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03/12/2016

Juncker demande une enquête sur le poste de Barroso chez Goldman Sachs

Politique

Juncker demande une enquête sur le poste de Barroso chez Goldman Sachs

L'ancien président de la Commission devra se justifier devant le Comité d'éthique ad hoc.

Jean-Claude Juncker a réclamé une enquête sans précédent sur le recrutement de son prédécesseur José Manuel Barroso par la banque d’affaires américaine, afin de vérifier la conformité de cette embauche à la législation européenne.

Dans une lettre publiée le 11 septembre par la médiatrice européenne Emily O’Reilly, qui fait pression depuis un certain temps pour qu’une enquête soit ouverte sur le poste de conseiller en Brexit accepté par José Manuel Barroso chez Goldman, Jean-Claude Juncker déclare qu’il demande officiellement à l’ancien Premier ministre portugais de « clarifier » son rôle chez Goldman Sachs.

Goldman Sachs a annoncé début juillet avoir recruté l’ancien président de la Commission européenne au poste de conseiller et président non exécutif de sa branche internationale basée à Londres. L’ex-chef du gouvernement portugais est chargé de conseiller la banque sur le Brexit, le départ du Royaume-Uni de l’Union européenne.

>> Lire : Les critiques pleuvent sur l’arrivée de Barroso à Goldman Sachs

L’affaire va être étudiée par le comité d’éthique chargé de conseiller la Commission européenne, précise Jean-Claude Juncker dans sa lettre. Le comité d’éthique peut se prononcer notamment sur la compatibilité avec les traités des activités que les anciens commissaires souhaitent mener à l’issue de leur mandat.

Bruxelles avait dit jusqu’ici dit que cette affaire ne semblait pas enfreindre son code de conduite dans la mesure où José Manuel Barroso était parti depuis plus de 18 mois.

La révélation de son arrivée chez Goldman Sachs, tenue par beaucoup d’Européens comme en partie responsable de la crise financière de 2008 qui a failli avoir raison de la zone euro, a suscité un tollé.

Affaire sensible

L’affaire est d’autant plus sensible qu’elle intervient au moment où l’UE doit lutter contre la perception du public qui la voit comme une pièce du capital mondial après la décision du Royaume-Uni de quitter l’Union européenne.

La question sera vraisemblablement un thème central du discours annuel sur l’état de l’Union que Jean-Claude Juncker prononcera mercredi devant le Parlement européen. Elle devrait être abordée au prochain Conseil européen vendredi à Bratislava.

>> Lire : La sécurité au cœur des discussions à Bratislava

En privé, responsables européens et diplomates disent que Juncker et les autres dirigeants européens sont furieux contre Barroso qu’il ait pris un poste dans une société dont la réputation publique en Europe est mauvaise, mais ils disent aussi qu’ils estiment que la Commission ne peut pas faire grand-chose.

Jean-Claude Juncker, qui a succédé à José Manuel Barroso il y a deux ans, écrit dans sa lettre datée du 9 septembre, que l’ancien président de la Commission lui a assuré qu’il se « conduirait avec intégrité et discrétion ». Toutefois, Jean-Claude Juncker précise qu’il va maintenant demander des assurances écrites de cela, compte tenu de l’importance des fonctions de son prédécesseur.

« J’ai demandé, écrit-il, que, dans cette affaire particulière, parce qu’elle concerne un ancien président de la Commission, le secrétaire général (de la Commission) lui envoie (à Barroso) une lettre lui demandant de fournir des clarifications sur ses nouvelles responsabilités et les termes de son contrat, ce sur quoi je demanderai l’avis du comité d’éthique ad hoc ».

« Inacceptable »

La demande a été envoyée à José Manuel Barroso, mais il n’a pas encore répondu, a déclaré une porte-parole de la Commission européenne.

Dans sa lettre, Jean-Claude Juncker souligne qu’il ne sera pas reçu par la Commission en tant qu’ancien président, mais comme n’importe quel lobbyiste.

José Manuel Barroso et Goldman Sachs, sollicités pour un commentaire, n’ont pas répondu. Selon des personnes qui connaissent l’ancien Premier ministre, il est motivé par le poste chez Goldman Sachs après plusieurs années passées dans l’administration publique et il considère que les critiques à son encontre viennent en grande partie de ses ennemis politiques à gauche.

Le Comité d’éthique ad hoc comprend trois membres : un ancien juge néerlandais à la Cour de justice de l’Union européenne, un social-démocrate allemand ancien membre du Parlement européen et un ancien haut responsable autrichien à la Commission européenne.

Selon les traités européens, les anciens commissaires qui n’agissent pas avec intégrité dans leurs prises de fonctions après avoir quitté la Commission peuvent être privés de leurs droits à la retraite.

Lors de l’annonce par Goldman Sachs en juillet de la nomination de José Manuel Barroso, la Commission européenne avait indiqué qu’il avait quitté ses fonctions 20 mois auparavant, soit après la limite statutaire de 18 mois durant laquelle la Commission peut mettre son veto aux postes de ses anciens membres.

Mais la médiatrice Emily O’Reilly, une ancienne journaliste irlandaise, estime que même après les 18 mois inscrits dans le code de conduite de la Commission, les traités de l’UE exigent une « intégrité » à vie.

Le président français François Hollande avait jugé le 14 juillet dernier que le recrutement annoncé de José Manuel Barroso était « moralement inacceptable ».

José Manuel Barroso a été président de la Commission européenne entre 2004 et 2014 après avoir été Premier ministre du Portugal en 2002-2004.

>> Lire : Les appels à la suspension du traitement de Barroso se multiplient