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19/01/2017

Juncker juge la politique de sécurité européenne inférieure à une bande de poules

Politique

Juncker juge la politique de sécurité européenne inférieure à une bande de poules

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Le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a une nouvelle fois plaidé jeudi en faveur d’une armée commune aux 28 Etats membres, estimant qu’une « horde de poules » était aujourd’hui plus combative que l’Union européenne.

« Je le dis simplement: les 28 armées ne sont pas à la hauteur », a déclaré M. Juncker au cours d’un débat organisé par la radio allemande WDR à Bruxelles.

« Une horde de poules est une formation de combat rapproché comparée à la politique étrangère et de sécurité de l’UE », a lancé l’ancien Premier ministre luxembourgeois, coutumier des boutades.

M. Juncker n’a d’ailleurs pas été tendre pour son pays, qui « possède une armée de 771 personnes, le ministre de la Défense inclus ».

« Une armée commune à tous les Européens ferait comprendre à la Russie que nous sommes sérieux quand il s’agit de défendre les valeurs de l’Union européenne », avait expliqué M. Juncker en mars au journal allemand Welt am Sonntag.

>>Lire aussi : Juncker veut une armée européenne

« L’état de préparation des défenses européennes constitue un paysage fragmenté », a-t-il regretté jeudi. « Il suffit de regarder comment est organisée l’acquisition de matériel militaire », un domaine dans lequel les Européens agissent en ordre dispersé malgré leur promesse d’améliorer les achats en commun qui doivent favoriser l’industrie européenne.

Une armée européenne, « projet à long terme », « n’est pas quelque chose qu’on peut créer en partant de rien d’ici demain matin 11 heures », a admis M. Juncker. « On ne sent pas de sursaut » des Européens, a -t-il regretté, détectant cependant « quelques petits changements » d’attitude.

Les 28 chefs d’Etat et de gouvernement veulent améliorer leur coopération en matière de Défense et renforcer l’UE dans ce domaine lors d’un sommet fin juin. Ils ont déjà lancé des chantiers pour la mise en commun des achats et de la recherche et développement, dans des domaines comme le ravitaillement en vol des avions de combat, les drones ou la cyberdéfense.

A défaut d’une Europe forte en matière de Défense et de politique étrangère, « il est compréhensible que les pays d’Europe centrale et orientale aient surtout confiance en l’Otan », a relevé M. Juncker alors que les relations entre Bruxelles et Moscou sont au plus bas en raison du conflit en Ukraine. L’attitude plus belliqueuse du voisin russe provoque de fortes inquiétudes dans certains ex-pays soviétiques aujourd’hui membres de l’UE.

Mais même au sein de l’Alliance de l’Atlantique nord, l’objectif de dépenses militaires correspondant à 2% du produit intérieur brut (PIB) n’est pas respecté, sauf par les Etats-Unis. Ses 28 membres ont solennellement promis en septembre d’atteindre ce seuil d’ici dix ans afin d’enrayer la baisse des budgets de défense de ces dernières années.

>>Lire : France et Allemagne isolées sur le projet d’une armée européenne

Contexte

La politique de sécurité et de défense commune (PSDC) a remplacé la politique européenne de sécurité et de défense (PESD). Ce changement de nom a été engendré par le traité de Lisbonne, qui définit une nouvelle section dédiée à cette politique dans les traités fondateurs. Le traité de Lisbonne souligne l'importance et la nature spécifique de la PSDC, qui demeure cependant une partie intégrante de la politique étrangère et de sécurité commune (PECS).

Le traité de Lisbonne inclut pour la première fois une clause de défense mutuelle contraignante liant les États membres. Si le territoire d'un État est victime d'une attaque armée, les autres membres sont à présent obligés de lui fournir aide et assistance.

Cette clause prévoit deux exceptions :

  • la clause de défense mutuelle n'affecte pas la politique de sécurité et de défense de certains États membres, spécifiquement celle des États traditionnellement neutres ;
  • la clause de défense mutuelle n'a pas d'incidence sur les engagements pris dans le cadre de l'Organisation du traité de l'Atlantique Nord (OTAN).

À ce jour, il n'existe pas de dépenses ou de budget communs concernant la défense dans l'UE. La crise des dépenses publiques a entraîné des coupes dans les budgets de défense. Comme dans les traités précédents, la PSDC reste une compétence gouvernementale.

Le problème de la contraction des budgets de défense est aggravé par la fragmentation, qui conduit à des doubles emplois inutiles au niveau des capacités, des organisations et des dépenses. Des études sur la valeur ajoutée de dépenses communes montrent que l'intégration des armées de terre européennes permettrait aux États de faire des économies considérables.