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17/01/2017

Juncker s’oppose à sa famille politique sur l’immigration

Politique

Juncker s’oppose à sa famille politique sur l’immigration

Un bateau de migrants au large des Canaries

[Noborder Network/Flickr]

Le président de la Commission veut attribuer des quotas d’immigrés par pays. Le Parti populaire européen doit prochainement révéler une stratégie sur l’immigration à l’opposé de cette idée.

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, s’est dit mercredi déçu par les conclusions du sommet européen consacré aux migrations en Méditerranée et a affirmé sa volonté de remettre de nouvelles propositions sur la table.

Il intervenait au Parlement européen, où une résolution a été votée pour demander la mise en place de solutions d’urgence, au lendemain de l’accord du Conseil européen pour doubler le budget de l’opération en cours, Triton, qui secoure des navires en Méditerranée.

« La réponse du Conseil européen a été immédiate, mais elle reste insuffisante », a estimé le président de la Commission.

« Il ne suffit pas de combattre les symptômes de la crise. Il est essentiel de tout faire pour éviter que des gens malheureux doivent prendre le bateau. Il faut à tout prix que les États membres augmentent leur aide au développement », a-t-il poursuivi, affichant une position assez différente de celle de ses collègues du PPE, le parti européen qui l’avait désigné pour représenter la droite.

Le président de la Commission a jugé « nécessaire » de revenir sur deux sujets sur lesquels les chefs d’État et de gouvernement n’ont pu se mettre d’accord, celui de la répartition de la charge des demandeurs d’asile et celui de l’ouverture des frontières à une immigration légale.

En vertu du règlement européen dit Dublin II, les demandeurs d’asile sont pris en charge par l’État qui leur a servi de porte d’entrée dans l’UE, une règle qui fait peser une charge excessive sur des pays comme l’Italie ou la Grèce.

Jean-Claude Juncker en porte à faux avec sa famille politique

« On ne peut pas laisser aux seuls soins des seuls États membres directement concernés la gestion de la relocalisation des réfugiés. Il s’agit de solidarité partagée », a-t-il dit.

Une position que ne partage pas Alain Lamassoure, le chef de la délégation française au Parlement européen. « Nous sommes bien sur favorable à un partage des responsabilités, mais pas à la mise en place de quotas » assure-t-il.

Le clash entre les parlementaires PPE et le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker sur la question de l’immigration, risque de s’envenimer dans les prochains jours.

Le PPE doit en effet révéler sa stratégie sur le rôle de l’UE en matière de migration, définie à Milan la semaine dernière lors d’une réunion du parti. Une stratégie sur laquelle les membres du PPE ont eu du mal à s’accorder.

Le texte détaille les positions de la famille politique de centre droit sur les questions de contrôle des frontières, d’aide au développement et d’aide humanitaire, le droit d’asile ou de migration légale. Dont les conclusions seraient très éloignées des positions exprimées par Jean-Claude Juncker.

De son côté, le président doit présenter le 13 mai sa stratégie globale pour les migrations qui vise à faciliter une immigration économique légale dans l’UE et à mettre en place des quotas obligatoires d’accueil des réfugiés entre les États membres.

Deux sujets sur lesquels les parlementaires PPE pourraient ne pas suivre, tant les désaccords sont profonds. « Il n’est pas impossible qu’on rejette les propositions de Juncker » a reconnu l’eurodéputé français PPE Arnaud Danjean.

Opération militaire : mission impossible

Un autre désaccord notable sur la réponse à apporter à la crise Méditerranéenne concerne l’aspect militaire de la réponse européenne, notamment défendu par certains chefs d’etat et de gouvernement des États membres et Donald Tusk, le président du Conseil.

« L’idée d’un volet militaire sous la politique de sécurité et de défense commune (PSDC) pour détruire les embarcations des passeurs ne correspond à aucune espèce de début de réalité » s’est emporté Arnaud Danjean.

D’autant qu’une intervention commune de l’UE devrait en plus être sécurisé par l’adoption d’une résolution des Nations Unies.

L’idée de Matteo Renzi d’envoyer des drones armés pour détruire les embarcations des passeurs a elle aussi été désarmé par l’eurodéputé français. « Aucun État membre n’a de drones armés ! » a-t-il rappelé. « Il faudrait que Matteo Renzi sous-traite l’envoi de ces drones à M. Obama ou M. Netanyahou » a-t-il ironisé.

Contexte

« Si nous n'ouvrons pas, ne fut-ce qu'à moitié, la porte d'entrée, il ne faut pas être surpris lorsque des malheureux de la planète entière entrent par effraction par la fenêtre », a déclaré Jean-Claude Juncker.

« Quiconque affirme que nous allons ouvrir les portes du marché du travail à la migration légale et que c'est une façon de mettre un terme à la misère en Méditerranée se leurre », a déclaré le président du PPE, l'Allemand Manfred Weber.

« Le dernier Conseil européen a été honteux. Les chefs d'Etat européens feraient mieux d'écouter le président de la Commission européenne qu'ils ont choisi, Jean-Claude Juncker a déclaré l'élue verte Ska Keller.