le chef de l’État.

Plus haute distinction française

Le passager français ayant dès le début tenté de neutraliser le jeune islamiste -un diplômé de l’Edhec de 28 ans travaillant pour une banque française à Amsterdam et qui souhaite garder l’anonymat- ainsi que le Franco-américain, Mark Moogalian, 51 ans, blessé par balle pendant l’attaque et toujours hospitalisé à Lille recevront eux aussi la plus haute distinction française, ultérieurement, a précisé l’Élysée.

Outre ces six hommes, les autorités saluent également le rôle joué par un autre Français. Il s’agit d’un agent de la SNCF en congés au moment des faits, dont Spencer Stone a dit dimanche lors d’une conférence de presse à l’ambassade des États-Unis à Paris qu’il les avait aidés à maîtriser El Khazzani.

Dès samedi matin, des voix s’étaient élevées pour demander que la France exprime sa gratitude aux Américains en leur accordant la Légion d’honneur, notamment l’ex-ministre UMP Frédéric Lefebvre, député des Français établis aux États-Unis et au Canada.

Nombreux ministres

Le Premier ministre belge Charles Michel et l’ambassadrice des États-Unis en France, Jane Hartley ont assisté à la cérémonie. Le premier ministre Manuel Valls, plusieurs ministres (Bernard Cazeneuve , Ségolène Royal, Marisol Touraine, Alain Vidalies et Mathias Fekl) ainsi que le président de la SNCF Guillaume Pépy, des élus locaux dont le maire d’Arras Frédéric Leturque, des représentants des services de police et de secours et des médecins étaient également présents.

De leur côté, les enquêteurs vont continuer lundi à interroger Ayoub El Khazzani, un Marocain de 25 ans, fluet et de taille moyenne, qui nie tout acte terroriste et avance une tentative de braquage, version balayée par la police comme par les passagers américains. Sa garde à vue peut durer jusqu’à mardi soir.

Profil d’islamiste radical

Pourtant fiché pour son profil d’islamiste radical par les services de renseignement de quatre pays (Espagne, France, Allemagne, Belgique), il assurait toujours dimanche avoir trouvé fortuitement la kalachnikov dans une valise dans un jardin public près de la gare de Bruxelles-midi où, SDF, il dort. Il aurait, raconte-t-il, eu l’idée de s’en servir pour détrousser les passagers du Thalys, selon une source proche de l’enquête.

Il était « médusé du caractère terroriste attribué à son action », a déclaré l’avocate qui l’a assisté aux premières heures de sa garde à vue à Arras, avant son transfert dans les locaux de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), près de Paris. Elle a dépeint un homme « squelettique », « peu instruit » et « paumé ».

Le père de l’assaillant, Mohamed El Khazzani, qui vit à Algeciras (Espagne) et n’a pas parlé à son fils « depuis plus d’un an », l’a lui décrit comme « un bon garçon » qui travaillait dur. Il « ne parlait jamais politique; juste de football et de pêche », a-t-il raconté au journal britannique The Telegraph.

Attaque terroriste

Les enquêteurs s’orientent pourtant bien vers une attaque terroriste qui aurait pu virer au carnage. Il semble y avoir une part de préparation et deux téléphones portables retrouvés sur lui étaient en cours d’exploitation.

« On n’a pas besoin de huit chargeurs pour dévaliser un train, » a souligné dimanche Anthony Sadler. Sa kalachnikov « semblait enrayée ou ne fonctionnait pas », a précisé Spencer Stone. Outre le fusil d’assaut, El Khazzani avait 9 chargeurs garnis, un pistolet automatique Luger et un cutter avec lequel il a blessé Spencer Stone.

D’après l’enquête, l’assaillant est monté dans le train à grande vitesse « en Belgique avec des armes sans doute acquises en Belgique et avait des papiers délivrés en Espagne ». Le jeune homme a vécu sept ans en Espagne, de 2007 à 2014, et s’est fait remarquer par des discours légitimant le jihad. Selon les renseignements espagnols, il serait parti de France en Syrie, ce que l’intéressé nie, et serait ensuite revenu dans l’Hexagone.