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02/12/2016

L’artisan de la réunification allemande Hans-Dietrich Genscher est décédé

Politique

L’artisan de la réunification allemande Hans-Dietrich Genscher est décédé

Hans-Dietrich Genscher

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Hans-Dietrich Genscher, décédé à l’âge de 89 ans, a dirigé pendant près de vingt ans la diplomatie allemande avec une influence inégalée après-guerre, jouant un rôle central dans la politique de détente avec l’Est et surtout la réunification de son pays en 1990.

Longtemps resté l’une des figures les plus populaires du pays, cet homme politique libéral a succombé à une défaillance cardio-vasculaire, « entouré de sa famille », dans sa maison de Wachtberg-Pech (ouest), ont précisé le vendredi 1er avril ses services dans un communiqué. Le décès est survenu jeudi soir.

Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, a qualifié Hans-Dietrich Genscher de « symbole d’espoir » dans une Allemagne divisée, ajoutant qu’être « aujourd’hui une Union européenne à 28 États membres » rendait en partie hommage à son travail.

La chancelière Angela Merkel a dit « s’incliner » devant « un homme d’État respecté dans le monde entier » qui « n’accepta jamais l’injustice de la division allemande » d’après-guerre. Le chef de la diplomatie française Jean-Marc Ayrault a salué de son côté « un des grands acteurs de la  réunification allemande » et un « Européen convaincu ».

Tout au long de ses 18 ans (1974-1992) à la tête du ministère des Affaires étrangères, un record pour l’Allemagne d’après-guerre, Hans-Dietrich Genscher s’est évertué à rapprocher la RFA de l’Europe de l’Est communiste, refusant de diaboliser l’ennemi soviétique, négociant pour désamorcer la Guerre froide et la course aux armements dans lesquelles les deux Allemagnes étaient en première ligne.

Symbole d’espoir

Après la mort en moins de trois ans de trois dirigeants soviétiques, il avait rapidement discerné dans l’ascension de Mikhaïl Gorbatchev une chance historique, soutenant très tôt sa Perestroïka et sa Glasnost censées réformer et libéraliser une URSS en crise, mais qui ont finalement précipité l’effondrement du bloc soviétique.

L’ex-président soviétique a salué le 1er avril « un des premiers hommes politiques occidentaux à avoir pris au sérieux » cette ouverture. « Il fut critiqué pour être trop crédule » mais « ses critiques ont dû convenir qu’il avait raison », a dit M. Gorbatchev.

L’image est gravée dans toutes les mémoires des Allemands : cet homme aux oreilles en feuille de chou et au verbe plat annonçant le 30 septembre 1989, depuis le balcon de l’ambassade allemande à Prague, que les autorités tchèques avaient cédé et laisseraient des centaines de réfugiés fuyant la RDA communiste se rendre en Allemagne de l’Ouest.

« Nous sommes venus aujourd’hui pour vous dire que votre départ… », dit-il, marquant une brèche profonde dans le rideau de fer, quelques semaines avant la chute du mur de Berlin. Le reste de cette phrase historique se perd dans les cris de joie des réfugiés.

L’apogée de la carrière de ce libéral ayant servi aussi bien le social-démocrate Helmut Schmidt que le conservateur Helmut Kohl vient un an plus tard, en septembre 1990, avec le traité « deux plus quatre » qui libérait son pays de la tutelle des Américains, Soviétiques, Français et Britanniques imposée depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale.

« Ce fut l’événement le plus émouvant de toute ma carrière », estimait Genscher, parvenu à surmonter les appréhensions des quatre puissances victorieuses. Quinze jours après, l’Allemagne était réunifiée.

Diplomatie secrète

Malgré son manque de charisme physique et son visage de chien battu caché derrière d’épaisses lunettes, il a longtemps incarné une voix de la raison aimée des Allemands, plaidant inlassablement en faveur d’une politique de « détente active » à l’égard de Moscou.

Moment plus sombre de son long mandat, ses détracteurs lui reprochent son empressement à reconnaître en décembre 1991 les nouvelles Républiques de Croatie et de Slovénie, un facteur déterminant dans le déclenchement des guerres civiles qui ont déchiré l’ex-Yougoslavie au début des années 1990.

Cet avocat de profession né en 1927 a commencé sa carrière politique au sein du Parti libéral FDP à Brême (nord) au début des années 1950, peu après avoir fui ce qui était devenu l’Allemagne communiste. Il avait été auparavant enregistré en 1944, à l’âge de 17 ans, comme membre du parti nazi, selon lui toutefois sans qu’il n’en ait eu connaissance.

Allié aux sociaux-démocrates du SPD, il entre au gouvernement en tant que ministre de l’Intérieur (1969-1974), avant de gagner les Affaires étrangères, mais provoque en 1982 un séisme politique en lâchant le chancelier Helmut Schmidt pour s’allier avec la CDU de Helmut Kohl, ouvrant la voie du pouvoir au futur père de l’unité allemande.

Lorsqu’il démissionne du gouvernement en 1992, Hans-Dietrich Genscher reste encore actif quelques années au Bundestag et joue, dans les coulisses, de ses contacts avec Moscou.

En 2012 et 2013, sa diplomatie secrète joue un rôle crucial pour convaincre le président russe Vladimir Poutine de libérer Mikhaïl Khodorkovski, l’ex-magnat du pétrole et opposant emprisonné depuis dix ans. Un succès retentissant pour la diplomatie allemande.