Juncker ne briguera pas de deuxième mandat à la tête de la Commission européenne

Jean-Claude Juncker

Jean-Claude Juncker craint que le Brexit, qu’il qualifie de tragédie pour le continent, ne brise le front européen.

Lors d’une interview réalisée par la radio publique allemande, Deutschlandfunk, diffusée le 12 février , Jean-Claude Juncker a confirmé qu’il ne se représenterait pas pour un deuxième mandat aux rênes de la Commission européenne.

L’ex Premier ministre luxembourgeois a assuré avoir tenté de redonner espoir en l’Europe aux citoyens. Mais il reconnait être désormais trop occupé avec le Brexit, qu’il qualifie de « tragédie pour le continent ». Il craint que la sortie du Royaume-Uni de l’UE ne mène les 27 États membres restants à agir les uns contre les autres « sans trop d’efforts ».

« Les 27 autres États membres n’en sont pas encore conscients, mais les Britanniques savent d’ores et déjà très bien comment ils gèreront cette situation. On promet une chose à un pays A, une autre à un pays B et une autre encore à un pays C. En fin de compte, il n’y a plus de front européen », assure-t-il.

Les États membres de l’UE deviennent de plus en plus partagés sur des opinions « pas nécessairement compatibles », a-t-il ajouté en faisant référence à la Hongrie et à la Pologne.

« Les Hongrois ou les Polonais veulent-ils la même chose que les Allemands ou les Français? J’en doute fortement. Il est fondamental de remettre tout le monde d’accord. C’est la mission qui nous incombe dans les deux ou trois prochaines années. À l’heure des négociations avec les Britanniques, nous devons trouver un consensus sur la direction à donner à l’Union si nous voulons éviter toute tendance apocalyptique », a-t-il conclu.

Il a également précisé que la politique commerciale protectionniste du président américain, Donal Trump, pourrait offrir « d’excellentes opportunités » à l’UE de conclure de nouveaux accords commerciaux avec d’autres pays.

« Nous ne devrions pas laisser les Britanniques agir comme s’ils pouvaient dès à présent signer leurs propres accords commerciaux avec d’autres pays, étant donné qu’ils n’y sont pas autorisés pour l’instant. En effet, tant que le Royaume-Uni sera membre de l’Union européenne, sa politique commerciale extérieure restera de la compétence de l’UE, et donc de la Commission », a-t-il souligné.

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La Première ministre britannique, Theresa May, s’est rendue à Washington le mois dernier afin de poser les bases d’un accord commercial post-Brexit avec les États-Unis, tout en courtisant d’autres pays en vue de nouveaux traités potentiels.

Le président de la Commission européenne est élu par le Parlement européen. Jean-Claude Juncker a été le premier dirigeant à être élu en vertu du système des « Spitzenkandidat », qui permet à chaque groupe politique représenté au Parlement européen de proposer un candidat pour le poste.

Il a pris ses fonctions en 2014, après avoir remporté l’élection face à l’ancien président du Parlement européen, Martin Schulz, à présent en lice pour prendre la place de la chancelière allemande, Angela Merkel, lors des élections du 24 septembre prochain. Jean-Claude Juncker est membre du Parti populaire européen (PPE), de centre-droit, et a été Premier ministre du Luxembourg de 1995 à 2013.

Le PPE domine à nouveau sur la scène politique bruxelloise depuis le mois dernier, date à laquelle le mandat de Martin Shulz à la tête du Parlement européen a pris fin. Le nouveau président du Parlement européen, Antonio Tajani, ainsi que le président du Conseil européen, Donald Tusk, font également partie du même groupe politique. En son sein, la rumeur selon laquelle d’autres partis pourraient faire pression pour évincer Donald Tusk s’avère largement répandue.

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