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28/09/2016

Juncker et Poutine promettent de maintenir des « liens étroits »

Politique

Juncker et Poutine promettent de maintenir des « liens étroits »

Le président de la Commission européenne et le président russe se sont rencontrés pour la première fois en plus de deux ans à Saint-Pétersbourg. Ils  ont promis de maintenir des « liens étroits » pour réchauffer les relations bilatérales.

Les sanctions économiques que l’Europe impose à la Russie seront levées une fois que les accords de Minsk seront pleinement mis en œuvre, a déclaré Jean-Claude Juncker à Vladimir Poutine, le 16 juin, répétant ainsi le refrain entonné par l’Europe et les États-Unis sur le conflit ukrainien.

Les deux dirigeants se sont accordés à maintenir « des liens étroits » afin d’améliorer les relations bilatérales, qui ont atteint leur plus bas avec le conflit de l’Est de l’Ukraine et l’annexion de la Crimée par la Russie.

C’était la première visite d’un dirigeant européen au Kremlin depuis plus de deux ans, c’est-à-dire depuis que la crise ukrainienne a éclaté et que des sanctions ont été imposées des deux côtés.

>> Lire : Les sanctions occidentales plombent l’économie russe

La réunion entre le chef de la Commission et l’ancien chef du KGB à Saint-Pétersbourg s’est tenue dans une « bonne ambiance », a affirmé un membre de l’équipe de Jean-Claude Juncker à EurActiv.

Jean-Claude Juncker a accepté l’invitation de Vladimir Poutine pour participer au Forum économique international de Saint-Pétersbourg, la version russe du Forum économique mondial.

Dans son discours, le président de la Commission a proposé de construire un nouveau pont pour combler le fossé existant entre l’UE et la Russie.

« Certes, notre relation est aujourd’hui perturbée et marquée par de la méfiance, mais cela n’est pas irréparable. Nous devons la réparer et je crois que nous le pouvons », a-t-il expliqué durant la cérémonie d’ouverture du forum. « J’ai toujours cru en le pouvoir du dialogue. Quand nos relations sont tendues, il faut que nous en parlions. Même quand des sanctions économiques sont en jeu, nous devons garder la porte ouverte. »

La visite de Jean-Claude Juncker, qui s’est déroulée quelques jours avant que les États membres prolongent pour six mois les mesures punitives, n’a pas modifié la position de l’UE sur les sanctions, comme certains le craignaient.

>> Lire : Une rencontre Juncker Poutine sous haute tension

« La prochaine étape est claire : une mise en œuvre totale des accords [de Minsk], Ni plus ni moins. C’est le seul moyen de reprendre les discussions et de lever les sanctions économiques qui ont été imposées », a assuré Jean-Claude Juncker devant un public nombreux.

Les accords de Minsk établissent un certain nombre de points pour mettre fin au conflit en Ukraine et rétablir la stabilité politique dans le pays.

Malgré les appels répétés de Berlin ou d’Athènes pour réduire la pression exercée sur la Russie, au vu des nombreux défis auxquels doit faire face l’Europe, le président de la Commission a déclaré que « sur Minsk, l’UE était unie ». Son équipe a expliqué que Jean-Claude Juncker avait transmis le même message à Vladimir Poutine en privé, plus tard dans l’après-midi.

Même s’il avait en face de lui un public principalement russe, Jean-Claude Juncker a décrit les relations UE-Russie avec son habituelle franchise. Il a rappelé que leurs liens étaient déjà tendus même avant le conflit en Ukraine, puisque l’engagement de l’UE sur certains sujets « n’[était] pas toujours bienvenu ».

Le conflit en Ukraine et l’annexion « illégale » de la Crimée ont empiré la situation puisqu’ils enfreignent les principes d’égalité souveraine, le non-recours à la force et l’intégrité territoriale, a-t-il expliqué.

Tourné vers l’avenir, Jean-Claude Juncker a également prévenu Vladimir Poutine que, même si leur vision d’une « société juste » divergeait, l’UE et la Russie devaient « respecter nos engagements internationaux sur les droits civils et politiques ».

Étant donné comment le conflit ukrainien a démarré, le chef de la Commission a souligné que si un pays du voisinage de la Russie voulait renforcer ses liens avec l’UE, Moscou ne devrait en aucun cas voir cela comme un acte d’agression ou de division ».

Discussion difficile

Avec des relations bilatérales à leur plus bas depuis la guerre froide, Jean-Claude Juncker savait que sa première discussion avec Poutine depuis des années allait être semée d’embuches.

« Si nous devons avoir une conversation franche aujourd’hui, ça ne sera pas la première fois ni probablement la dernière, Nous parlerons autant de temps que nécessaire », a-t-il ajouté, admettant qu’il serait inutile et surement dangereux d’ignorer les problèmes auxquels les relations UE-Russie font face.

Alors que Jean-Claude Juncker a bien insisté sur le fait que l’application des accords de Minsk était la condition sine qua non de la remise à plat des relations et de la levée des sanctions européennes, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergei Lavrov a présenté une position différente.

Selon lui, « plus de choses doivent être faites » du côté ukrainien, dont une réforme de la constitution pour autoriser plus de décentralisation au bénéfice des régions russophones dans la partie est du pays, soutenue par Moscou.

 

Lors du forum, le ministre a encouragé l’UE à reprendre le dialogue, comme l’ont demandé beaucoup de chefs d’entreprise européens, notamment en Allemagne. « Vous ne pouvez pas continuer sans relation avec Moscou », a-t-il affirmé.

>> Lire : L’Allemagne tente discrètement de se rapprocher de la Russie

Il a ensuite appelé les Européens à mettre de côté les « jeux politiques et rhétoriques » joués par les États-Unis, qui selon lui, sont « trop couteux ».

Après vous Monsieur Poutine

Nicolas Sarkozy faisait partie des personnalités européennes invitées au forum. Il a qualifié la confrontation UE-Russie d’ « artificielle » et a appelé à la levée des sanctions économiques.

L’ancien président français a néanmoins insisté sur le fait que Moscou devait faire le premier pas, et supprimer les sanctions imposées aux pays européens. Les gens verront cela comme « un symbole de force parce que la Russie est un grand pays », a-t-il expliqué.

Malgré ses liens étroits avec son « ami » Poutine, Nicolas Sarkozy a reconnu que « bien sûr, nous avons des désaccords », notamment sur des sujets comme les frontières. Il a toutefois refusé d’entrer dans les détails, et de commenter les ressemblances entre les politiques de Vladimir Poutine et celles de Marine Le Pen, chef de file du Front national.

« Nous ne sommes pas en désaccord sur la politique interne de la Russie », a-t-il indiqué, refusant de commenter davantage, car ce n’est pas de sa « responsabilité » de juger les choix du peuple russe.