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04/12/2016

Budapest assume le déplacement controversé d’Oettinger

Politique

Budapest assume le déplacement controversé d’Oettinger

Günther Oettinger

[Commission]

Le vol controversé du Commissaire Oettinger à bord de l’avion privé d’un lobbyiste proche du Kremlin a été organisé par le gouvernement hongrois, dans le cadre de sa coopération avec l’homme d’affaire, assure Budapest.

Le 18 mai, Günther Oettinger s’est rendu de Bruxelles à Budapest à bord du jet privé de Klaus Mangold, un homme d’affaire allemand travaillant comme lobbyiste pour le Kremlin. Le vice-président de la Commission a assuré que c’était le seul moyen dont il disposait pour arriver à temps à un dîner de travail avec le premier ministre hongrois, Viktor Orbán.

Une pratique pour le moins inhabituelle qui a refait surface alors que le commissaire est sur la sellette après des commentaires peu judicieux sur les Chinois, les femmes et les Wallons. János Lázár, le ministre dirigeant le bureau du Premier ministre hongrois, a donc jugé bon de clarifier la situation auprès des médias, notamment via la Représentation permanente du pays à Bruxelles, assurant que le trajet avait été organisé par Budapest, dans le cadre de sa collaboration avec Klaus Mangold.

>> Lire : Une nouvelle polémique fragilise encore Günther Oettinger

Il reste cependant des contradictions claires entre les différentes versions de l’événement. Selon Eszter Zalan, journaliste pour EUobserver, à l’origine de l’article sur le sujet, János Lázár lui a confirmé que Günther Oettinger avait été invité « des semaines à l’avance » au dîner du 18 mai et le commissaire avait donc eu largement le temps de réserver son vol. Un détail qui ne figure cependant pas dans le communiqué de la Représentation hongroise. Le programme de la semaine publié le 13 mai par la Commission indique pourtant que le commissaire au numérique se rendrait en visite officielle à Budapest le 19 mai.

http://twitter.com/eszterz/status/799258730370048000

Klaus Mangold a été décrit par le Frankfurter Allgemeine Zeitung comme le « monsieur Russie des affaires allemandes ». Depuis plusieurs années, il dirige Ost-Ausschuss, un organe représentant les entreprises allemandes faisant du commerce en Russie. Il entretient apparemment de bons rapports avec Vladimir Poutine, le président russe, et a été récemment nommé consul honoraire en Russie pour la région du Baden-Wurtemberg, d’où est originaire Günther Oettinger.

Son nom ne figure pas dans le registre de transparence de l’UE, une base de données publique volontaire sur les lobbyistes et leurs activités. Le commissaire n’a pas non plus signalé sa rencontre avec l’homme d’affaires. La Commission a souligné qu’il n’y était en effet pas tenu.

« Klaus Mangold, homme d’affaires et consultant allemand, est un conseiller du gouvernement hongrois (une relation contractuelle qui est loin d’être récente). Le gouvernement a donc demandé l’aide de M. Mangold  pour organiser des conférences sur la numérisation et la visite du commissaire », lit-on dans le document circulé par la Représentation permanente hongroise.

Le texte explique également que ces conférences avaient justement été proposées par Klaus Mangold. Les deux hommes se rendant donc au même moment à Budapest, le gouvernement hongrois a suggéré qu’ils partagent le même avion.

« Ce vol en jet privé n’était pas un cadeau, mais un moyen de transport fourni dans le cadre du contrat établi entre le gouvernement et M. Mangold », assurent les autorités hongroises. Les membres de la Commission ne peuvent en effet pas accepter de dons d’une valeur de plus de 150 euros.

Pas d’avion hongrois

János Lázár aurait également déclaré que Günther Oettinger avait utilisé l’avion de Klaus Mangold parce que l’État hongrois ne possède pas d’avion. « S’il en avait un, le gouvernement l’aurait mis à disposition pour le trajet », assure son communiqué. L’exécutif européen ne dispose pas non plus d’un avion.

Selon le ministre, la Hongrie souhaite devenir le « leader » des pays de Visegrád dans les domaines de l’industrie et de l’économie numériques. « Le gouvernement a donc besoin de lobbyistes comme M. Mangold », poursuit le communiqué. Le représentant hongrois accuse l’eurodéputé Benedek Jávor (Verts/ALE) d’avoir créé le scandale pour « des raisons puériles ».

La représentation permanente insiste également sur le fait que Günther Oettinger, qui a été commissaire à l’énergie dans le passé, n’a pas été impliqué dans la clôture de la procédure d’infraction liée au projet de centrale nucléaire Paks II. L’abandon de la procédure a été officialisé le 17 novembre.

>> Lire : Juncker veut clore la controverse Oettinger