Jean-Marie Le Pen soupçonné d’avoir dissimulé plus de 2 millions d’euros en Suisse

Affiche de campagne de Gérald Gérin

Le président d’honneur du Front national aurait dissimulé des fonds en Suisse par le biais d’un trust dont le bénéficiaire serait un assistant parlementaire européen.

Élu depuis 11 ans au Parlement européen, Jean-Marie Le Pen n’en est pas à ses premiers déboires avec la justice. Déjà condamné une dizaine de fois pour des propos racistes ou diffamatoires, il est désormais soupçonné de dissimulation de patrimoine. Selon le site Mediapart qui révèle l’affaire, il aurait dissimulé à la Haute autorité pour la transparence de la vie publique un compte en Suisse chez HSBC rassemblant 2,2 millions d’euros, dont l’ayant droit serait un assistant parlementaire européen, Gérald Gérin.

Un assistant en exercice au coeur du dispositif

Le compte en question aurait été ouvert par l’ancien assistant parlementaire de Jean-Marie Le Pen, qui est aujourd’hui celui de l’élue FN Marie-Christine Arnautu, comme le montre sa page sur le site du Parlement européen. Il a aussi un autre statut au sein de l’organigramme du FN, qui est celui d’assistant du cabinet du président d’honneur du Front national, Jean-Marie Le Pen, dont il est visiblement très proche.

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Le compte appartenait à un trust, une structure juridique qui permet théoriquement de dissimuler l’identité des bénéficiaires du dit trust, appelé Balerton Marketing Limited, raconte Mediapart, qui explique que le compte du trust est passé de HSBC à la Compagnie bancaire Helvétique à la veille des élections européennes il y a un an, en mai 2014.

Gérald Gérin a été dans le passé majordome de Jean-Marie Le Pen, puis trésorier de l’association de financement du parti d’extrême-droite, Cotelec.

Enquêtes judiciaires en séries

Une enquête préliminaire est ouverte à Paris depuis fin 2013 à propos du patrimoine de Jean-Marie Le Pen, qui remplit visiblement rapidement ses déclarations, si l’on en croit celle déposée auprès de la HATVP française, qui ne mentionne que ses revenus de parlementaires et de conseiller général.

La déclaration d’intérêts demandée par le Parlement européen est encore moins détaillée, et n’est de sucroît pas signée.

Le président d’honneur du FN n’est pas le seul à avoir des démêlés avec la justice au sein du parti.

Deux eurodéputés ont été mis en cause lors d’une enquête sur des faits de financement illégal de campagne électorale. Par ailleurs, le parquet de Paris, encore lui, a ouvert une enquête préliminaire le 24 mars dernier pour un soupçon d’abus de confiance dénoncé par Martin Schulz, le président du Parlement européen.

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Contexte

Né dans les années 1970 à partir d'une myriade de courants d'extrême-droite rassemblés autour de Jean-Marie Le Pen, le Front national a toujours connu des courants très distincts en son sein. La stratégie de normalisation entreprise par Marine Le Pen depuis qu'elle a pris la présidence du pari s'inscrit dans celle des autres parti européens d'extrême-droite, qui plaident pour un "welfare chauvin", soit un Etat protecteur, mais seulement pour une partie de la population. Marine Le Pen tente de s'éloigner des thèses ou propos racistes émises par d'autres partis européens ou à l'intérieur de son propre parti, notamment dans la perspective des élections présidentielles de 2017 en France.

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