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24/09/2016

Juncker craint que l’idéal européen ne tombe en ruines

Politique

Juncker craint que l’idéal européen ne tombe en ruines

Juncker devant le Conseil de l'Europe

[EBS]

Dans un discours désenchanté, le chef de l’exécutif européen a évoqué «les ruines d’un idéal» européen.

« Le projet européen a perdu une partie de son attractivité », a déclaré Jean-Claude Juncker lors d’un discours devant le Conseil de l’Europe le 19 avril, ajoutant que la Commission avait trop réglementé et interféré avec la vie des citoyens.

« Une des raisons pour lesquelles les citoyens européens s’éloignent du projet européen est due au fait que nous interférons dans trop de domaines de leur vie privée et dans trop de domaines dans lesquels les États membres sont mieux placés pour agir.  Nous avons eu tort de règlementer à outrance et de trop interférer dans la vie de nos citoyens », a-t-il ajouté, avant de rappeler la volonté de l’exécutif d’alléger les lourdeurs administratives pour améliorer la perception de l’UE.

La stratégie du « mieux légiférer » a entrainé le retrait de 83 projets de loi hérités de la commission Barroso. L’administration actuelle a également lancé beaucoup moins de lois que sa prédécesseure.

>> Lire : Mieux légiférer, une stratégie légitime si elle est dans l’intérêt des citoyens

«Il est vrai que nous ne sommes pas très populaires quand nous défendons l’Europe », a reconnu Jean-Claude Juncker, devant l’assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, qui n’est pas une institution européenne. « Nous ne sommes plus respectés dans nos pays quand nous soulignons la nécessité de donner la priorité à l’UE. »

« Nous nous retrouverons bientôt avec les ruines d’un idéal ; ceux qui veulent plus d’initiatives nationales aux dépens des principes européens se retrouveront sans défense et l’Union européenne ne sera plus respectée sur la scène internationale », a prévenu Jean-Claude Juncker.

Temps difficile

« Nous vivons aujourd’hui des temps très difficiles », a encore déclaré l’ancien Premier ministre du Luxembourg. « De la crise mondiale des réfugiés aux attaques contre nos sociétés libres, nos institutions subissent une grande pression, et sont parfois poussées jusqu’à leurs limites ».

>> Lire : Jean-Claude Juncker évoque une union de la sécurité

Selon lui, la baisse du taux de natalité, l’essoufflement de la puissance économique et les crises majeures dans lesquelles l’UE est plongée risquent de lui faire perdre son influence dans le monde.

Le Président de l’exécutif a rappelé qu’il y a 100 ans, 20 % de la population mondiale se trouvait en Europe. À la fin du siècle, ce pourcentage a baissé à 11 % et à la fin de ce siècle, seuls 4 % de la population mondiale sera Européenne.

« Il est évident que nous perdons notre poids économique », a-t-il reconnu. « […] Or ce n’est pas l’image que je veux avoir de l’Europe. Je veux une Europe forte et influente. »

Jean-Claude Juncker a refusé de répondre à une question d’une députée britannique conservatrice, Kelly Tolhurst, qui a demandé ce que faisait l’UE pour réduire les dépenses. Il s’est empressé de répondre que le budget européen n’était pas un sujet à traiter devant le Conseil de l’Europe.

« Éloignons-nous de cette question qui est liée au débat sur le Brexit et pas au débat que nous avons aujourd’hui. Nous avons fait tant d’efforts pour réduire les dépenses [des institutions européennes], je ne pense pas que nous puissions aller plus loin », a-t-il toutefois commenté, avant de parler du coût de la crise des réfugiés.

Turquie

Jean-Claude Juncker s’est également crispé face à plusieurs questions sur l’accord controversé passé avec la Turquie en matière de migration. L’accord, qui consiste à réinstaller un réfugié syrien de la Turquie vers l’UE pour chaque Syrien renvoyé en Turquie depuis les îles grecques, a été vivement critiqué pour son non-respect du droit européen et international.

« Contrairement à ce qui se dit, il ne s’agit pas de renoncer aux valeurs européennes », a précisé Jean-Claude Juncker, furieux de ces critiques.

Après à son intervention, le Président de la Commission rencontrait le Premier ministre turc, Ahmet Davutoğlu, pour discuter de l’accord, en vue d’une visite du Président du Conseil européen, Donald Tusk, à Ankara le samedi 23 avril.

Ahmet Davutoğlu a prévenu que si l’UE n’offrait pas d’exemption de visa aux Turcs, il reviendrait sur l’accord. Jean-Claude Juncker a quant à lui assuré à Strasbourg que l’accord n’abaisserait pas les critères d’admissibilité à la libéralisation des visas avec la Turquie.

Le Président turc, Recep Tayyip Erdoğan a accru la pression sur Jean-Claude Juncker en affirmant que l’UE avait plus besoin d’Ankara que l’inverse. La relation entre l’UE et la Turquie a été sous les feux de la rampe après la conclusion de l’accord sur la migration.

La semaine dernière, la chancelière allemande Angela Merkel a décidé de laisser la Turquie poursuivre en justice un comédien allemand, qui avait ridiculisé le président turc.

>> Lire : Juncker accuse Erdogan de surréagir à une chanson satirique allemande

Encore un exemple des compromis fait par les dirigeants européens aux dépens de leurs valeurs traditionnelles afin de ne pas froisser Ankara et de résoudre la crise migratoire. Angela Merkel est à l’origine de l’accord avec la Turquie.

Jean-Claude Juncker a refusé d’admettre que les autres pays européens avaient dû se plier au bon vouloir d’Angela Merkel sur des sujets comme la crise grecque.

« Penser que les États européens courbent l’échine face à l’Allemagne est un autre exemple d’impression trompeuse », a-t-il commenté, « cela ne reflète pas la réalité ».

Contexte

Le Conseil de l’Europe est une organisation internationale constituée de 47 membres et fondée en 1949. Il n’est pas lié à l’UE et à ses 28 États membres, mais les deux institutions entretiennent une relation très étroite. Tous les pays ayant rejoint l’UE faisaient d’abord partie du Conseil de l’Europe.